La flotte de F-16 de la Force aérienne pakistanaise, autrefois très appréciée, approche rapidement de la fin de sa durée de vie structurelle. Contrainte par les restrictions américaines, elle se tourne vers la Turquie pour un programme de modernisation ambitieux destiné à prolonger la pertinence de ses appareils pour deux décennies supplémentaires.
Selon des sources au sein de la PAF, une délégation de haut niveau s’est rendue en octobre 2025 à Ankara, au centre de Kazan de Turkish Aerospace Industries (TAI), pour finaliser deux programmes parallèles : un Service Life Extension Program (SLEP) complet et l’intégration du système d’armement universel révolutionnaire turc, le Universal Battlefield Armament System (UBAS), sur la flotte vieillissante des F-16 Block-15 Mid-Life Update (MLU).
Environ 55 à 60 avions de la flotte F-16A/B du Pakistan appartiennent à la version originale Block-15, livrée entre 1983 et 1987, puis mise à jour dans le cadre des programmes Peace Gate III/IV et du MLU limité. Ces appareils ont aujourd’hui entre 38 et 42 ans et totalisent près de 7 500 à 8 000 heures de vol chacun. Sans intervention, cette flotte sera contrainte à la mise à la retraite entre 2028 et 2030.
TAI, qui a déjà prolongé avec succès la durée de vie des F-16 Block-30/40/50 de l’armée de l’air turque dans le cadre du projet Özgür (passant de 8 000 à 12 000 heures), propose un programme similaire pour le Pakistan. Il comprend le remplacement des traverses porte-ailes critiques, des longerons et de la structure de la quille, la reprise au frais des trous de fixation et le renforcement des pivotements des trains d’atterrissage. Ces opérations pourraient être réalisées directement au centre de maintenance des F-16 de Kamra, au Pakistan, avec des kits structurels turcs et sous supervision turque.
Le véritable changement stratégique est l’intégration du système UBAS, une interface d’armement basée sur tablette développée par TAI et Aselsan. Ce système indépendant de l’avionique F-16 fonctionne en dehors des systèmes informatiques de mission soumis à de fortes restrictions et communique directement avec le système de gestion des armements via un bus de données à architecture ouverte. Crucialement, UBAS ne nécessite aucun accès au code source protégé du programme de vol opérationnel de Lockheed Martin, que Washington refuse systématiquement de fournir au Pakistan.
Avec l’UBAS, les F-16 pakistanais pourront employer toute la gamme des missiles de précision turcs :
- GÖKDOĞAN – missile à radar actif air-air au-delà de la portée visuelle (BVR) avec une portée supérieure à 120 km, équivalent à l’AIM-120C-8
- BOZDOĞAN – missile courte portée à guidage infrarouge par imagerie, d’environ 25 à 30 km, comparable à l’AIM-9X Block II
- Des kits guidés GPS/INS de type HGK/JDAM-ER, des kits laser Teber et des bombes à ailettes KGK
La Turquie a déjà réalisé des tirs en conditions réelles de ces missiles depuis ses propres F-16 et a proposé ce package au Pakistan dans le cadre d’accords gouvernementaux, complètement hors du cadre du régime de contrôle à l’exportation américain.
L’urgence est palpable. La flotte la plus moderne de la PAF, composée de 18 F-16 Block-52D, constitue à peine un escadron à la base de Shahbaz (Jacobabad). Le reste des appareils est armé d’AIM-9L/M Sidewinders obsolètes et de missiles AMRAAM C5 datant. Lors de la campagne aérienne de mai 2025, ces faiblesses ont été sévèrement mises en lumière : le chef d’état-major de l’armée de l’air indienne, le maréchal A.P. Singh, a confirmé publiquement que des batteries S-400 auraient abattu au moins deux, voire trois F-16 pakistanais à longue portée. Par ailleurs, des frappes de l’IAF sous l’opération Sindoor ont détruit entre trois et cinq F-16 Block-15 dans des abris renforcés sur les bases de Mushaf et Rafiqui.
À ce jour, le chasseur chinois J-10CE équipé de missiles PL-15E a discrètement pris le rôle de maîtrise aérienne de haute intensité, reléguant les F-16 pakistanais à des missions moins prioritaires. Si les programmes SLEP et UBAS sont validés — les responsables turcs annonçant que les accords financiers et politiques sont “à 95 % finalisés” —, le Pakistan pourrait déployer entre 40 et 45 F-16 revitalisés et armés de missiles turcs modernes d’ici 2029-2030. Cette modernisation offrirait à la PAF une marge de manœuvre essentielle avant l’entrée en service du programme Project AZM, prévu à l’horizon milieu des années 2030.