Lors d’une présentation confidentielle à l’École des sous-marins de la Marine indienne, INS Satavahana à Visakhapatnam, une image a capté l’attention des dirigeants du secteur privé. Elle montrait un groupe d’engins noirs, en forme de requin et de la taille d’une planche de surf, évoluant en formation parfaite à 65 mètres sous la quille d’un destroyer. Chacun portait une charge creuse de 7 kilogrammes, connaissait précisément la localisation des mines sous-marines avoisinantes et fonctionnait de manière autonome, sans aucune commande depuis la surface. Le commentaire sous cette animation était clair : « Nous en avons besoin. Construisez-le. »
Dans le cadre du défi iDEX Winners-2025 intitulé « Essaim autonome sous-marin pour la neutralisation de mines », la Marine indienne lance sans équivalent un programme ambitieux d’engins sous-marins sans pilote destiné à l’industrie nationale. Il ne s’agit pas d’un nouveau véhicule sous-marin autonome lourd nécessitant un navire-mère pour les commandes. La Marine souhaite un véritable essaim – au minimum dix unités, idéalement trente – pouvant être déployé depuis un tube de torpille de 12 tonnes, un davier de surface ou même la soute à sonobuées d’un P-8I. Ces drones autonomes seront chargés de rechercher, classifier et neutraliser des mines de fond sur une zone côtière de 50 kilomètres carrés, sans intervention humaine.
Le niveau technique à atteindre est particulièrement exigeant. Chaque drone doit embarquer une charge explosive d’au moins 7 kg, capable d’être placée à moins d’un mètre d’une mine détectée à des profondeurs allant jusqu’à 60 mètres – zone stratégique où la plupart des mines à influence sont posées le long des approches littorales indiennes. Cela doit être réalisé uniquement grâce à un sonar embarqué, des caméras basse luminosité et une intelligence artificielle compacte intégrée dans une coque de 533 mm de diamètre. L’essaim doit pouvoir replanifier sa mission en temps réel en cas de perte d’un drone, éviter les interférences acoustiques mutuelles, et surtout ne jamais cibler un sous-marin allié ou une fausse cible. Le prix ciblé est également contraignant : moins de 8 crores d’euros (environ 8 millions d’euros) pour un pack complet de dix drones avec station de recharge, la Marine envisageant d’en acquérir plusieurs centaines.