Face aux restrictions imposées par plusieurs pays européens sur l’approvisionnement en sous-systèmes militaires, Israël revoit la résilience de ses chaînes d’approvisionnement en défense et cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Europe. Si de nombreux États européens ne fournissent pas directement de systèmes d’armes israéliens complets, ils restent néanmoins essentiels pour certains composants, sous-systèmes et technologies clés. Le renforcement des contrôles à l’exportation est devenu une inquiétude stratégique majeure pour Tel Aviv, même si certains de ces mêmes pays européens continuent d’acheter des systèmes de défense israéliens pour leurs propres forces armées.
Cette contradiction — où les gouvernements européens acquièrent des armes israéliennes tout en limitant l’exportation des composants nécessaires à leur fabrication — a accentué les préoccupations israéliennes concernant la vulnérabilité de leurs chaînes d’approvisionnement. Dans un contexte de pression sécuritaire constante et d’exigences opérationnelles rapides, toute rupture d’accès à des sous-systèmes critiques représente un risque opérationnel direct. Dès lors, les planificateurs de la défense et les industriels israéliens explorent activement des alternatives plus fiables en matière de production et d’approvisionnement.
L’Inde s’impose ainsi comme une destination stratégique privilégiée. Selon des sources officielles israéliennes et industrielles, Israël envisage d’accroître sa dépendance envers l’Inde pour ses besoins mondiaux, couvrant la fabrication, la production de sous-systèmes et le maintien à long terme des plateformes d’armes. Cette évolution est soutenue par l’expansion de la base industrielle de défense indienne, la maturation de son écosystème manufacturier, ainsi que par une coopération stratégique déjà bien établie entre les deux pays dans plusieurs domaines de défense.
La petite taille géographique d’Israël et ses vulnérabilités sécuritaires intrinsèques ont renforcé l’impératif de diversifier la production de défense en dehors de ses frontières. Des sources israéliennes insistent sur le fait que la dispersion des capacités industrielles à l’étranger n’est plus seulement une décision économique, mais une nécessité stratégique. Cette diversification permet d’assurer une redondance et une continuité de production en cas de perturbations sur le territoire national, particulièrement en période de conflit renforcé.
Un contexte particulièrement favorable à l’Inde : d’après un expert proche des réflexions industrielles israéliennes, l’Inde est perçue comme l’un des meilleurs candidats pour cette expansion. Elle offre une capacité de production à grande échelle, une main-d’œuvre qualifiée en croissance constante, une industrie de défense privée de plus en plus sophistiquée, ainsi que des liens gouvernementaux bien établis. Ce même expert prévoit une intensification significative des collaborations entre entreprises israéliennes et indiennes dans les mois à venir, couvrant potentiellement des secteurs tels que les missiles, les capteurs, la guerre électronique et les plateformes sans pilote.
Cependant, les entreprises israéliennes avancent avec prudence. Bien que l’intérêt pour l’Inde soit fort, elles attendent des réformes supplémentaires dans l’écosystème de défense indien avant de s’engager pleinement dans des relocalisations à grande échelle ou des initiatives de co-production. Les principaux points d’attention portent sur la réglementation des coentreprises, les limitations en matière d’investissement direct étranger, ainsi que la clarté des procédures selon la Defence Acquisition Procedure. Les dirigeants du secteur estiment qu’une plus grande flexibilité et prévisibilité dans ces domaines faciliterait les décisions d’investissement et permettrait de renforcer les partenariats industriels.
Si ces obstacles structurels sont levés, le basculement d’Israël hors des chaînes d’approvisionnement européennes pourrait beaucoup renforcer la position de l’Inde comme pôle mondial de la fabrication de défense. Pour l’Inde, cette dynamique constitue une opportunité d’attirer des technologies avancées et des productions à forte valeur ajoutée, tout en s’intégrant davantage aux chaînes mondiales d’approvisionnement. Pour Israël, cela représente une voie vers une plus grande résilience industrielle, une profondeur stratégique accrue, et un accès durable aux composants essentiels dans un market mondial de la défense de plus en plus fragmenté.