Digantara, startup indienne spécialisée dans la surveillance spatiale, a levé 50 millions de dollars lors d’une récente levée de fonds pour étendre ses activités au-delà de la connaissance de la situation orbitale, en se lançant dans la détection et le suivi de missiles. Cette évolution répond à une demande mondiale croissante de capacités spatiales de défense et d’alerte précoce. La société cherche ainsi à offrir aux gouvernements des systèmes de détection plus rapides et plus résilients face à la multiplication des lancements de missiles, des opérations anti-satellites et des interférences sur les satellites.
Dans un contexte où les États investissent massivement dans des architectures de surveillance spatiale, motivés par les limites des radars terrestres traditionnels souvent incapables d’assurer une détection précoce sur de longues distances et des trajectoires complexes, Digantara entend combler ces lacunes. La société mise sur la combinaison de capteurs infrarouges spatiaux et terrestres, associés à des analyses et à du renseignement pilotés par logiciel, pour proposer une approche plus réactive et évolutive dans l’alerte et le suivi des missiles.
Créée en 2020 et basée à Bengaluru, Digantara s’était initialement concentrée sur la surveillance de l’espace, notamment le suivi des débris orbitaux et autres objets menaçant les satellites. Progressivement, la société a élargi son champ technique en exploitant les technologies de détection, d’analyse et de traitement des données développées pour la surveillance spatiale afin de se lancer dans la détection et le suivi de missiles. Selon son fondateur et directeur général, Anirudh Sharma, cette transition constitue une évolution naturelle puisque les technologies fondamentales sous-jacentes à la surveillance spatiale et à l’alerte missile se recoupent largement.
Un jalon important a été franchi en janvier avec le lancement de SCOT (Space Camera for Object Tracking), premier satellite de surveillance spatiale de Digantara embarqué à bord de la mission Transporter-12 de SpaceX. Ce satellite permet une observation spatiale, renforçant ainsi la capacité de l’entreprise à suivre les objets en orbite. En février, Digantara a ouvert un bureau à Colorado Springs dans le cadre de son développement sur le marché américain de la défense, ce qui lui a déjà permis de décrocher des contrats avec le Commandement spatial des États-Unis pour des prestations d’analytique en tant que service. Sa filiale américaine a également été sélectionnée dans le cadre du contrat SHIELD lancé par la Missile Defense Agency, destiné à soutenir les initiatives de défense antimissile de nouvelle génération.
Selon Anirudh Sharma, Digantara étend ses capacités infrarouges au-delà des systèmes existants en explorant les domaines infrarouges à ondes moyennes et longues, ce qui améliore la détection et le suivi des signatures de missiles depuis l’espace. Cette expansion illustre l’ambition de la société de s’impliquer davantage dans les applications stratégiques de défense, en s’appuyant sur des capteurs éprouvés.
Pour répondre aux exigences liées à la sécurité nationale et à la réglementation, Digantara a organisé ses activités selon différents territoires. Son équipe américaine se concentre sur la conception et la construction de satellites et engins spatiaux plus volumineux, autour de 100 kilogrammes, adaptés aux besoins spécifiques de la défense américaine. En parallèle, les opérations basées en Inde se focalisent sur l’analyse, le traitement des données et la connaissance de la situation spatiale. Cette répartition reflète les réalités des procédures d’acquisition de défense, où le matériel sensible doit souvent être développé et fabriqué localement dans chaque pays.
À l’horizon 2026-2027, Digantara prévoit d’accroître significativement ses infrastructures spatiales et terrestres. Cela inclut le déploiement de satellites électro-optiques et lidar supplémentaires dédiés à la surveillance spatiale, de capteurs spatiaux chargés de l’alerte précoce et du suivi des missiles, ainsi qu’un réseau élargi d’observatoires au sol. La société explore aussi l’utilisation future de ses technologies lidar et laser pour des applications liées aux intercepteurs, témoignant de ses ambitions à long terme dans l’écosystème de la défense antimissile.
Concernant les lancements, Digantara prépare une nouvelle mission satellite avec SpaceX en mars, suivie d’autres lancements prévus en juin et en octobre, cette dernière campagne devant inclure plusieurs satellites. Au total, la société ambitionne de déployer 15 satellites sur les deux prochaines années, ce qui augmenterait considérablement sa présence en orbite et renforcerait sa place sur le marché émergent de la défense et de la surveillance spatiale.