Le chantier naval de Fincantieri à Marinette, dans le Wisconsin, a mis à flot la première des quatre frégates de combat de surface multimissions (MMSC) destinées à l’Arabie Saoudite, baptisée HMS Saud (820). Cette étape marque le transfert du navire de sa zone de construction à l’élévateur de mise à l’eau, une avancée cruciale vers son équipement complet et ses essais en mer. Ce navire fait partie d’une série de quatre unités développées dans le cadre du projet Tuwaiq, avec Lockheed Martin en charge des systèmes de combat et de l’intégration générale.
La cérémonie s’est déroulée dans le Wisconsin en présence du chef d’état-major de la Marine royale saoudienne (RSNF), de hauts responsables saoudiens et américains, ainsi que des représentants des entreprises impliquées dans le programme. Les autorités saoudiennes ont souligné que cet événement s’inscrit dans un programme plus vaste de modernisation qui comprend la formation structurée des équipages, des programmes de qualification et des préparatifs à terre afin d’assurer une opération régulière des navires dès leur livraison.
Le projet Tuwaiq a débuté après l’approbation américaine de la vente d’une MMSC en octobre 2015, pour un montant total estimé à 11,25 milliards de dollars. L’accord formel a été officialisé en mai 2017 via la signature d’une lettre d’offre et d’acceptation (LOA).
Le 20 décembre 2019, une modification de contrat d’une valeur de près de 2 milliards de dollars a été émise pour couvrir la conception détaillée et la construction des quatre navires. Les travaux se répartissent entre Marinette et plusieurs autres sites aux États-Unis, avec une date de livraison prévue en juin 2026. La découpe de l’acier du premier navire a eu lieu en octobre 2019, suivie de la pose de sa quille en mai 2021. La cérémonie de pose de la quille du second navire, le HMS Fahd (822), s’est tenue le 13 octobre 2022, alors même que la fabrication des troisième et quatrième unités était déjà engagée.
Au-delà de la construction des navires, les autorités saoudiennes insistent sur l’importance d’un volet infrastructurel et maintenance à terre pour garantir la disponibilité à long terme de ces unités. D’importants travaux sont prévus à la base navale King Abdulaziz de Jubail, avec la création d’installations modernes de maintenance et de formation, afin de réduire la dépendance de l’Arabie Saoudite au soutien étranger.
Par ailleurs, ce programme s’inscrit dans les objectifs de la Vision 2030 du royaume via les organismes GAMI (General Authority for Military Industries) et GADD (General Authority for Defense Development). La localisation industrielle et le développement des capacités de maintenance sont ainsi considérés comme des éléments clés pour introduire et soutenir cette nouvelle classe de navires de combat de surface.
Le Combatant de Surface Multimissions saoudien (MMSC) est basé sur la classe Freedom des LCS (littoral combat ships) de la Marine américaine, mais se distingue fortement par sa fonction et sa configuration. Contrairement aux LCS américains, qui utilisent des modules de mission interchangeables, la version saoudienne est équipée de systèmes de combat et d’armements fixes, faisant de ces navires des combattants de surface pleinement armés.
Le navire mesure environ 118 mètres de long, avec un maître-bau de 17,6 mètres et un tirant d’eau de 4,3 mètres. Son déplacement maximal atteint environ 3 600 tonnes. Sa propulsion hybride diesel-gaz lui permet d’atteindre des vitesses proches de 30 nœuds, avec une autonomie de 5 000 milles nautiques (environ 9 260 kilomètres), lui offrant la capacité d’opérer au-delà des eaux côtières saoudiennes.
L’équipage standard est composé d’environ 101 membres, dont 84 marins principaux et 17 spécialistes pour l’escadron hélicoptère, avec une capacité supplémentaire pour accueillir jusqu’à 29 personnes embarquées selon les missions.
Pour étendre ses capacités de surveillance, de suivi et d’engagement, le HMS King Saud embarque un hélicoptère MH-60R Seahawk ainsi que des drones. Le MH-60R est spécialisé dans la lutte anti-sous-marine grâce à son sonar plongeant, ses bouées acoustiques et ses torpilles. Il offre également des capacités de surveillance de surface via radar et capteurs électro-optiques, tout en pouvant remplir des missions secondaires telles que transport, évacuation médicale et ravitaillement vertical.
Le recours à l’hélicoptère est renforcé par l’emploi de drones à décollage et atterrissage verticaux, utilisés pour observer les trafics de surface, identifier les cibles potentielles et améliorer la connaissance de la situation tactique sans mobiliser systématiquement un hélicoptère pour chaque tâche.
Le système de combat du HMS Saud repose sur le COMBATSS-21 de Lockheed Martin, une variante dérivée du système Aegis, opérant via des liaisons Link 16 pour assurer la coordination des capteurs, le pilotage des trajectoires de vol et le contrôle des armements.
Le navire intègre plusieurs capteurs avancés, dont le radar à balayage électronique actif Hensoldt TRS-4D, deux systèmes de contrôle de tir Saab CEROS 200, des dispositifs d’identification, des moyens de guerre électronique WBR-2000, ainsi que des équipements anti-sous-marins comprenant un sonar à profondeur variable Captas VDS.
Son armement comprend des missiles anti-navires Harpoon Block II, un système de lancement vertical Mk 41 capable de tirer des missiles Sea Sparrow Evolved, avec la présence de deux lanceurs Mk 41 de 8 cellules chacun. Le bouquet d’armement se complète par un SeaRAM Mk 15 Mod 31 de 11 missiles, un canon BAE Systems de 57 mm, deux stations d’armes téléopérées Nexter Narwhal de 20 mm, des lance-torpilles Mk 32, ainsi que des systèmes de leurres et de défense contre torpilles comme l’ALEX SKWS et le système AN-SLQ-25.
Enfin, le programme prévoit un stock de 532 missiles tactiques RIM-162 ESSM pour l’armement opérationnel, les essais et la formation des équipages.