Plusieurs pays de l’OTAN, sous la présidence allemande, envisagent de proposer une nouvelle mission conjointe baptisée « Arctic Sentry » afin de surveiller et protéger les intérêts sécuritaires dans la région arctique. Cette initiative vise à contrer les ambitions de l’administration Trump en matière d’annexion du Groenland.

Ce concept de mission, révélé pour la première fois le 11 janvier 2026, pourrait s’inspirer du modèle de la mission « Baltic Sentry » lancée en janvier 2025. Celle-ci renforce la présence militaire de l’OTAN en mer Baltique et améliore la capacité des alliés à répondre aux menaces russes, notamment les attaques sur les infrastructures sous-marines critiques.

Alors que le président américain Donald Trump avait déjà évoqué lors de son premier mandat l’idée d’acheter ou de s’approprier le Groenland, le retour de cette volonté, et plus particulièrement le refus de Trump et de certains de ses conseillers d’exclure le recours à la force militaire pour acquérir ce territoire, suscite une vive inquiétude au sein de l’Alliance.

Une annexion hostile du Groenland par les États-Unis soulèverait une perspective inédite et inquiétante : le Danemark pourrait être contraint de solliciter l’article 5 du traité de l’OTAN pour une défense collective contre son propre allié le plus puissant.

La proposition « Baltic Sentry » permettrait de délégitimer l’argument avancé par Trump selon lequel le Groenland doit être sécurisé face aux menaces de la Russie et de la Chine, et que seuls les États-Unis seraient en mesure d’assurer cette protection, justifiant ainsi une prise de contrôle du territoire.

Au sein de l’administration Trump, certains, comme Stephen Miller, chef adjoint du cabinet de la Maison Blanche chargé des politiques, ont même remis en question le statut danois sur le Groenland. Or, ce territoire est lié au Danemark et à la Norvège depuis 986 après J.-C., soit près de 800 ans avant l’existence des États-Unis, et est sous contrôle danois absolu depuis 1814.

Malgré la proposition « Arctic Sentry », les justifications avancées par Trump au sujet de la nécessité d’acquérir le Groenland pour des raisons sécuritaires restent très contestables. En 1951, les États-Unis et le Danemark ont signé un accord de défense autorisant Washington à améliorer les capacités militaires dans la région, y compris la construction et l’exploitation d’installations militaires. Bien que seulement 150 militaires américains soient actuellement stationnés à la base spatiale de Pituffik, cet accord ne limite pas le nombre de troupes américaines pouvant être déployées sur l’île.

De plus, l’affirmation de Trump selon laquelle le Groenland serait menacé par la Russie et la Chine contraste fortement avec son attitude passée à l’égard de la Russie. Au cours de son mandat, il a souvent affiché une certaine complaisance envers Moscou, allant même jusqu’à défendre Vladimir Poutine face aux accusations d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016.

Par ailleurs, les dirigeants politiques du Danemark et du Groenland manifestent clairement leur impatience face aux velléités américaines.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a déclaré le 11 janvier lors d’un rassemblement politique : « Nous sommes à un carrefour, et c’est un moment décisif. Ce qui est en jeu dépasse ce que l’on peut voir, car si nous constatons que les Américains tournent le dos à l’alliance occidentale, qu’ils renient notre coopération au sein de l’OTAN en menaçant un allié, ce que nous n’avons jamais vu auparavant, alors tout s’arrêtera. »

Frederiksen a déjà rejeté sans ambiguïté les idées de Trump, lui affirmant que le Groenland n’est pas à vendre et qualifiant toute tentative d’annexion d’« absurde ».

Le 12 janvier, le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a souligné sur sa page Facebook : « Il est important d’être absolument clair : le Groenland fait partie du Royaume du Danemark et de l’OTAN via le Commonwealth. Cela signifie que notre sécurité et notre défense relèvent de l’OTAN. C’est une position fondamentale et inébranlable. »

Aux États-Unis, même des figures républicaines ont pris leurs distances avec Trump sur cette question.

« C’est honteux », a déclaré le représentant républicain du Nebraska Don Bacon à CNN le 6 janvier. « Le Groenland est un allié de l’OTAN. Le Danemark est l’un de nos meilleurs amis… La manière dont nous les traitons est très humiliante et cela n’apporte aucun avantage. »

Décrivant la rhétorique de la Maison Blanche sur le Groenland comme l’une des « choses les plus absurdes » de l’année écoulée, Bacon a appelé ses collègues républicains à le soutenir publiquement. « J’espère que d’autres Républicains se rangeront à mes côtés pour dire clairement à la Maison Blanche que c’est une erreur », a-t-il ajouté.

Équipe de mortiers Royal Marine Commando au nord de la Norvège
Équipe de mortiers d’un commando Royal Marine britannique opérant depuis un transporteur tout-terrain à chenilles Viking dans le nord de la Norvège en février 2025. Des alliés européens de l’OTAN envisagent une nouvelle mission conjointe dans l’Arctique pour contrer les projets d’annexion du Groenland par l’administration Trump. [Crown Copyright]