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Le réacteur nucléaire du quatrième sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de la classe Barracuda a été mis en service pour la première fois, annonce le Ministère des Armées français dans un communiqué daté du 15 décembre 2025. Cet événement, appelé « divergence », marque une étape clé qui ouvre la voie aux essais en mer de type alpha pour le De Grasse (S638).

Le De Grasse, quatrième SNA de la classe Barracuda pour la Marine nationale

Conçu sous la responsabilité de la Commission de l’Énergie Atomique (CEA), le réacteur nucléaire a été fabriqué sous la supervision de TechnicAtome, spécialiste de la conception, construction, mise en service et maintenance des réacteurs nucléaires compacts, ainsi que de Naval Group, responsable de la production des cuves et de l’intégration des réacteurs à bord des SNA Barracuda.

La « divergence » d’un réacteur nucléaire, notamment sur un sous-marin nucléaire d’attaque, désigne le démarrage contrôlé de la réaction en chaîne dans le cœur du réacteur. Ce moment marque le lancement de la surveillance continue du réacteur par les officiers de propulsion nucléaire, surveillance qui se poursuivra jusqu’à la mise hors service définitive des sous-marins, prévue pour les années 2060.

Ce quatrième sous-marin de la classe Suffren doit son nom au comte de Grasse (François Joseph Paul, comte de Grasse, marquis de Grasse-Tilly), officier de marine français et figure majeure de la guerre d’indépendance américaine. Sa contribution la plus notable fut sa victoire décisive sur la Royal Navy britannique lors de la bataille de la Chesapeake (également appelée bataille des Caps de Virginie) en septembre 1781.

Les six sous-marins commandés par la Direction générale de l’armement (DGA) dans le cadre du programme Barracuda remplacent la flotte vieillissante des sous-marins de la classe Rubis, entrés en service dans les années 1980. Les trois premiers navires de la classe Barracuda – Suffren, Duguay-Trouin et Tourville – ont été livrés respectivement en juin 2022, avril 2024 et juillet 2025.

Les deux derniers sous-marins de la série, Rubis et Casabianca, sont en cours de construction à différents stades et leur livraison est prévue d’ici 2030, conformément à la Loi de programmation militaire 2024-2030.

À propos du SNA de la classe Suffren

Six nouveaux sous-marins d’attaque composeront la flotte de pointe de la Marine nationale française pour les décennies à venir. Développés dans le cadre du programme Barracuda, ces navires représentent un bond important en termes de capacités par rapport à la génération précédente de sous-marins Rubis.

Caractéristiques principales :

  • Déplacement en surface : 4 700 tonnes
  • Déplacement en plongée : 5 100 tonnes
  • Longueur : 99 mètres
  • Diamètre : 8,8 mètres
  • Profondeur maximale : > 350 mètres
  • Vitesse : > 25 nœuds
  • Armement : missiles de croisière naval, torpilles lourdes filoguidées F21, missiles antinavires Exocet SM39 modernisés, mines FG-29, drones aériens (UAV) et sous-marins (UUV) en développement futur
  • Propulsion hybride : réacteur à eau pressurisée (150 MW) dérivé des réacteurs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la classe Triomphant et du porte-avions Charles de Gaulle, deux turbines de propulsion, deux turbogénérateurs et deux moteurs électriques
  • Équipage : 63 marins + environ 15 commandos
  • Autonomie : 70 jours en mer (ou jusqu’à épuisement des provisions alimentaires)

Innovations pour le combat naval

Les sous-marins de la classe Suffren intègrent plusieurs innovations offrant des capacités supérieures, leur permettant d’opérer en profondeur derrière les lignes ennemies tout en maintenant une discrétion maximale grâce au missile de croisière naval MdCN lancé depuis un tube lance-torpilles.

Ils bénéficient également de capteurs de dernière génération qui renforcent leurs capacités de lutte anti-sous-marine ainsi que d’intelligence, surveillance et reconnaissance (ISR). Parmi ces nouveautés figure le mât optronique non pénétrant développé par Safran Electronics & Defense, une technologie révolutionnaire fournissant des images 4K de haute qualité accessibles à tous les opérateurs du centre opérations de combat (CIC).

Enfin, ces sous-marins sont équipés de systèmes facilitant le déploiement de forces spéciales marines. Notamment, le refuge de pont sec, un hangar amovible, permet d’accueillir le nouveau véhicule de livraison de nageurs de combat (SDV) PSM3G ainsi qu’une douzaine de commandos nageurs.

Xavier Vavasseur