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Un député britannique propose un plan ambitieux pour faire du Royaume-Uni un centre majeur des systèmes sans pilote, alertant sur des règles dépassées qui freinent l’innovation locale et compliquent la préparation des forces armées aux conflits modernes.

Fred Thomas, député travailliste de Plymouth Moor View et ancien Royal Marine, a souligné lors des questions au ministère de la Défense que l’architecture réglementaire britannique concernant les drones et autres plateformes sans pilote n’est plus adaptée. Il dénonce des responsabilités fragmentées entre plusieurs ministères et autorités qui ralentissent les développements, alourdissent les coûts, et poussent les entreprises britanniques à tester et fabriquer leurs systèmes à l’étranger.

Thomas propose une réforme profonde de la gouvernance des systèmes aériens, maritimes, sous-marins et terrestres sans pilote. Son plan vise à accélérer les phases d’expérimentation, soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et permettre aux forces armées d’intégrer rapidement de nouvelles capacités.

Lors de son intervention à la Chambre des communes, il a déclaré : « Des réformes urgentes de la réglementation des systèmes sans pilote sont nécessaires. Nos forces armées s’inquiètent de plus en plus de l’incapacité du Royaume-Uni à développer et entraîner ses unités à la vitesse requise par la guerre moderne. » Il a ajouté que les sociétés préfèrent désormais délocaliser leurs activités, pénalisées par un cadre réglementaire trop lourd et peu transparent.

Au cœur de ses propositions figure le passage d’un système basé sur des dérogations ponctuelles et des autorisations particulières vers une approbation standardisée par paliers. Selon lui, le modèle actuel engendre un cercle vicieux : les entreprises ne peuvent collecter de données de sécurité sans autorisation de test, mais ne peuvent obtenir cette autorisation sans ces données. En aviation, l’obtention d’un feu vert pour un essai peut durer environ six mois au Royaume-Uni, contre quelques semaines aux États-Unis ou au Canada.

Une des recommandations majeures est la création d’un nouveau régulateur central, provisoirement nommé Uncrewed Systems Executive. Cette instance serait l’autorité unique couvrant les domaines terrestre, maritime et aérien, réunissant des experts de la Civil Aviation Authority, de l’Agence maritime et des garde-côtes, d’Ofcom, ainsi que des représentants de l’industrie et des militaires en activité. L’objectif est de réduire les doublons, d’harmoniser les niveaux de risque acceptables et de fournir des consignes claires aux développeurs et opérateurs.

En parallèle, Thomas plaide pour un Code unifié des systèmes sans pilote applicable à toutes les plateformes aériennes, maritimes et terrestres. Ce code serait évolutif avec les progrès technologiques, fixant des normes communes et limitant ainsi les dérogations et les interprétations divergentes entre autorités.

Le député met également l’accent sur le manque d’infrastructures adaptées aux essais longue portée et intégrés, notamment pour les opérations de drones au-delà de la ligne de vue ainsi que les expérimentations combinant terre, mer et air. Aujourd’hui, les entreprises doivent effectuer leurs essais à l’étranger, parfois jusqu’en Inde, tandis que l’accès aux zones de tir du ministère de la Défense demeure prohibitif pour les plus petites PME.

Thomas plaide pour la création de zones de test et de formation soutenues par l’État, avec des autorisations permanentes validées en amont par toutes les autorités concernées. Ces sites seraient accessibles aux forces armées, à l’industrie et aux organismes publics, avec une tarification transparente et un accès garanti pour les PME. Il souligne aussi l’absence de lieux sûrs au Royaume-Uni pour mener des essais complets de guerre électronique, cruciaux pour préparer nos forces à un combat de haute intensité.

Le plan inclut en outre des mises à jour ciblées des législations en vigueur, dont certaines précèdent l’apparition des systèmes autonomes. Dans le domaine maritime, la Merchant Shipping Act et le Workboat Code sont particulièrement critiqués, avec des coûts de certification qui peuvent atteindre 100 000 £ pour un seul navire sans pilote. En aviation, Thomas réclame des autorisations plus rapides, fondées sur les performances pour les opérations autonomes et au-delà de la ligne de vue, soutenues par des échéances plus claires et des ressources renforcées pour les régulateurs.

Ces préoccupations sont partagées par plusieurs acteurs industriels. Un fabricant britannique de navires de surface sans pilote a averti qu’en l’absence de changements, il pourrait être contraint de délocaliser sa production, rejoignant ainsi d’autres entreprises déjà à bout de souffle.

Le gouvernement semble disposé à dialoguer. Lors des questions au ministère de la Défense, le Ministre des Forces armées, Al Carns, a accepté de rencontrer Fred Thomas ainsi que des représentants de l’industrie pour discuter de ces propositions. Les autorités évaluent les possibilités d’évolution réglementaire, notamment via le projet de loi sur les Forces armées attendu en 2026.

Pour Fred Thomas, la question est autant une affaire de souveraineté nationale que de développement économique. Il estime que les systèmes sans pilote sont désormais au cœur des dynamiques de guerre et de dissuasion, et que le Royaume-Uni risque de perdre son rang face à ses alliés et adversaires s’il ne parvient pas à les développer, tester et déployer rapidement et en toute sécurité. « Une part clé de la sécurité future du Royaume-Uni repose sur la capacité à innover, expérimenter et déployer des systèmes sans pilote », conclut-il. « Ces réformes contribueraient à inverser la tendance actuelle. »