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Dans un contexte marqué par des tensions croissantes dans l’océan Indien, l’Inde a annulé de manière inattendue un avis aux navigateurs (NOTAM) qui établissait une vaste zone d’exclusion aérienne et maritime de 3 550 kilomètres dans le golfe du Bengale, initialement prévue du 17 au 20 décembre 2025.

Il s’agit de la deuxième annulation similaire en l’espace d’un mois, après des suspensions d’alertes précédentes prévues pour les périodes du 1er au 4 et du 6 au 8 décembre. Cette succession d’annulations suscite des interrogations : s’agit-il d’une préparation authentique à un test de missile majeur ou plutôt d’un exercice stratégique destiné à mesurer la réactivité de navires chinois, régulièrement déployés dans la région sous couvert de recherche ?

Le NOTAM annulé, publié par la Direction générale de l’aviation civile le 12 décembre, couvrait l’une des plus vastes zones sécurisées jamais désignées pour un essai de missile indien. La zone s’étendait vers l’est, à partir de sites de lancement proches de Chandipur, dans l’État d’Odisha, et de la zone navale de l’Est à Visakhapatnam. Cette étendue remarquable, bien plus grande que le précédent périmètre de 1 480 km, laissait entrevoir l’essai d’un système de longue portée avancé, comme l’Agni-1, missile balistique intercontinental, ou le K-15, missile balistique lancé depuis sous-marin (SLBM), tous deux dépassant 1 500 km de portée et constituant une partie essentielle de la triade nucléaire indienne.

La période de quatre jours prévue pour la manœuvre offrait une marge de manœuvre permettant d’adapter le calendrier aux contraintes météo ou techniques, une précaution habituelle pour les essais conduits par la Défense indienne via son organisme de recherche et développement, le DRDO.

Toutefois, à l’instar des deux précédentes notifications annulées plus tôt en décembre, cette interdiction a été levée sans explication officielle, confirmant ainsi une tendance apparue au cours de l’année 2025. En octobre et novembre, plusieurs NOTAM similaires, allant de 1 480 à 3 545 km, avaient déjà été annulés dans un contexte marqué par une activité maritime accrue, ce qui a alimenté des soupçons d’interférences étrangères.

Les analystes de défense soulignent la présence récurrente de navires chinois à double usage, souvent présentés comme des bâtiments de recherche océanographique, mais équipés de capteurs sophistiqués capables d’intercepter des données télémétriques sur les essais de missiles, leur trajectoire et leur phase de rentrée atmosphérique.

Une hypothèse largement évoquée est que ces annulations répétées d’alertes viseraient non seulement à valider les capacités de tir indiennes, mais aussi à constituer une opération de renseignement à faible coût visant à évaluer la rapidité de réaction des forces chinoises dans la région. Dès la publication des NOTAM, des navires tels que la série Xiang Yang Hong, le Lan Hai 101 ou le Shi Yan 6 se positionnent rapidement dans des secteurs stratégiques du golfe du Bengale et de la mer d’Andaman, optimisant ainsi leur capacité de suivi. En annulant ces notifications au dernier moment, New Delhi contraint ces bâtiments à consommer du carburant inutilement, révélant ainsi leurs schémas de déploiement, la portée de leurs capteurs et leurs modes de coopération avec la Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN) chinoise — des données précieuses pour contrer les opérations d’espionnage dans ces eaux disputées.

Sur les réseaux sociaux, cet imbroglio stratégique fait grand bruit. Plusieurs comptes spécialisés en renseignement ouvert (OSINT) suivent de près les mouvements de ces navires. Un post viral de l’analyste Damien Symon a notamment mis en lumière l’ampleur du NOTAM, suscitant des milliers de vues et des moqueries sur la frustration potentielle des équipages chinois face à ces faux départs répétés. Les commentaires évoquent « la gêne infligée aux Chinois » ou anticipent une nouvelle annulation, illustrant un véritable jeu du chat et de la souris.

Si le DRDO reste discret sur les détails, cet épisode reflète une montée des tensions sino-indiennes dans l’océan Indien, devenu un champ de confrontation technologique et stratégique. L’expansion maritime chinoise, notamment via ses bases à Gwadar (Pakistan) et Djibouti, renforce la portée de Pékin dans cette zone. Les essais indiens ne sont donc pas uniquement des jalons technologiques, mais aussi des signaux politiques pour affirmer leur détermination. Alors que l’année s’achève, ce test reporté laisse ouverte la perspective d’un lancement ultérieur, mais le principal bénéfice pourrait déjà résider dans la collecte d’informations sur les réflexes adverses, renforçant ainsi l’avantage de New Delhi dans un espace maritime de plus en plus surveillé.