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Le Service de Sécurité ukrainien (SBU) a annoncé le 15 décembre avoir ciblé avec succès un sous-marin russe de classe Kilo améliorée dans le port de Novorossiysk en utilisant un système de drone sous-marin, une plateforme désignée par l’agence sous le nom de « Sub Sea Baby ».

Cette opération aurait été conduite conjointement avec les forces navales ukrainiennes via des canaux de contre-espionnage militaire, causant des dégâts importants qui auraient mis hors service le sous-marin. Aucune confirmation indépendante, ni image satellite ni déclaration officielle russe, n’ont encore permis de vérifier cette information.

Si cette attaque venait à être confirmée, elle représenterait un coup tactique majeur, d’autant que les sous-marins figurent parmi les cibles navales les plus difficiles à atteindre, notamment lorsqu’ils sont stationnés dans un port défendu. Un sous-marin diesel-électrique peut disparaître plusieurs semaines en mer, et même à quai, il est protégé par un dispositif de sécurité multi-couches incluant des zones à accès restreint, des patrouilles, de la surveillance et des barrières anti-intrusion visant à empêcher les engins de surface télécommandés et les plongeurs d’atteindre la coque.

Des images satellitaires antérieures ont montré que la Russie teste des systèmes défensifs à base de barrières à Novorossiysk, en réponse à l’intensification des opérations de drones maritimes ukrainiens. Cela témoigne d’une prise de conscience que cette base n’est plus un sanctuaire, même sur le territoire russe.

Le communiqué du SBU insiste aussi sur une distinction importante : il différencie les drones de surface « Sea Baby », connus depuis 2023, du drone sous-marin « Sub Sea Baby » utilisé lors de cette attaque. Le SBU a déjà démontré que la famille Sea Baby a évolué d’un simple engin explosif vers un système modulaire avec une portée accrue et une plus grande capacité de charge utile.

Les versions améliorées du Sea Baby disposeraient d’une autonomie supérieure à 1500 kilomètres et d’une capacité de charge allant jusqu’à 2000 kilogrammes. Certaines variantes peuvent être équipées d’armes télécommandées, au-delà de leur fonction originelle de drone kamikaze. Parmi les innovations rapportées figurent également une orientation assistée par intelligence artificielle, des postes de tir stabilisés, des lance-roquettes et des dispositifs d’autodestruction à plusieurs niveaux pour éviter la capture et l’exploitation par l’ennemi.

Cependant, le SBU n’a pas encore communiqué de détails techniques approfondis sur le « Sub Sea Baby ». Cette absence de données est cruciale, car la différence entre un drone de surface et un système sous-marin est déterminante pour évaluer l’efficacité des contrôles portuaires et des patrouilles maritimes. Un drone sous-marin peut exploiter les angles morts de la sécurité portuaire, limiter son exposition au feu défensif et atteindre la cible sous la ligne de flottaison, zone particulièrement vulnérable pour un sous-marin.

Sur le plan opérationnel, une attaque sous-marine réussie nécessite une navigation précise et un contrôle fiable dans un environnement portuaire encombré, ainsi qu’une ogive et un détonateur adaptés pour endommager la propulsion, les systèmes proches de la coque pressurisée ou d’autres équipements critiques pendant que le navire est à quai.

La cible citée par le SBU est un sous-marin russe de projet 636.3, ou classe Kilo améliorée, conçu pour des opérations furtives en eaux littorales contestées. Ses caractéristiques publiques indiquent une longueur d’environ 74 mètres, un déplacement immergé proche de 4000 tonnes, une propulsion diesel-électrique et un équipage d’environ 50 hommes.

Son armement principal comprend six tubes lance-torpilles de 533 millimètres, capables de lancer des torpilles lourdes, de poser des mines navales et de tirer des missiles de croisière Kalibr depuis une position immergée. Lorsqu’il est équipé de missiles, le sous-marin peut réaliser des salves à courte portée, assurant des capacités d’attaque terrestre et anti-navire, en complément des missions classiques de déni de zone maritime.

Le SBU précise que le sous-marin ciblé à Novorossiysk transportait quatre lanceurs de missiles Kalibr, ce qui relie directement cette attaque à la campagne de frappes de longue portée russe contre le territoire ukrainien. Les missiles Kalibr ont une portée estimée entre 1500 et 2500 kilomètres selon la version, faisant de chaque sous-marin doté de cette capacité un actif stratégique majeur.

Même sans couler le bâtiment, des dégâts sévères nécessitant d’importantes réparations peuvent le retirer du service actif pendant plusieurs mois. Les sanctions internationales compliquent encore l’accès aux pièces détachées, la disponibilité des chantiers navals et des composants spécialisés, augmentant ainsi les contraintes logistiques pour la Marine russe.

Pour l’Ukraine, ce succès, s’il est confirmé, mettrait en lumière un défi majeur : le secret acoustique ne garantit plus la sécurité quand un adversaire peut déployer des engins explosifs de haute précision, à bas coût, grâce à des drones sous-marins. Les unités navales russes ont déjà été contraintes à une dispersion depuis Sébastopol sous la pression des raids maritimes ukrainiens, et Novorossiysk apparaît désormais comme un centre alternatif clé.

Un raid sous-marin dans ce port signalerait l’élargissement du défi russe, qui ne concerne plus seulement le contrôle maritime mais également la protection de ses bases, imposant des investissements lourds en capteurs, patrouilles, barrières et mesures antisabotage, nécessitant un personnel et une vigilance accrus.

Pour Moscou, la mise hors service d’un Kilo amélioré signifie non seulement une réduction immédiate de la capacité de lancement de missiles Kalibr mais aussi un impact psychologique fort sur la confiance accordée à la sécurité portuaire.

La Russie n’a, pour l’heure, fait aucune déclaration publique sur l’incident ni sur l’état du sous-marin. Par le passé, Moscou a souvent tardé à reconnaître des pertes en mer Noire, voire nié catégoriquement les affirmations ukrainiennes, même lorsque des images satellites ou des preuves ultérieures ont confirmé la version de Kiev.

Alain Servaes

Sous-marin classe Kilo en surface
Un sous-marin classe Kilo naviguant en surface.