Le régiment des opérations psychologiques (PSYOP) de l’Armée américaine a récemment illustré son rôle croissant dans la guerre de l’information moderne lors d’une journée dédiée à l’innovation. Des soldats issus de plusieurs unités ont présenté des solutions conçues pour combler des lacunes opérationnelles, devancer des adversaires de niveau comparable et renforcer la létalité en situation de compétition comme de conflit.
Cette journée a mis en lumière la dynamique de modernisation ascendante portée par les soldats des PSYOP, qui développent des solutions innovantes et peu coûteuses pour répondre à des besoins cruciaux, améliorer la préparation opérationnelle et accélérer les progrès dans le domaine de l’information. Le colonel Clinton Meade, commandant adjoint du John F. Kennedy Special Warfare Center and School, a ouvert l’événement en précisant trois objectifs principaux pour la semaine regimental :
« Cette semaine, nous allons nous observer, observer nos ennemis et moderniser notre régiment », a-t-il affirmé.
Le sergent-chef David Hargett, du 7e bataillon PSYOP, a présenté un cadre méthodologique d’évaluation cognitive des dommages de bataille (Cognitive Battle Damage Assessment Framework). Ce système vise à améliorer l’évaluation des effets d’influence sur le champ de bataille en offrant aux commandants une méthode reproductible et basée sur des données pour mesurer les impacts comportementaux, selon une rigueur comparable à celle appliquée aux effets cinétiques.
« Les équipes à travers le monde réalisent un travail remarquable, a déclaré Hargett. Ce cadre alignera encore mieux leurs efforts sur les effets recherchés par leurs commandants. »
Cette méthode intègre des indicateurs atmosphériques, des sources ouvertes et des rapports terrain dans un modèle prévisionnel sur une fenêtre de 30 à 120 jours. L’objectif est de fournir des mesures quantifiables en temps voulu, reflétant fidèlement la réaction des audiences cibles. Standardiser ainsi l’évaluation comportementale permettra d’optimiser la planification opérationnelle et l’allocation des ressources, tout en se calquant sur les méthodes d’évaluation des effets cinétiques.
Le sergent Joseph Compton, analyste du renseignement au sein du 6e bataillon PSYOP, a présenté le cadre opérationnel de la volonté de combattre (Operationalized Will-to-Fight Framework). Cette innovation comble une lacune doctrinale et analytique majeure. La volonté de combattre, facteur clé dans la prise de décision aussi bien chez les alliés que chez les adversaires, bénéficie désormais d’une méthodologie standardisée pour être intégrée à la planification PSYOP.
« Cette matrice est conçue pour être utilisée facilement, a-t-il expliqué. Toute équipe peut l’appréhender et analyser la volonté de combattre des ennemis de manière structurée, bloc par bloc. »
La proposition de Compton consiste à créer un dispositif analytique portatif, auditable et structuré, accompagné de manuels, de superpositions, d’outils matriciels ainsi que d’une intégration numérique. Cela fournira aux commandants et planificateurs des informations exploitables pour évaluer avec plus de précision la résolution adverse.
Le sergent-chef Brian Potts, instructeur au John F. Kennedy Special Warfare Center and School, a présenté le Night Haunter, un haut-parleur de tromperie ultraléger, déployé par drone, capable de produire plus de 100 décibels. Fabriqué avec des composants coûtant moins de 30 dollars et un boîtier imprimé en 3D, cet équipement offre des capacités de tromperie tactique adaptées tant aux opérations à grande échelle qu’aux guerres non conventionnelles.
Potts et son équipe ont également exposé des solutions de montage magnétique pour les dispositifs d’appel acoustique (Acoustic Hailing Devices) et les haut-parleurs de prochaine génération. Ces systèmes permettent une fixation rapide sur des véhicules militaires comme civils.
« Lorsque les équipes doivent se déployer en urgence, elles font face à des contraintes strictes sur l’équipement et le poids, a-t-il déclaré. Ce système de montage pèse huit livres, contre plus de soixante livres pour l’actuel. »
Cette solution peu coûteuse réduit significativement le temps de mise en place et le risque d’endommagement des équipements, répondant ainsi à un besoin ancien d’adaptabilité des haut-parleurs dans divers types de missions.
À travers toutes ces présentations, un fil rouge est apparu : les soldats des PSYOP développent des capacités pratiques et indispensables pour combler des lacunes concrètes sur le terrain. Que ce soit par la fabrication artisanale, les outils analytiques ou des approches d’acquisition non conventionnelles, l’innovation s’impose comme une composante essentielle de la culture du régiment. Les intervenants ont réaffirmé l’engagement à former des forces PSYOP adaptatives, créatives et prêtes pour l’avenir, capables de relever les défis d’une compétition et d’un conflit en perpétuelle évolution dans le domaine de l’information.
Par CPT Rachel Deppen