À l’ombre de la récente opération Sindoor, où l’artillerie indienne a inversé le cours des incursions pakistanaises, l’armée indienne s’apprête à franchir une étape majeure avec la modernisation de son système de lance-roquettes multiple Pinaka. L’introduction prochaine de roquettes guidées d’une portée de 120 km, pour un contrat estimé à environ 2 500 crores de roupies, ne constitue pas une simple acquisition : c’est un changement stratégique fondamental qui pourrait redéfinir les règles du jeu le long de la frontière occidentale toujours tendue de l’Inde.
Développées par l’Organisation de Recherche et Développement de la Défense (DRDO) et prévues pour des essais dans les mois à venir, ces munitions à longue portée seront compatibles avec les lanceurs existants. Elles permettront ainsi à l’armée d’accroître considérablement sa capacité à délivrer des salves dévastatrices depuis des distances sécurisées. Face aux menaces asymétriques posées par le Pakistan et aux incursions progressives de la Chine, ce bond technologique, passant d’une portée actuelle de 40-75 km à 120 km, est bien plus qu’une évolution : il transforme les bases du nord de l’Inde en véritables forteresses de feu capables de neutraliser les infrastructures logistiques et les zones de rassemblement ennemies avant même leur mise en mouvement.
Une force de frappe orchestrée
La puissance du Pinaka repose sur une organisation rigoureuse et une capacité de saturation massive du terrain. Chaque régiment est constitué de trois batteries, elles-mêmes équipées chacune de six lanceurs, soit 18 lanceurs par régiment capables de tirer 216 roquettes en moins d’une minute, saturant une zone d’un kilomètre carré avec des explosifs puissants. En déployant un régiment de ce type sur cinq bases clés du nord – notamment Pathankot et Udhampur dans le Jammu, Dehradun dans l’Uttarakhand, Ambala dans l’Haryana ou encore Jodhpur au Rajasthan – l’Inde crée une ligne défensive non seulement renforcée, mais disposant d’une puissance de feu colossale, approchant 1 100 roquettes prêtes à être lancées.
Ces bases, positionnées entre les plaines du Pendjab et les contreforts de l’Himalaya, hébergent déjà des unités Pinaka aguerries par l’expérience de l’opération Sindoor, où la précision du système a permis d’affaiblir les essaims de drones pakistanais et leurs avant-postes. Avec la portée étendue à 120 km, elles deviennent des plateformes de frappe profonde capables de projeter leur puissance bien au-delà de la frontière internationale et de la Ligne de Contrôle, sans exposer les équipages à des tirs de contre-batterie.
Une menace accrue pour les infrastructures pakistanaises
Cette amélioration touche directement les points névralgiques de la stratégie militaire pakistanaise. Islamabad a longtemps basé sa doctrine sur un déploiement rapide dans le cœur battant du Pendjab : les gares de triage de Sialkot, où les colonnes blindées se préparent à des incursions au Cachemire ; les dépôts logistiques de Narowal alimentant le secteur de Shakargarh ; et les dépôts d’armes à Kasur, à seulement 25 km de la frontière près de Lahore. Ces points stratégiques, jusqu’ici protégés de l’artillerie indienne, sont désormais à portée des roquettes Pinaka.
Depuis Ambala, un seul régiment pourrait neutraliser les installations ferroviaires et les convois de camions de Sialkot en une salve, coupant ainsi les flux de personnel et de matériel vital à la 30e armée pakistanaise. Les bases de lancement terroristes à Zafarwal, déplacées en profondeur après Sindoor pour échapper aux frappes de courte portée, risqueraient d’être anéanties par des salves alliant précision GPS et munitions à sous-munitions pour l’interdiction de zone. Des sites plus éloignés, comme les logistiques du Jaish-e-Mohammed à Bahawalpur ou les camps avancés de Muzaffarabad dans la zone pakistanaise du Cachemire, sont également vulnérables, situés à moins de 120 km de Udhampur ou Pathankot. Ces capacités de frappe préventive pourraient ainsi paralyser les centres de commandement et couper les lignes de ravitaillement en quelques heures.
Un effet dissuasif renforcé et une portée tactique étendue
Au-delà de l’allongement de la portée, cette avancée accroît la dissuasion par la domination tactique, notamment sur un théâtre où le terrain plat du Pakistan ne favorise aucun abri naturel. L’opération Sindoor a démontré comment les variantes actuelles du Pinaka ont neutralisé drones et avions pakistanais, mais la version 120 km ajoute une couche d’impunité : les lanceurs peuvent agir depuis des positions reculées, à 50-70 km derrière les lignes indiennes, échappant ainsi aux défenses anti-aériennes vieillissantes du voisin. Les roquettes volant à Mach 4,5 traversent la frontière avant que les adversaires ne puissent réagir.
Les analystes estiment qu’une seule batterie pourrait détruire entre 800 et 1 000 mètres carrés de zone ennemie en une frappe initiale, paralysant la mobilité des forces pakistanaises d’élite du I et XI Corps avant qu’elles ne traversent le Chenab. Sur la frontière de 553 km s’étendant de Kathua à Ganganagar, les artilleurs indiens basés à Jodhpur pourraient donc interdire les dépôts de carburant de Kasur, forçant les blindés pakistanais à emprunter des zones où ils seraient sous constante surveillance de drones. Le choc psychologique serait tout aussi important : avec les banlieues de Lahore désormais menacées par ces bases avancées, toute action offensive risquerait de transformer le poumon économique pakistanais en zone de non-droit, encourageant ainsi la retenue là où les conflits par procuration dominaient depuis longtemps.
Un double enjeu face à la Chine à l’Est
Cette montée en puissance du Pinaka à l’Ouest résonne également à l’Est, illustrant la double posture défensive de l’Inde. Dans la région disputée de l’Aksai Chin, où la Chine a développé des bunkers souterrains et renforcé ses avant-postes à He’an et Hekang en 2025 pour se prémunir contre les frappes aériennes indiennes, le lance-roquettes de 120 km offre un moyen terrestre de riposte à partir de positions protégées.
Des bases comme Dehradun ou même les déploiements avancés à Leh, combinées aux missiles BrahMos, pourraient frapper des infrastructures clés, telles que la piste de l’aéroport de Hotan ou les hélipads de Tianshuihai – essentiels pour le déploiement de renforts de l’Armée Populaire de Libération – situés à plus de 100 km, sans exposer les lanceurs aux zones vulnérables aux drones. Le secteur de Ladakh oriental, marqué par les affrontements du Galwan, bénéficierait également de cette capacité : depuis Tawang ou Misamari, les régiments pourraient saturer les nouveaux terminaux ferroviaires chinois proches de la Ligne de Contrôle, neutralisant rapidement les renforts venus du Tibet tout en préservant les ressources indiennes en altitude pour une manœuvre optimale.