Au cœur des ateliers secrets du Centre de Construction Navale de Visakhapatnam, où le programme des sous-marins nucléaires indiens prend vie, le quatrième bâtiment de la classe Arihant n’était à l’origine pas prévu. Pourtant, l’INS S4* — le mystérieux « Star » — se construit discrètement aux côtés de sa grande sœur, le S4, et son appellation singulière tranche par une combinaison d’anticipation pragmatique, de panique bureaucratique et d’une logique typiquement indienne en matière de défense.
Sandeep Unnithan, analyste naval expert et rédacteur en chef adjoint d’India Today, a récemment dévoilé cette histoire sur un podcast de défense rapidement relayé dans les cercles de sécurité nationale.
« Lorsque le S2 (INS Arihant) et le S3 (INS Arighat) étaient encore en phase de soudure », explique Unnithan, « la Marine et le DRDO avaient déjà avancé sur les véritables objectifs : le S4 puis, au-delà, la redoutable série des S5. »
Le plan initial, clair sur le papier, était le suivant :
- S4 : une version allongée de l’Arihant, avec un déplacement accru d’environ 1 000 tonnes, une coque allongée et un espace optimisé pour accueillir davantage de missiles K-4 (3 500 km de portée) ou les missiles K-5 en phase précoce.
- S5 : trois ou quatre mastodontes de 13 500 tonnes, équipés de 12 à 16 missiles balistiques lancés depuis un sous-marin (SLBM) K-5 ou K-6 avec ogives MIRV, constituant la garantie ultime d’une seconde frappe indienne, suffisamment puissante pour inquiéter les stratèges chinois.
Mais le calendrier imposait un défi majeur. Le premier sous-marin S5, même avec un financement ambitieux, ne serait pas opérationnel avant 2035-2037. Ainsi, le chantier naval de Visakhapatnam — patiemment équipé en 15 ans avec des outillages spécialisés, des baies de soudure en titane et une main-d’œuvre formée à la manipulation des compartiments des réacteurs — risquait de rester à l’arrêt pendant près d’une décennie après le lancement du S4 prévu vers 2024.
Dans le domaine de la construction navale militaire, un chantier inactif est un chantier condamné. Les compétences s’émoussent, les chaînes d’approvisionnement se désagrègent, les soudeurs qualifiés pour l’acier HY-80 passent à d’autres secteurs, et les coûts de redémarrage explosent. Les hauts responsables de la Marine, marqués par l’écart de quinze ans entre la pose de la quille du premier Arihant et la mise en service de l’Arighat, s’opposaient fermement à ce scénario.
Une proposition discrète s’est alors imposée : construire une coque supplémentaire du S4, identique au bateau en cours de construction, avec le même réacteur, les mêmes tubes pour missiles et équipements, simplement pour maintenir l’activité du chantier, préserver les compétences de la main-d’œuvre, et conserver le rythme industriel en attendant le lancement des travaux sur le S5.
Le comité de dénomination a rencontré un obstacle. La désignation S5 était déjà réservée aux gros sous-marins balistiques. Appeler ce nouveau bâtiment « S4A » ou « S4.1 » semblait trop banal pour un sous-marin nucléaire de 7 000 tonnes. Une voix, selon la légende celle d’un officier supérieur doté d’un humour particulier, suggéra « S4* » (prononcé « S-quatre-étoiles »). L’astérisque devint par la suite le symbole officiel de « celui que nous n’avions pas prévu, mais dont nous ne pouvons pas nous passer ».
C’est ainsi qu’est né le sous-marin nucléaire le plus inattendu de l’Inde.
Le S4* a maintenant achevé une grande partie de sa construction au Centre de Construction Navale de Visakhapatnam. Son lancement discret est prévu pour début 2025, suivi d’une mise en service entre la fin 2026 et début 2027. Cette livraison portera à cinq le nombre de SNLE indiens (Arihant, Arighat, S4, S4* et le premier S5) avant la fin de la décennie, renforçant de manière significative la crédibilité de la dissuasion nucléaire maritime de New Delhi. La classe S5 devrait quant à elle voir ses constructions débuter à partir de 2028, période durant laquelle l’Arihant subira sa révision technique importante.