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La Suède envisage discrètement une évolution majeure de sa stratégie d’artillerie, avec une évaluation en cours du système d’obusiers chenillés sud-coréen K9 Thunder, qui viendrait compléter les systèmes Archer déjà utilisés par l’armée suédoise.

Les documents de planification évoquent la constitution d’environ deux bataillons, soit près de 40 véhicules, justifiés par une évaluation opérationnelle soulignant les difficultés des systèmes à roues à survivre dans des conditions extrêmes. En effet, la neige profonde et les tourbières gelées dans le nord de la Finlande font de la mobilité un facteur crucial pour les unités d’artillerie.

Cette nouvelle priorité pour l’artillerie suédoise s’inscrit dans le contexte post-adhésion à l’OTAN et s’inspire des enseignements tirés du conflit ukrainien. Les affrontements de contrebatterie se déterminent désormais par la rapidité de tir, les déplacements rapides et le maintien d’un flux continu de munitions, le tout sous la surveillance constante de drones.

Selon des rapports cités en Suède, le terrain dans la région nordique contraint les manœuvres à des couloirs prévisibles, avec un réseau routier limité qui dicte les déplacements des forces. Dans ce contexte, un obusier sur roues immobilisé sur une route est non seulement ralenti, mais aussi une cible vulnérable. Les canons chenillés promettent au contraire une dispersion efficace à travers les forêts enneigées, les tourbières gelées et les sentiers coupés, permettant aux batteries d’occuper des positions de tir inattendues et compliquant les contres de l’ennemi.

À ce jour, l’intégralité du parc de 24 systèmes Archer 6×6 a été modernisée à la version C, garantissant une capacité opérationnelle pour au moins deux bataillons d’artillerie. L’armée a également commencé les tirs tests avec la nouvelle configuration Archer 8×8 sur le site de Boden.

Le système Archer demeure une arme redoutable, avec une portée de tir supérieure à 50 km grâce à des munitions avancées, une cadence de tir pouvant atteindre neuf coups par minute, ainsi que la capacité de mener des tirs simultanés (MRSI) pour que plusieurs projectiles atteignent la cible en même temps. Néanmoins, la Suède a aussi cédé des systèmes Archer stockés à des alliés, notamment à des unités autorisées en Ukraine ou vendus au Royaume-Uni. Cette réalité renforce la nécessité d’élargir et de diversifier l’éventail d’artillerie nationale. Parallèlement, l’approvisionnement en munitions est renforcé grâce à des contrats portant sur des obus de 155 mm, des charges propulsives et des projectiles à haute explosivité à portée accrue.

Le K9 sud-coréen s’appuie précisément sur les défis auxquels fait face la Suède. Pesant environ 47 tonnes, il est propulsé par un moteur diesel de 1 000 chevaux, ce qui lui permet d’atteindre une vitesse d’environ 67 km/h sur route et une autonomie proche de 480 km.

Son canon principal de 155 mm peut porter au-delà de 40 km selon le type de munitions utilisé. L’obusier est capable de tirer trois coups en 15 secondes et jusqu’à huit coups en une minute, avec la capacité de réaliser des salves MRSI. La transition entre mouvement et tir s’opère en moins d’une minute. Ces caractéristiques facilitent l’application des tactiques classiques de « tirer et se déplacer » avec une exposition minimale, ainsi que des missions de suppression rapide et de duels de contrebatterie étroitement intégrés aux données fournies par drones, capteurs et réseaux de contrôle de tir numériques.

Tout achat suédois inclurait également des véhicules chenillés de ravitaillement en munitions, soulignant qu’il s’agit d’un programme global couvrant l’ensemble de la batterie et non d’une simple acquisition de canon isolée.

L’intérêt de la Suède apparaît encore plus clairement lorsqu’on le compare aux autres systèmes occidentaux. Le Panzerhaubitze 2000 (PzH-2000) allemand reste une référence en termes de performances avec son canon L52 de 155 mm, sa cadence de tir élevée et soutenue, ainsi qu’une importante réserve de munitions embarquées, mais il est plus lourd et demande un entretien intensif.

Le RCH 155 de KNDS mise quant à lui sur l’automatisation et la balistique moderne du canon L52. Cependant, la priorité de la Suède à court terme est clairement tournée vers une mobilité hivernale éprouvée plutôt que vers des innovations techniques majeures. Les systèmes sur roues, tels que le CAESAR français ou l’Archer suédois, sacrifient blindage et capacité tout-terrain au profit d’une meilleure vitesse sur route et d’un déploiement rapide, tandis que le M109A7 modernisé américain offre une meilleure protection et intégration, mais avec des cadences de tir globalement plus faibles que les dernières versions d’obusiers L52.

De son côté, le K9 est déjà déployé en Finlande et en Norvège, faisant de lui la norme de facto de l’artillerie chenillée nordique et offrant des avantages évidents en termes d’entraînement, de logistique et d’interopérabilité régionale. Ce contexte, combiné aux délais de livraison maîtrisés et à une fiabilité avérée en conditions de froid extrême, explique pourquoi les hauts responsables de l’armée suédoise ont publiquement indiqué que, si une artillerie chenillée était acquise, le K9 serait en tête des options.