Le programme de modernisation des avions de combat de la Suisse rencontre un nouveau frein politique et financier, confirmant que Berne commandera finalement moins d’avions F-35A Lightning II que prévu initialement, en raison d’une forte hausse des coûts d’acquisition.
Le gouvernement suisse a annoncé vendredi qu’il ne pouvait plus garantir l’achat de 36 appareils dans la limite budgétaire de 6 milliards de francs suisses (environ 6,6 milliards de dollars) approuvée par référendum en 2020.
Cette limite est juridiquement contraignante, et la hausse inattendue de 1,3 milliard de francs (environ 1,4 milliard de dollars) a fait dépasser le coût total du programme au-delà de ce que Berne peut justifier auprès de ses citoyens.
Les autorités souhaitent désormais acquérir “autant d’avions que possible” dans le cadre du budget fixé, une formule qui implique de fait une réduction de la flotte prévue.
Le ministre de la Défense, Martin Pfister, a reconnu que la Suisse “aurait besoin d’une flotte plus nombreuse” pour répondre à ses exigences de défense aérienne, estimées entre 55 et 70 chasseurs modernes, mais a souligné que le gouvernement était contraint par le résultat du référendum.
Le programme F-35 suisse, un objet de tensions politiques
Le dossier du F-35 en Suisse a été particulièrement compliqué. En 2020, l’acquisition avait été validée de justesse par référendum, avec seulement 9 000 voix d’écart en faveur, l’un des marges les plus étroites dans l’histoire moderne de la défense suisse.
Ses opposants arguaient que l’appareil était trop coûteux, trop sophistiqué pour un pays neutre, et trop dépendant des contrôles américains sur les exportations. À l’inverse, ses partisans le considéraient comme indispensable à la souveraineté aérienne dans un espace aérien de plus en plus instable.
Des sondages ultérieurs ont révélé un scepticisme toujours présent. Une enquête d’octobre indiquait que la majorité des Suisses envisageraient désormais de changer d’avion ou de renoncer complètement au projet.
Cette récente augmentation des coûts a ravivé le débat, d’autant qu’elle survient alors que Berne cherche à finaliser un accord de réduction tarifaire avec Washington, parallèlement à un engagement des entreprises suisses d’investir 200 milliards de dollars aux États-Unis sur cinq ans.
Pourquoi le F-35 de Lockheed Martin devient-il plus cher ?
La forte hausse des coûts estimés par la Suisse reflète la situation globale du programme F-35. Les appareils visés par Berne appartiennent aux lots de production équipés de la mise à jour technologique 3 (TR-3), une modernisation majeure de l’architecture informatique, des écrans et du traitement des données à bord.
Cette mise à jour TR-3 est essentielle pour débloquer les capacités futures du Block 4, mais elle s’avère être l’une des plus problématiques du programme. Selon des rapports récents de supervision américaine, le TR-3 accuse plusieurs années de retard et dépasse largement son budget initial. La complexité d’intégrer ce nouveau matériel et de réécrire des systèmes clés augmente les coûts de production de toutes les nouvelles unités.
L’inflation dans l’industrie de défense est aussi un facteur clé. Les prix du titane, des matériaux composites, des semi-conducteurs et de la main-d’œuvre hautement qualifiée ont fortement augmenté depuis la pandémie, parallèlement à la hausse des coûts énergétiques et de fabrication aux États-Unis. Étant donné que le F-35 repose sur une chaîne d’approvisionnement mondiale complexe, ces surcoûts s’accumulent rapidement sur l’appareil et ses équipements de soutien, y compris les systèmes d’entraînement.
Quel avenir pour les avions de combat suisses ?
Berne entamera la finalisation d’un accord avec les États-Unis pour un lot réduit d’appareils, qui sera probablement inférieur aux 55 à 70 chasseurs modernes initialement envisagés par le gouvernement.
Dans le cadre de son programme d’évaluation Air2030, la Suisse avait également envisagé les Eurofighter Typhoon, Dassault Rafale et Boeing F/A-18 E/F Super Hornet. À l’exception du Super Hornet, toutes ces plates-formes sont plus coûteuses que le F-35, ce qui est peu compatible avec une contrainte budgétaire stricte.
La Suisse a indiqué qu’elle pourrait envisager de nouvelles commandes de F-35 dans le futur, lorsque le financement et le soutien politique le permettront. Elle s’est d’ores et déjà engagée à porter ses dépenses de défense à 1 % du PIB d’ici 2032, un seuil encore inférieur aux 2 % recommandés par l’OTAN, mais qui constitue une évolution notable pour une nation traditionnellement prudente.