Article de 894 mots ⏱️ 5 min de lecture

Les flottes de V-22 Osprey du Corps des Marines et de l’Armée de l’air des États-Unis ont connu un nombre moyen d’« accidents graves » nettement supérieur au cours des deux derniers exercices fiscaux, comparé aux huit exercices précédents, selon une analyse récente de la Government Accountability Office (GAO), l’organe d’audit du gouvernement américain.

« Lors des exercices fiscaux 2023 et 2024, 18 accidents graves hors combat ont été recensés, entraînant décès, invalidité permanente, hospitalisation prolongée, dommages matériels supérieurs à 600 000 dollars, ou destruction totale des appareils », indiquent les auditeurs dans leur dernier rapport. « Les taux d’accidents graves ont dépassé de 36 % à 88 % la moyenne de chaque force armée lors des huit exercices fiscaux antérieurs. »

Le rapport ne précise pas les causes exactes de cette augmentation récente, mais la GAO rapporte que le personnel du programme attribue ce taux élevé au caractère pionnier de cet avion à rotors basculants de première génération, ainsi qu’aux composants complexes et coûteux de l’appareil qui, lorsqu’ils sont endommagés, entraînent des accidents particulièrement coûteux.

Cette étude de la GAO a été motivée par une demande d’un comité de la Chambre des représentants, souhaitant recueillir un avis sur les tendances des incidents impliquant l’Osprey, l’efficacité des mesures correctives prises par le bureau du programme et les forces armées, ainsi que sur les pratiques de partage des informations de sécurité.

Usage et spécificités du V-22 Osprey

La Marine, le Corps des Marines et l’Armée de l’air exploitent différentes variantes du V-22 Osprey. Cet appareil hybride combine les capacités d’un hélicoptère et d’un avion turbohélice et sert principalement au transport de troupes et de matériel. Une série d’accidents mortels ces dernières années a provoqué un examen approfondi de son historique de sécurité, poussant le Pentagone à dévoiler plusieurs défauts de conception.

Gestion des risques et recommandations

Selon le rapport, les différents acteurs du programme Osprey n’ont pas entièrement identifié, analysé ni répondu à tous les risques de sécurité par des mesures adaptées, qu’elles soient matérielles ou procédurales. Par exemple, à la date de la revue, 45 évaluations de risques avaient été clôturées, mais 34 risques connus, notamment liés à la possible défaillance des composants du fuselage et du moteur, restaient sans réponse complète.

Dans l’ensemble, le rapport reconnaît modestement les initiatives récentes du Pentagone pour traiter ces problèmes, mais conclut que le Département de la Défense n’a pas encore fait assez pour garantir la sécurité et la navigabilité à long terme du V-22.

Les auditeurs ont ainsi formulé plusieurs recommandations au Pentagone, notamment sur l’amélioration des processus d’identification, d’analyse et de gestion des risques de sécurité, la mise en place d’une supervision rigoureuse assurant la résolution rapide des problèmes, et l’amélioration du partage systématique des données de sécurité entre les forces concernées.

Dans une lettre annexée au rapport, Peter Belk, sous-secrétaire adjoint à la préparation du département de la Défense, a pleinement souscrit à ces recommandations. Il a notamment écrit : « En tant que département, notre devoir est de protéger la ressource la plus précieuse de nos forces armées : notre personnel. Le secrétaire à la Défense veillera à ce que les secrétaires de la Marine et de l’Armée de l’air insistent constamment sur l’importance de la sécurité à tous les niveaux pour garantir un environnement où la sécurité et la gestion des risques sont des éléments essentiels et intégrés de nos opérations. »

La Marine réaffirme son engagement

Ce rapport de la GAO n’est pas le seul document récent concernant le V-22. Le Naval Air Systems Command (NAVAIR) a également publié les résultats d’une « revue exhaustive » de l’appareil, ordonnée en septembre 2023. Cette évaluation a confirmé la navigabilité de la plateforme V-22 dans le cadre des contrôles actuels, autorisant la poursuite des opérations en toute sécurité de cette capacité interarmées cruciale.

La revue a identifié 32 actions à entreprendre pour améliorer la sécurité et la préparation opérationnelle. Le vice-amiral John Dogherty, responsable de NAVAIR, a déclaré dans une vidéo que le commandement et le bureau de programme du V-22 ont déployé des plans d’action clairs et concrets pour remédier aux problèmes relevés.

« Le V-22 offre une flexibilité opérationnelle inégalée pour le Département de la Défense », a-t-il affirmé, ajoutant que la Marine reste pleinement « engagée » dans ce programme.

Cependant, le rapport de la Marine met aussi en garde : « Si l’industriel en charge du V-22 ne prend pas des mesures immédiates et décisives à la lumière de ces conclusions, les délais pour atténuer les risques risquent d’augmenter, ce qui pourrait accroître la probabilité qu’un danger se concrétise, entraînant des conséquences catastrophiques, y compris des issues fatales ou non fatales. »

Michael Marrow