Un récent protocole d’accord naval entre l’Inde et le Brésil ouvre la voie à une coopération approfondie pour la modernisation conjointe de leurs sous-marins de classe Scorpène. Au-delà de la maintenance et du soutien logistique, les deux pays envisagent désormais d’intégrer des systèmes indigènes et de développer des améliorations capacitaires communes pour leurs flottes respectives.
Alors que le mémorandum se concentre officiellement sur le soutien logistique et la pérennisation du service, il est perçu par les autorités des deux nations comme un levier stratégique essentiel pour réduire leur dépendance aux systèmes français d’origine et renforcer leur maîtrise souveraine de technologies sous-marines critiques.
Selon des sources proches des discussions, l’Inde et le Brésil explorent actuellement la possibilité d’évaluer mutuellement leurs systèmes autochtones de combat, de détection et d’armement, afin de substituer ou compléter les équipements français présents à bord des Scorpène. Cette démarche vise à préserver la pertinence technologique des sous-marins tout en évitant un verrouillage à long terme par un unique fournisseur.
En particulier, l’Inde prépare une mise à niveau majeure de son système de gestion de combat (Combat Management System – CMS) pour les sous-marins de classe Kalvari. Cette évolution doit offrir une plus grande souplesse d’intégration des armes et capteurs conçus localement, diminuant significativement la dépendance aux solutions étrangères.
L’un des objectifs clés de cette modernisation est l’intégration de torpilles lourdes indigènes (Heavy Weight Torpedoes – HLWT) qui remplaceront les torpilles françaises ou italiennes actuellement en service dans les deux marines. Un CMS à architecture plus ouverte permettra à la marine indienne d’incorporer rapidement de nouvelles armements, systèmes sonar et mises à jour futures, sans nécessiter une implication étendue des équipementiers étrangers.
Cette initiative suscite également un fort intérêt de la part de la marine brésilienne, engagée dans une voie similaire d’appropriation technologique. Le Brésil souhaite intégrer ses propres technologies — ainsi que certains systèmes indiens sélectionnés — au sein de sa flotte Scorpène, afin d’accroître son autonomie opérationnelle et de maîtriser les coûts de modernisation sur la durée de vie des sous-marins.
Les échanges entre les deux marines incluent une évaluation croisée de sous-systèmes tels que les logiciels de combat, les capteurs, les suites de guerre électronique et les interfaces d’armement. Cette coopération pourrait aboutir à un partage des coûts de développement, à des bases communes d’améliorations et à une meilleure interopérabilité entre les deux flottes.
Plus largement, ce partenariat s’inscrit dans les objectifs stratégiques des deux nations visant la construction d’écosystèmes de défense autonomes, tout en capitalisant sur des collaborations internationales fiables, plutôt que sur des dépendances exclusives vis-à-vis d’un seul fournisseur.
Dans une dimension stratégique supplémentaire, l’Inde progresse dans le développement d’un missile de croisière lancé par torpille destinés aux sous-marins (Submarine-Launched Cruise Missile – SLCM). Selon les informations disponibles, ce système aurait déjà passé avec succès des tests, avec une portée estimée entre 800 et 1 000 kilomètres.
Une version export de ce missile pourrait être développée ultérieurement, faisant du Brésil un partenaire ou client potentiel, sous réserve des approbations stratégiques et réglementaires. Si ce projet se concrétise, il offrirait une capacité de frappe significativement accrue aux sous-marins conventionnels, renforçant leur rôle de dissuasion et de contrôle naval.
Ce renforcement du partenariat naval entre l’Inde et le Brésil illustre une dynamique croissante de coopération Sud-Sud dans le domaine des capacités sous-marines de haute technologie. Pour l’Inde, il conforte la stratégie d’intégration d’armes et de systèmes de gestion indigènes sous l’égide de l’initiative Atmanirbhar Bharat. Pour le Brésil, il représente un accès à des technologies éprouvées et une voie collaborative pour moderniser sa flotte de sous-marins tout en limitant sa dépendance aux équipementiers européens.