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Thales a dévoilé les premières caractéristiques du Sonar 76Nano, un système compact modulaire conçu pour accompagner la Royal Navy dans sa transition vers des capteurs sous-marins déployés et sans équipage.

Le groupe a présenté ce prototype à la presse spécialisée britannique après un développement accéléré de dix mois, initié en réponse aux besoins émergents du Project Cabot ainsi que des concepts plus larges Atlantic Net et Bastion.

Selon Ian McFarlane, directeur commercial des systèmes sous-marins chez Thales UK, l’idée du 76Nano a commencé à se concrétiser il y a environ dix-huit mois. Thales avait observé une évolution dans les activités de lutte anti-sous-marine (ASM) de la Royal Navy : « l’utilisation augmentait, le rythme opérationnel s’intensifiait », alors même que le nombre de plates-formes majeures diminuait. La question se posait alors : « Comment combler ce vide ? » La réponse proposée par Thales fut la création d’un nouveau type de capteur capable d’opérer depuis des plates-formes sans équipage ou des nœuds statiques posés sur le fond marin, délaissant ainsi une flotte de bâtiments de plus en plus réduite et précieux.

Le point central du 76Nano réside dans son architecture modulaire en tuiles acoustiques, qui remplace les traditionnels réseaux fixes latéraux par des panneaux modulables. Chaque tuile réceptrice mesure 75 centimètres de côté, tandis que la tuile émettrice active fait 40 centimètres carrés. Ces éléments peuvent être disposés selon des formes courbes ou assemblés pour former des panneaux plus larges selon la géométrie de la plate-forme porteuse. Ian McFarlane compare ce concept à un carrelage mural et insiste sur le fait que la largeur d’ouverture et la couverture en fréquence augmentent avec le nombre de tuiles. Les basses fréquences, se propageant plus loin sous l’eau, permettent d’accroître la portée de détection et rendent les signaux plus robustes. Les tuiles ont été conçues pour s’emboîter parfaitement, assurant une finition rase qui minimise la traînée et facilite l’intégration. L’électronique embarquée détecte le nombre et l’orientation des tuiles et fusionne toutes les données en une image sonar cohérente. En fonction de la taille de l’UUV (véhicule sous-marin sans équipage), les réseaux peuvent compter de quelques tuiles sur un nœud compact jusqu’à environ quarante-huit par flanc sur un grand véhicule, assurant, selon McFarlane, une performance de détection proche de celle d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) dans des environnements comme la mer Baltique.

Thales affirme que ces tuiles ont été conçues pour limiter leur impact en termes d’encombrement, poids et consommation énergétique, ce qui constitue un facteur clé pour des plates-formes sans équipage aux marges restreintes. Bien que les configurations varient selon les véhicules, un réseau standard comprendrait environ trente-six tuiles réceptrices, par exemple disposées en fichiers de trois sur douze le long d’un flanc. Les UUV plus grands pourront en embarquer davantage, tandis que les plus petits se contenteront de moins de tuiles, offrant ainsi une modularité qui permet d’ajuster les performances de détection à la taille de la plate-forme et au profil de la mission, sans nécessiter une refonte complète du système.

Sur ce point, McFarlane souligne qu’un UUV moyen ou grand équipé d’une quarantaine-huit tuiles par flanc offrirait, dans les conditions maritimes de la Baltique, « presque la même capacité qu’un SNA » et, en eaux profondes de l’Atlantique, « plus de deux tiers des performances d’un SNA ». Il précise cependant que ces comparaisons sont conditionnées par les paramètres physiques et environnementaux, qui jouent un rôle essentiel dans la détection à longue portée. D’autre part, il met en avant des considérations de coûts et de risques : un sous-marin nucléaire est un investissement de plusieurs milliards de livres sterling, tandis qu’un grand UUV muni de ce sonar serait nettement moins onéreux à déployer, plus discret et moins risqué en cas de perte opérationnelle. Cette différence renforce selon lui l’intérêt d’un système de capteurs distribués et non habités en complément des forces existantes.

Le système intègre plusieurs modes : écoute passive, sonar actif ASM, imagerie en synthèse d’ouverture et communications sous-marines, le tout dans un seul équipement. Le mode actif utilise un signal étroit en bande, caractérisé par une faible probabilité d’interception. Les tuiles réceptrices sont capables de détecter des échos faibles et prennent également en charge les communications acoustiques. McFarlane décrit la fonction d’émission comme « un ping étroit et directionnel » permettant « la transmission de communications » et la réception de signaux de commande. Le mode synthèse d’ouverture permet d’obtenir une image détaillée du fond marin, utile au contrôle des infrastructures ou à des relevés environnementaux.

La détection distribuée repose davantage sur la densité et le positionnement des capteurs que sur un unique réseau perfectionné. Interrogé sur le nombre de nœuds nécessaires, McFarlane évite de fixer un chiffre précis, expliquant que cela dépendra des concepts d’opérations. Dans un point de passage obligé, « un ou deux capteurs suffiraient amplement » pour une écoute passive permanente. Dans l’Atlantique Nord, quelques nœuds appuyant les SNA pourraient fournir un système d’alerte avancée. Pour des réseaux à large couverture comme Atlantic Bastion, certaines estimations évoquaient des centaines de planeurs, mais McFarlane suggère que la meilleure qualité des capteurs UUV pourrait réduire ce besoin global.

Cette orientation rejoint la volonté récente du Premier Lord de la Mer (First Sea Lord) d’accélérer la mise en service et de développer la masse de moyens sans équipage dans une flotte hybride. Il a insisté sur le fait qu’assurer une couverture ASM crédible avec moins de plates-formes majeures nécessiterait un système de détection distribué et une industrialisation plus rapide. Ces priorités ont été mises en avant lors de la Sea Power Conference, où l’urgence fut soulignée à plusieurs reprises. Thales incarne cette approche en présentant le 76Nano comme un capteur modulaire déployable rapidement et en quantité. McFarlane a qualifié cette phase de développement de dix mois de réponse à cette demande de rapidité, ajoutant que « si un client est prêt, je prends la commande aujourd’hui ».

L’intégration est une question récurrente. Ne construisant pas de UUV, Thales a orienté sa philosophie de conception vers la modularité et la simplicité d’intégration. Les tuiles peuvent s’agencer autour de courbes ou former différentes configurations rectangulaires, tandis que l’électronique fusionne automatiquement les données en une image sonar unique. Cette approche évite la présentation de flux multiples et éclatés, et supporte tant l’ASM que l’imagerie par synthèse d’ouverture. Plusieurs concepteurs de UUV, dont le nom reste confidentiel, ont manifesté leur intérêt. Pour eux, ces véhicules sous-marins sont souvent perçus comme des « camions sous-marins » dédiés au transport de charges utiles plutôt qu’à la génération autonome de capacités, raison pour laquelle un équipement à faible traînée et faible consommation élargit considérablement leur utilité.

Les essais ont été menés dans une installation acoustique du ministère de la Défense britannique où Thales a utilisé des sources calibrées pour vérifier que les tuiles détectent des signaux avec la force, la direction et la fréquence attendues. Aux questions sur la conformité du prototype aux performances techniques escomptées, McFarlane a répondu : « la réponse est oui ». La même méthode a servi à tester l’émetteur actif. Des essais en mer suivront dès que les tuiles seront montées sur une plate-forme porteuse.

Le prototype devrait faire sa première démonstration publique avec la Royal Navy d’ici la fin du mois lors d’une présentation technologique. Cette démonstration permettra au personnel naval d’évaluer directement les capacités du système et d’échanger avec les ingénieurs auteurs du projet. Si l’événement ne présage pas une décision d’acquisition, il s’inscrit dans une dynamique plus large visant à explorer comment des technologies de détection développées rapidement pourraient soutenir l’émergence de concepts d’opérations sans équipage et distribuées au sein de la flotte.

La composante d’intelligence artificielle du système vise un rôle de triage plus que d’autonomie complète. Avec l’augmentation des volumes de données recueillies au fil des générations de sous-marins, la surcharge pour les opérateurs devient un risque réel. McFarlane note : « Il y a beaucoup trop d’informations pour être comprises en totalité ». L’intelligence artificielle classe les retours acoustiques, met en évidence les éléments importants potentiels et agit comme un filtre pour réduire le bruit parasite. Elle appuie aussi l’analyse post-mission en identifiant des motifs ou signaux qui pourraient sinon être négligés. Thales présente cela comme une assistance cognitive destinée à compléter, et non remplacer, le jugement humain.

La souveraineté nationale demeure une préoccupation pour le Royaume-Uni. Thales souligne que la majorité du système est fabriquée au Royaume-Uni, avec quelques composants provenant de pays partenaires, comme pour le sonar 2076. L’émetteur actif est développé en collaboration avec Neptune Sonar, une PME britannique. Thales conserve les droits de conception et peut octroyer des licences de production à ses alliés si nécessaire. McFarlane précise : « Nous avons essayé de garder autant de composants que possible sur le territoire britannique ».

Interrogé sur le problème précis que le 76Nano entend résoudre, McFarlane résume clairement : « Ce système répond au besoin d’obtenir une fidélité suffisante dans votre solution ASM » tout en soutenant les travaux liés aux infrastructures sous-marines. Le concept modulaire en tuiles permet aux UUV de transporter plus de capacité de détection qu’auparavant envisageable. « Plus vous avez de tuiles, meilleure est la fidélité, et plus loin vous pourrez détecter ». Cette logique correspond parfaitement à l’intérêt de la Royal Navy pour la détection distribuée et les flottes hybrides.