Le pilier technologique deux d’AUKUS fait face à des critiques croissantes de la part des députés lors de la dernière séance d’audition du comité de la Défense. Ministres et responsables ont été à plusieurs reprises interrogés sur l’efficacité réelle de ce volet, certains évoquant un processus sans fin, dépourvu de résultats concrets.
Si les témoins ont défendu le pilier deux comme un projet intrinsèquement à long terme, centré sur les technologies émergentes, les membres du comité ont souligné qu’à presque quatre ans de l’annonce d’AUKUS, l’industrie manque encore d’une demande claire et que le gouvernement ne peut pas présenter de capacités opérationnelles déployées à grande échelle.
Le pilier deux d’AUKUS concerne les technologies militaires avancées, en dehors du domaine des sous-marins. Il couvre des domaines tels que l’intelligence artificielle, l’autonomie, la cybersécurité, les systèmes sous-marins, l’hypersonique et la guerre électronique. L’objectif est d’accélérer la co-développement, le partage et le déploiement de capacités de pointe entre le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Australie, en supprimant les barrières réglementaires et sécuritaires qui ont freiné la coopération par le passé.
Contrairement au pilier un, il ne s’appuie sur aucun projet majeur unique ou date de livraison précise, ce qui rend plus complexe la définition du succès. Cette absence de repères suscite une vigilance accrue de la part des députés, inquiets du manque de focus, de responsabilité et de résultats tangibles.
Lé député Ian Roome a souligné que les auditions avaient révélé que l’enthousiasme initial des entreprises britanniques, australiennes et américaines était désormais entamé par une incertitude sur les livrables concrets du pilier deux. Il a mis en garde contre un investissement industriel basé sur des informations partielles, engendrant un risque financier important pour les PME.
« Personne ne dit précisément à l’industrie ce qu’AUKUS attend d’elle, et ces entreprises dépensent de l’argent sur des hypothèses », a-t-il déclaré, soulignant l’impact possible pour les fournisseurs plus petits.
Luke Pollard, député, a reconnu cette critique dans le principe, confirmant que le gouvernement avait accepté la recommandation de Sir Stephen Lovegrove de concentrer le pilier deux sur un nombre restreint de projets « emblématiques » ou « phares ». Toutefois, il n’a pu fournir de calendrier précis quant à l’annonce de ces projets, suggérant que la clarté significative ne viendrait probablement pas avant 2026.
Les hauts responsables ont mis en avant des expérimentations et des essais, notamment dans le domaine de l’autonomie sous-marine et des démonstrations de télécommande lors d’exercices multinationaux, comme preuve de progression. Toutefois, le maréchal de l’air Tim Jones a reconnu que ces activités n’avaient pas encore abouti à une capacité opérationnelle à grande échelle.
« Nous ne sommes pas encore en phase de montée en puissance », a-t-il indiqué aux députés, qualifiant le pilier deux de générateur de travaux prometteurs mais dépourvu d’une feuille de route claire pour le déploiement.
Plusieurs députés ont remis en question la qualification d’expériences d’interopérabilité en succès, notant que les exercices récents rassemblaient des plateformes développées indépendamment plutôt que conjointement. Le député Fred Thomas a estimé que présenter ces activités comme une réussite du pilier deux risquait de diminuer les attentes par rapport à l’ambition initiale de capacités co-développées.
Les responsables ont également admis que la gouvernance du pilier deux reste insuffisamment développée. Tim Jones a évoqué une marge évidente pour renforcer la supervision, instaurer des livrables plus fermes et améliorer le suivi des progrès, tout en précisant que la collaboration informelle entre équipes de projets avance souvent plus vite que les structures formelles. Luke Pollard a reconnu que le pilier deux manque de la clarté du pilier un, arguant que sa nature diffuse reflète la complexité des technologies émergentes, plutôt que de mauvaises pratiques de gestion. Les députés ont rétorqué que cette diffusion est précisément ce qui bloque la responsabilité et la remise de résultats.
La question de la responsabilité a dominé la séance, avec la députée Emma Lewell-Buck qui a insisté pour savoir qui serait tenu responsable en cas d’échec à long terme du pilier deux. Pollard a répondu que la responsabilité revient en dernier ressort aux ministres et au gouvernement en place, ce qui n’a guère rassuré les membres du comité, préoccupés par la nature multinationale et inter-départementale du programme. Des inquiétudes ont aussi été émises concernant le rôle de UK Defence Innovation, notamment sur sa capacité à fournir un signal clair au marché et sur sa direction.
La perspective d’intégrer d’autres pays au pilier deux, comme le Japon, le Canada ou la Corée du Sud, a suscité encore plus de prudence. Luke Pollard a précisé que toute expansion ne pourrait se faire que si elle apportait un bénéfice clair au Royaume-Uni et aux partenaires actuels, tandis que les députés ont mis en garde contre une dilution possible des efforts en élargissant la coopération avant d’avoir établi des priorités nettes.
Au terme de la séance, un consensus s’est dégagé : le pilier deux a favorisé l’activité, l’engagement et les expérimentations, mais sans priorités plus affirmées et une responsabilité mieux définie, il risque de rester un espace pré-opérationnel loin de générer un avantage militaire déployable.