En début de second mandat, Donald J. Trump s’est présenté comme un artisan de la paix mondiale. Le slogan « Stop aux guerres » est devenu son mantra depuis son investiture en janvier 2025. En octobre 2025, le président Trump a affirmé avoir « mis fin à huit conflits ». Cet article analyse l’approche de son administration dans la tentative de résolution de trois conflits majeurs, aux implications interrégionales étendues : l’Arménie-Azerbaïdjan, Russie-Ukraine et Israël-Palestine. Il met en lumière les tendances actuelles de la politique étrangère américaine.

La paix arménienne-azerbaïdjanaise : un accord signé

À la suite de la guerre du Haut-Karabakh en 2020, puis de l’exode forcé en septembre 2023 de la totalité de la population arménienne du Nagorno-Karabakh, l’Azerbaïdjan a non seulement rétabli le contrôle intégral de son territoire reconnu internationalement, mais s’est également emparé de certaines parties du territoire arménien. La position affaiblie de l’Arménie dans la région a permis à Bakou d’exiger à plusieurs reprises des concessions lors des négociations autour d’un traité de paix.

Dans ce contexte, Donald Trump a organisé un sommet de haut niveau à Washington D.C. le 8 août 2025, réunissant les dirigeants arménien et azerbaïdjanais. Ils ont signé une Déclaration conjointe, confirmant l’accord sur le texte intitulé « Accord relatif à l’établissement de la paix et des relations interétatiques ». Les signataires ont réaffirmé l’importance de l’ouverture des communications entre Arménie et Azerbaïdjan, avec des bénéfices réciproques, fondée sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la juridiction des États concernés.

La mise en œuvre formelle de cet accord bilatéral dépend actuellement de la volonté arménienne de retirer de sa Constitution une référence à la Déclaration d’Indépendance évoquant la « Réunification de la RSS d’Arménie et de la Région montagneuse du Karabakh » (1er décembre 1989), considérée par l’Azerbaïdjan comme une revendication territoriale majeure et un obstacle à la paix durable.

Le volet le plus intrigant de la Déclaration de Washington est la proposition d’un « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), segment du « Corridor médian » reliant l’Europe à l’Asie Centrale. Ses implications principales sont les suivantes :

  • Pour l’Azerbaïdjan, la création d’une liaison directe avec la République autonome de Nakhitchevan et la Turquie, via le territoire souverain arménien de la région de Syunik, stratégiquement important pour l’Arménie ;
  • Pour la Turquie, le renforcement de sa présence dans le Caucase du Sud et une connexion directe avec l’Azerbaïdjan et l’Asie Centrale ;
  • Pour l’Arménie, l’ouverture des frontières avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, ainsi qu’un lien à travers le territoire azéri vers le « Corridor médian ».

Pour les États-Unis, TRIPP offre une opportunité d’accroître leur implication dans le Caucase du Sud et, plus largement, en Asie Centrale, permettant de limiter les marges de manœuvre de la Russie, d’isoler l’Iran et dans une certaine mesure de contraindre la Chine.

D’après les informations disponibles, l’Arménie consentira à louer un tronçon de 43 km durant 49 ou 99 ans aux États-Unis. Des entreprises privées américaines, soutenues probablement par des personnels de sécurité, auront les droits exclusifs de développement le long de cette route, incluant la construction d’une voie ferrée, d’une autoroute et des infrastructures associées. Aucun pays tiers ne pourra y déployer de forces militaires.

Outre la Déclaration, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont signé des mémorandums d’entente (MoU) avec les États-Unis. Ceux de l’Arménie couvrent notamment le renforcement des capacités dans le cadre du projet « Carrefour de la paix » initié par le Premier ministre Pashinyan, un partenariat en sécurité énergétique intégrant le nucléaire civil, ainsi que des secteurs innovants comme l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs. Ces accords complètent la Charte de partenariat stratégique Arménie-États-Unis signée en janvier 2025.

Quant au MoU avec l’Azerbaïdjan, il marque un premier pas vers une Charte de partenariat stratégique bilatérale, portant sur la connectivité régionale en énergie, transit et commerce, les investissements dans les infrastructures numériques et l’IA, ainsi que la coopération en matière de défense et de lutte contre le terrorisme. Par ailleurs, la société pétrolière étatique SOCAR a signé un second mémorandum avec ExxonMobil, qui détient 2,5 % du pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan et 6,79 % du pipeline Azeri–Chirag–Gunashli.

Les défis majeurs sont :

  1. La Déclaration de Washington n’impose aucune obligation juridique contraignante ;
  2. La Russie et l’Iran pourraient agir pour préserver leurs intérêts stratégiques, notamment sur le Corridor Nord-Sud ;
  3. Il reste incertain si la frontière arméno-iranienne continuera d’être gardée conjointement par des forces arméniennes et russes ;
  4. Les coûts financiers liés à TRIPP ne sont pas rendus publics et les estimations économiques manquent ;
  5. Les turbulences politiques internes en Arménie, avant et après les élections législatives prévues en 2026, risquent de retarder indéfiniment la mise en œuvre du projet.

Enfin, selon des sources arméniennes, le président Trump comptait demander à son homologue azerbaïdjanais la libération de « 23 prisonniers chrétiens » capturés après l’exode arménien du Haut-Karabakh, aujourd’hui en procès à Bakou.

Le casse-tête Israël-Palestine : un nouveau départ ?

Le premier mandat de Donald Trump a été marqué au Moyen-Orient par la reconnaissance américaine de l’occupation israélienne du plateau du Golan syrien, la signature des Accords d’Abraham, ainsi que le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Ces initiatives visaient à rapprocher certains États arabes (Bahreïn, Émirats arabes unis, Maroc, Soudan) d’Israël, à satisfaire les donateurs pro-israéliens du président, et à empêcher la reconnaissance de Jérusalem-Est comme capitale palestinienne.

Le conflit israélo-hamasien, qui a duré deux ans, a profondément marqué la politique intérieure américaine, créant des divisions entre Washington et ses alliés. Il a fracturé la société israélienne, provoqué des conséquences catastrophiques pour les Palestiniens et remodelé la dynamique régionale. La cessation des hostilités, suivie d’un accord de cessez-le-feu, est devenue une priorité pour Trump.

Sa vision de l’avenir de Gaza a oscillé entre une description de l’enclave comme la « Riviera du Moyen-Orient » (février 2025) et une promesse plus vague d’« autodétermination palestinienne et d’établissement d’un État », présentée dans un Plan compréhensif en 20 points, visant à mettre fin au conflit (29 septembre 2025).

La première phase du plan, entrée en vigueur le 10 octobre 2025, prévoit notamment :

  • Le retour de tous les otages israéliens et des corps des défunts contre la libération des prisonniers palestiniens et des restes funéraires des habitants de Gaza ;
  • L’ouverture des passages humanitaires ;
  • Un retrait des troupes israéliennes jusqu’à une « ligne jaune » à l’intérieur de la bande de Gaza.

Cependant, sa mise en œuvre est déjà confrontée à de nombreux obstacles sur le terrain.

Le point central associe le retrait des Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza au désarmement du Hamas et à l’instauration d’une « gouvernance transitoire » confiée à un comité technocratique, apolitique, supervisé par un « Conseil international de la paix » présidé par Donald Trump lui-même. Une Force internationale de stabilisation (ISF) temporaire devrait être déployée immédiatement à Gaza et y rester jusqu’au remplacement par des forces de police palestiniennes sélectionnées. Notons que des troupes américaines ne seront pas déployées dans la zone de conflit. De manière notable, l’administration américaine n’a pas exigé le désarmement immédiat du Hamas ; Trump a déclaré le 14 octobre que le mouvement « doit régler certains gangs internes ».

Pour obtenir un soutien international, Washington devait rassurer les États arabes et musulmans et réduire les critiques européennes, russes et autres, qui reconnaissent la Palestine et dénoncent les actions israéliennes à Gaza. Ainsi, malgré la forte opposition du gouvernement israélien, le plan mentionne la reconnaissance de la Palestine. Par ailleurs, les négociateurs américains (Steve Witkoff, Jared Kushner, JD Vance) ont averti les deux parties que l’échec des négociations entraînerait l’effondrement immédiat du fragile cessez-le-feu. Ces efforts ont abouti à l’adoption de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) le 17 novembre 2025.

Cette résolution évoque succinctement une possible « autodétermination et reconnaissance de l’État palestinien » à condition de :

  • La démilitarisation de Gaza ;
  • La mise en œuvre du programme de réformes de l’Autorité palestinienne ;
  • Le redéveloppement de Gaza ;
  • La création d’une administration transitoire technocratique et apolitique à Gaza ;
  • Le maintien de l’ISF mentionnée, sous une « commandement unifié » acceptable pour le Conseil de Paix (BoP), dont le mandat court jusqu’au 31 décembre 2027.

La tâche principale de cette force est de démilitariser Gaza, notamment par la destruction des infrastructures militaires et terroristes et le désarmement définitif des groupes armés non étatiques. La Cisjordanie n’est pas incluse dans la résolution.

Avant le vote au Conseil de sécurité, une étape importante fut l’ouverture par le CENTCOM américain, le 17 octobre 2025, d’un Centre de coordination civil-militaire dans le sud d’Israël, proche de la frontière avec Gaza, qui servira de plaque tournante pour l’aide humanitaire, réduisant ainsi le contrôle israélien sur celle-ci.

Le 14 novembre, les États-Unis et Israël ont annoncé la division de la bande de Gaza en zones « rouges » et « vertes », la majorité des Gazaouis restant dans les zones dévastées, tandis que la partie est de la ligne jaune sera reconstruite sous contrôle militaire israélien et international. Un fonds fiduciaire supervisera la reconstruction, financée par la Banque mondiale et probablement par des États arabes du Golfe.

Principaux défis :

  1. La forte opposition israélienne à la reconnaissance d’un État palestinien ;
  2. Le refus du Hamas de se désarmer volontairement ;
  3. Les attaques continues des forces israéliennes à Gaza malgré le cessez-le-feu, ainsi que les agressions des colons en Cisjordanie ;
  4. Le manque d’enthousiasme des États potentiellement contributeurs à l’ISF : Égypte, Indonésie, Émirats, Turquie, Azerbaïdjan invoquent des menaces sécuritaires avant toute démilitarisation complète du Hamas ; Israël rejette la présence militaire turque ; la Jordanie, qui accueille environ trois millions de Palestiniens, hésite à s’impliquer, craignant que ses troupes soient amenées à user de la force contre Gazaouis ; seule l’Italie envisage de participer côté européen.

Le blocage Russie-Ukraine : pas d’accord, pour l’instant

L’approche de Donald Trump concernant la guerre Russie-Ukraine s’est traduite par un virage radical par rapport à la politique de Biden. De « rien sur l’Ukraine sans l’Ukraine », Trump est passé à « presque tout sur l’Ukraine sans l’Ukraine ». Selon lui, la défense ukrainienne est d’abord un problème pour les États européens. Il s’oppose aux livraisons militaires directes des États-Unis à Kiev, préférant que les alliés de l’OTAN achètent les armes américaines pour les transférer ensuite. Il rejette aussi toute implication directe de troupes américaines dans la défense ou les opérations de maintien de la paix en Ukraine. Enfin, Trump se montre disposé à négocier la paix directement avec Vladimir Poutine, excluant le président Zelenskyy et les alliés européens.

Quelques nuances sont à relever :

  • La politique erratique de Trump contraste avec la vision ferme de Poutine sur l’Ukraine post-conflit et l’Europe en général ;
  • Kiev plaide pour le droit international alors que Moscou évoque la résolution des « causes profondes » du conflit ;
  • L’équipe américaine est divisée en deux groupes pour mener des discussions séparées avec Russes et Ukrainiens, mais ces négociateurs, peu expérimentés, ont des visions opposées, provoquant des risques de divergences ou malentendus.

Pour Kiev, les conséquences majeures de la nouvelle approche américaine concernent l’aide militaire et la question de l’intégrité territoriale. Le partage du renseignement américain a été suspendu deux semaines en mars 2025, l’aide militaire totalement gelée entre mars et juillet 2025 puis limitée à certains armements. Le 14 juillet, la liste PURL (Prioritised Ukraine Requirements List) a fixé l’ordre de priorité des aides militaires : aucun armement américain direct et inconditionnel ne sera fourni, seulement via des États membres de l’OTAN. Trump a sanctionné Moscou suite à une déception manifeste après des négociations en octobre 2025, tout en continuant de menacer la Russie.

La position de Trump sur l’intégrité ukrainienne contredit la déclaration de Crimée qu’il avait signée en juillet 2018, laquelle rejetait l’annexion russe et réaffirmait le soutien américain à la restauration territoriale. Aujourd’hui, Washington tente de convaincre Kiev que des concessions territoriales sont inévitables et qu’il faut revoir ses demandes « maximalistes ».

Le 19 novembre 2025, un plan de paix américain en 28 points pour l’Ukraine a été annoncé, sans consultation préalable de l’UE. Zelenskyy a été informé lors d’une conversation téléphonique initiée par Steve Witkoff, Jared Kushner et Trump. La démission imminente en janvier 2026 de Keith Kellogg, envoyé spécial américain pro-ukrainien, illustre la montée en puissance d’un courant pro-russe dans l’entourage présidentiel.

Ce plan a suscité un profond scepticisme en Ukraine et parmi les alliés européens, qui l’estiment trop favorable aux exigences russes. Il propose en effet, de facto (sans reconnaissance juridique), la reconnaissance de tous les territoires actuellement occupés, des cessions supplémentaires, des forces armées ukrainiennes réduites à 600 000 personnels, pas d’adhésion à l’OTAN ni de troupes alliées sur le sol ukrainien. En revanche, il n’entrave pas une adhésion future à l’Union européenne et prévoit des garanties de sécurité. Le plan évoque aussi la reconstruction conjointe de l’Ukraine, financée avec 100 milliards de dollars issus d’avoirs russes gelés, complétés par 100 milliards d’investissements européens. De plus, les États-Unis percevraient 50 % des profits générés par les efforts de reconstruction et des compensations pour leurs garanties. L’ensemble serait juridiquement contraignant et supervisé par un Conseil de paix sous la direction de Trump.

En réaction, le 23 novembre, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont présenté une contre-proposition, calquée de manière plus conforme aux attentes ukrainiennes. Cette version (par exemple celle publiée par The Telegraph en 24 points) maintient la pleine intégrité territoriale, la possibilité de forces plus nombreuses (800 000 hommes), et n’exclut pas l’adhésion à l’OTAN ni une certaine flexibilité concernant le déploiement de troupes étrangères.

Des négociations entre États-Unis et Ukraine se sont tenues à Genève le 23 novembre. Dans une déclaration commune, Washington et Kiev ont qualifié les échanges de « très productifs » et ont promis de poursuivre les discussions. Si les Américains ont parlé d’un dialogue « étendu et prometteur », Zelenskyy s’est montré plus prudent, soulignant la nécessité de défendre fermement leur intégrité territoriale et de ne rien négocier au-delà de leurs lignes rouges.

Par ailleurs, l’accord américano-ukrainien du 30 avril 2025 sur la création d’un Fonds d’investissement destiné à la reconstruction (RIF) contribuera à la modernisation à long terme et à la sécurité ukrainienne. Kiev a obtenu la préservation de sa souveraineté sur ses ressources naturelles, une participation paritaire au fonds, et que ses principaux producteurs de pétrole et gaz (Naftogaz, Ukrnafta) soient exclus des cotisations. Les dettes envers les États-Unis seront effacées. Selon l’article VI, toute nouvelle aide militaire américaine accroîtra la contribution au RIF du partenaire américain.

Principaux défis :

  1. Des objectifs finaux incompatibles entre les belligérants ;
  2. L’absence de négociations directes entre Russie et Ukraine ;
  3. La conviction des Ukrainiens et Européens qu’un accord sans soutien total américain (militaire, économique, diplomatique) est improbable ;
  4. Des divergences au sein de l’Alliance atlantique et avec les Européens ;
  5. Un important scandale de corruption à haut niveau en Ukraine.

Accord ou statu quo : à chacun de choisir

En cherchant à faire avancer la résolution de ces trois conflits, l’administration américaine privilégie avant tout les retombées économiques au service du projet « America First ». Toute approche philanthropique ou humanitaire est écartée, de même que toute référence aux violations des droits de l’Homme. Les bénéfices économiques se retrouvent au cœur des propositions de paix analysées.

Les États-Unis visent une alliance stratégique renforcée et un engagement multi-couches avec l’Azerbaïdjan. Leur implication dans la résolution des tensions arméno-azerbaïdjanaises — surtout après l’élimination du facteur Haut-Karabakh — reste cependant insuffisante pour influencer durablement la situation. Elle n’offre aucune garantie de sécurité à l’Arménie, qui subit une pression constante face à un Azerbaïdjan alliant rhétorique belliqueuse et augmentation des dépenses militaires.

En revanche, la démarche américaine dans les conflits israélo-palestinien et russe-ukrainien est plus coercitive. Washington exerce une pression inégale : moindre sur la partie la plus puissante, plus forte sur la plus faible. Les dispositions de la résolution onusienne sur Gaza et leur mise en œuvre traduisent l’abandon de facto de l’idée de solution à deux États. Concernant le conflit en Ukraine, l’inclusion du secrétaire américain à l’armée dans la délégation de Genève témoigne de l’accent mis par Trump sur la pression exercée sur Kiev pour accepter sa proposition de paix.

Les plans de paix pour Gaza et l’Ukraine présentent des similitudes notables, préparés par les mêmes négociateurs, introduits avec échéances et menaces de « conséquences sévères » en cas de refus de l’une des parties. Ces ultimatums raccourcissent les temps de discussion et limitent les contre-propositions. Le plan pour Gaza est devenu un document légal après approbation onusienne, tandis que celui pour l’Ukraine reste en cours, avec un fort risque que le conflit s’enlise dans une guerre gelée.

Dr Gayane Novikova