Les sommets escarpés du Ladakh constituent depuis longtemps un véritable terrain d’épreuve pour le matériel militaire, où l’air raréfié et le relief accidenté séparent les équipements performants des défaillants. En septembre et octobre 2024, le véhicule de combat d’infanterie Stryker, conçu par General Dynamics Land Systems aux États-Unis, a été testé en haute altitude sous la supervision de l’armée indienne. Ce qui devait démontrer la polyvalence du Stryker dans la modernisation mécanisée de l’infanterie indienne s’est transformé en une mise à l’épreuve sévère, alors que son moteur Caterpillar C7 de 300 chevaux peinait à fonctionner dans des altitudes allant jusqu’à 5 500 mètres.
Selon des sources internes de l’armée indienne, le Stryker a rencontré de nombreuses difficultés sur les pentes raides et les terrains rocheux, peinant à maintenir le rythme opérationnel nécessaire face aux escarmouches fréquentes le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine. Le faible rapport puissance/poids du véhicule – à peine 17 chevaux par tonne – s’est avéré largement insuffisant dans une atmosphère raréfiée où les moteurs perdent jusqu’à 30 % de leur efficacité. Lors d’un incident presque catastrophique, le véhicule a failli tomber en panne, son groupe motopropulseur surchauffant alors qu’il gravit une pente à 40 degrés, obstacle que les véhicules locaux franchissaient sans problème. À la fin des essais, un rapport détaillé a été transmis aux états-majors, contenant des recommandations qui ont conduit à mettre de côté le Stryker dans les négociations d’achat immédiates.
Plutôt que de renoncer, General Dynamics a engagé une réponse rapide digne d’une réaffectation en situation de combat. Dans ses installations de Sterling Heights, Michigan, les ingénieurs travaillent déjà à la transformation d’un prototype Stryker doté d’un moteur renforcé développant 600 chevaux, soit presque le double de la puissance initiale, pour relever les défis du Ladakh. Cette mise à niveau ne se limite pas à une simple amélioration superficielle : elle traite l’ensemble des faiblesses signalées par les évaluateurs indiens, incluant un couple moteur accru pour les déplacements lents et une meilleure dissipation thermique capable de supporter un effort prolongé en haute altitude.
Selon des informations recueillies auprès d’officiers de l’armée, General Dynamics intègre toutes les modifications suggérées : suspension renforcée pour le châssis de 20 tonnes, composants du train de transmission améliorés afin de gérer la hausse de puissance, ainsi que des ajustements du système central de gonflage des pneus pour une meilleure adhérence sur les terrains instables. Les essais internes en usine, combinant simulations des conditions himalayennes et tests sur bancs d’effort, doivent s’achever début 2026. Une fois validé, le prototype amélioré sera renvoyé en Inde pour une nouvelle série d’essais prévue pour le milieu de la même année. Ce projet ne se limite pas à un simple ajustement : c’est un engagement total à adapter le Stryker aux théâtres d’opérations extrêmes du sous-continent, où les températures peuvent descendre jusqu’à -40 °C et les altitudes défient les capacités des matériels ordinaires.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre plus large des accords de défense américano-indiens, notamment sous l’initiative Defence Technology and Trade Initiative (DTTI), où la coproduction est conditionnée par la démonstration de performances fiables. General Dynamics prévoit une production sous licence en Inde, potentiellement chez Bharat Earth Movers Limited (BEML), avec un objectif de 530 véhicules répartis dans 10 bataillons mécanisés, alliant technologie américaine et capacité industrielle indienne. Toutefois, l’armée indienne pose une condition ferme : aucun accord ne sera conclu sans validation locale. « Nous avons mis le holà », confie un officier supérieur. « Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une question de fournir à nos combattants un véhicule qui ne faillira pas lorsque les combats commenceront. »