Une enquête sur le module de Faridabad et les explosions du Fort Rouge de Delhi a révélé que le groupe terroriste Jaish-e-Mohammad était en train de mettre en place de nouveaux modules relais en Inde. Selon un responsable du Bureau du renseignement (Intelligence Bureau), un module relais est une structure indépendante, où l’implication directe de la direction du groupe terroriste est limitée. Les membres du module exécutent la majeure partie des opérations, tandis que le groupe intervient uniquement lors des moments clés, par exemple pour fournir une expertise spécifique.
L’implication du groupe terroriste ne couvre donc pas l’ensemble du processus, de sa mise en œuvre à son exécution.
Le mode opératoire du module de Faridabad démontre qu’il fonctionnait en grande partie de manière autonome : création du module, radicalisation, recrutement, fourniture des munitions et gestion logistique.
Ce module peut être qualifié d’inspiré ou lié au Jaish-e-Mohammad, selon un responsable.
Le rôle du Jaish se limitait à la création et au fonctionnement du module. Le matériel de propagande de base venait du groupe terroriste. De plus, les interactions entre la haute direction du Jaish et les membres du module étaient très restreintes.
Le groupe intervenait principalement pour désigner un responsable chargé d’assister dans la préparation des explosifs, a précisé un autre responsable.
Un responsable du Bureau du renseignement a indiqué que cette tendance allait s’accentuer dans le futur. Sans l’interception de ce module, les services de renseignement pakistanais (ISI) espéraient voir la multiplication rapide de structures similaires à travers l’Inde.
Ces modules correspondent parfaitement à la stratégie de denial de responsabilité adoptée par le Pakistan : il n’a pas besoin de financer directement ces structures, qui s’autofinancent, tout en continuant à favoriser une activité terroriste persistante sur le sol indien.
Cette situation est aussi liée au changement de doctrine antiterroriste adopté par le gouvernement indien de Narendra Modi. Après l’attaque de Pahalgam, New Delhi a décidé de considérer les actes terroristes non plus uniquement comme des incursions transfrontalières, mais comme des actes de guerre.
Face à la prolifération de ces modules autonomes, le Pakistan peut désormais qualifier ces attaques d’incidents internes, échappant ainsi à la qualification d’attaque extérieure.
Un autre responsable a indiqué que des modules similaires étaient prévus pour être recréés au Jammu-et-Cachemire. Les infiltrations classiques se sont faites plus difficiles et l’ISI peine à relancer les groupes terroristes locaux comme le Hizbul Mujahideen. L’objectif était que des figures telles que Mufti Irfan Ahmed recrutent et radicalisent la jeunesse afin de créer des modules entièrement autochtones, sans lien direct avec des groupes comme Lashkar-e-Taiba ou Jaish-e-Mohammad.
Les agences de sécurité indiennes ont compris ce risque, qui repose essentiellement sur une propagande de grande ampleur. Ce phénomène est combattu avec la plus grande fermeté, car c’est bien lui qui explique l’émergence de modules inspirés ou relais.
Selon les autorités, ce concept s’apparente au modèle des terroristes « loups solitaires » décrit par l’organisation État islamique. Dans ce cas, seule la propagande est diffusée par l’organisation, tandis que le terroriste agit seul, inspiré par ces messages. Le module de Faridabad en est une illustration similaire.
Si ce module a été démantelé et que de grandes attaques ont été évitées, le Jaish continuera à promouvoir son agenda dans certaines régions du pays, dans l’espoir de voir naître davantage de modules relais autonomes.
Un autre aspect préoccupant de ces modules est la présence de criminels « col blancs ». Ces individus sont souvent éduqués, intelligents, capables de maîtriser le dark web et disposent des ressources nécessaires pour financer et organiser des attentats terroristes.