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Le 8 décembre 2025, les États-Unis ont approuvé un accord de 686 millions de dollars visant à maintenir et moderniser la flotte vieillissante de chasseurs F-16 du Pakistan, ravivant ainsi les tensions en Asie du Sud. Ce contrat, notifié au Congrès par la Defense Security Cooperation Agency (DSCA), comprend des améliorations des systèmes avioniques, des modules cryptographiques, des logiciels de planification de mission, des pièces de rechange, des simulateurs ainsi que le soutien logistique de Lockheed Martin. L’objectif est d’étendre la durée de vie opérationnelle des appareils Block 52 et Mid-Life Update (MLU) de l’aviation pakistanaise jusqu’en 2040.

Si Washington présente cette opération comme un renforcement de la sécurité nationale pakistanaise et une amélioration de l’interopérabilité avec ses alliés, de nombreux analystes militaires indiens y voient une reconnaissance tacite des lourdes pertes subies par la Pakistan Air Force (PAF) lors du bref mais intense conflit indo-pakistanais de 2025, baptisé Opération Sindoor.

En août 2025, l’Air Chief Marshal A.P. Singh a révélé que l’Indian Air Force (IAF) avait abattu cinq chasseurs pakistanais en combat aérien, ainsi qu’un important appareil de surveillance à 300 kilomètres, marquant la plus longue interception par missile sol-air enregistrée. Les frappes au sol ont touché des infrastructures clés de la PAF, notamment les hangars de drones à Sukkur, une station de Commandement et Contrôle Aérien d’Alerte Avancée (AEW&C) à Bholari, et surtout un hangar abritant des F-16 à la base aérienne de Shahbaz, dans la province du Sindh. « La moitié du hangar a été détruite », a indiqué Singh, précisant : « Je suis sûr que certains appareils à l’intérieur ont été endommagés. » Six mois plus tard, des images satellites montraient que la base était toujours en ruines, illustrant les difficultés du Pakistan à restaurer sa principale base F-16.

Selon des sources indiennes, dont le site idrw.org, l’attaque de Jacobabad aurait détruit ou gravement endommagé entre deux et quatre F-16, probablement des modèles Block 15 MLU plus anciens, acquis d’occasion auprès de la Jordanie, et en maintenance au moment du raid. Au total, les pertes de la PAF pourraient atteindre une douzaine d’aéronefs, incluant des JF-17, un SAAB 2000 AEW&C, ainsi qu’un avion de transport Lockheed C-130. Les analystes indiens attribuent aussi la destruction d’au moins un F-16 à l’action du système de défense aérienne russe S-400, déployé le long de la frontière occidentale — une affirmation restée sans démenti officiel des États-Unis.

Ce qui rend cet accord particulièrement significatif, c’est la réaction étrange des États-Unis face aux déclarations indiennes. Lors des frappes aériennes de Balakot en 2019, les autorités américaines avaient rapidement réfuté les pertes d’un F-16 en confirmant via un comptage sur place que tous les appareils pakistanais étaient présents. Cette fois, la position a changé. Interrogé en août 2025 par la chaîne NDTV sur les pertes de F-16 pendant Sindoor, le Département d’État américain a renvoyé vers le gouvernement pakistanais pour toute discussion, tandis que le Pentagone a refusé de communiquer des images satellites ou de confirmer ou nier ces pertes.

Ce silence inhabituel alimente les spéculations en Inde. « Aucun analyste américain n’a nié que des F-16 ont été abattus par l’Indian S-400, ce qui est assez étonnant, ni qu’ils ont été perdus au sol », note une récente analyse d’idrw.org. Du côté pakistanais, les allégations sont qualifiées de « propagande », mais sans le soutien clair des États-Unis, comme en 2019, ces démentis semblent peu convaincants. Un rapport du Congrès américain en novembre 2025 a même qualifié la performance pakistanaise dans Sindoor de « succès », créditant les armes chinoises d’un avantage, tout en évitant soigneusement la question des F-16.

Un commentateur militaire indien résume ainsi la situation : « Les 686 millions de dollars ne sont pas un cadeau, mais une compensation pour une flotte décimée à Jacobabad et dans le ciel du Pendjab. »

La flotte pakistanaise de F-16 est hétérogène, comptant 76 appareils mêlant d’anciens Block 15 MLU (modernisés pour des missions multirôles) et des versions plus récentes Block 52+. Les appareils ex-jordaniens plus anciens, en nombre limité, ont subi le plus gros des combats durant Sindoor, créant des lacunes que le nouvel accord entend combler. Toutefois, remplacer ces avions n’est pas chose aisée.

Les stocks excédentaires de F-16 Block 15/20 MLU de l’USAF sont quasi épuisés. La plupart ont été modernisés vers des standards Block 25 ou supérieurs, rendant les pièces d’origine « vintage » rares. Le programme de Mid-Life Update, initié par l’OTAN, a orienté ces hétaeries vers les alliés européens en transition vers le F-35. Aujourd’hui, alors que ces pays retirent leurs F-16, les surplus bénéficient principalement à l’Ukraine.

Voici un aperçu des affectations principales à fin 2025 :

Pays Détails surplus F-16 Destinations principales
Pays-Bas Retrait complet en septembre 2024, environ 60 Block 15 MLU Ukraine (gros lot); Centre européen d’entraînement au F-16 (Roumanie); Draken International (États-Unis)
Danemark Remplacement par F-35, plus de 40 Block 15 MLU Argentine (24 avions vendus); Ukraine (dons)
Norvège Flotte en fin de vie, plus de 50 F-16 MLU Roumanie (32 achetés)
Belgique Transition vers F-35, environ 40 avions disponibles Coalition F-16 pour l’Ukraine (engagements en cours)

Ces F-16 européens, autrefois une source privilégiée pour des acheteurs à budget limité comme le Pakistan, sont désormais des éléments clés du soutien européen à Kyiv. Avec les priorités mondiales concentrées sur l’Ukraine, il paraît difficile de garantir à Islamabad un lot même modeste de 6 à 7 appareils MLU en état de vol. « Presque tout le stock disponible est déjà engagé », conclut le rapport d’idrw.org.

Concrètement, que recevra le Pakistan ? Probablement pas de nouveaux Block 52 flambant neufs pour renforcer ses effectifs, mais des kits de maintien en condition opérationnelle destinés à ses appareils existants, vraisemblablement issus des surplus Block 25 de l’USAF. Cette approche, axée sur la modernisation plutôt que sur la vente d’avions neufs, permettrait de combler les pertes sans aggraver les inquiétudes liées à la prolifération, aidant ainsi la PAF à poursuivre ses missions jusqu’en 2040 avec des avions rénovés.

Au-delà du matériel, cette injection de 686 millions de dollars illustre un certain redoux dans les relations entre Washington et Islamabad sous l’administration Trump, sous l’effet du lobbying pakistanais et d’intérêts communs en matière de lutte antiterroriste. Pour New Delhi, c’est un signal d’alerte : même des victoires coûteuses comme Sindoor peuvent être rapidement compensées par la reconstitution accélérée des forces adverses, avec l’aide américaine.