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Un avion militaire soudanais de transport s’est écrasé près de Port-Soudan, dans l’est du pays, causant la mort de l’ensemble des personnes à bord. Ce tragique accident intervient dans un contexte de conflit et de crise humanitaire profonde en République du Soudan.

Le Ilyushin Il-76, avion de transport militaire, a subi une défaillance technique alors qu’il tentait d’atterrir mardi sur la base aérienne Osman Digna, située dans la ville côtière de Port-Soudan, ont indiqué mercredi des sources militaires s’exprimant sous couvert d’anonymat. Le nombre exact de passagers à bord n’a pas été communiqué.

Parmi les victimes figurait le pilote militaire Omran Mirghani, confirmé par son oncle, le journaliste soudanais de renom Osman Mirghani, qui a exprimé son deuil sur les réseaux sociaux.

Les autorités militaires n’ont pour l’instant fait aucun commentaire officiel concernant cet accident.

Ce vol s’inscrivait dans le cadre d’opérations de soutien humanitaire, transportant des vivres destinés à des populations affectées par les combats. L’ensemble des membres d’équipage ainsi que le personnel supplémentaire présent à bord ont péri dans le crash.

Ilyushin Il-76

Le Soudan est connu pour son bilan particulièrement préoccupant en matière de sécurité aérienne. En février dernier, un avion militaire s’était écrasé dans une zone densément peuplée d’Omdurman, faisant au moins 46 morts, dont femmes et enfants.

Ce sinistre survient dans un contexte militaire difficile, marqué par plusieurs revers pour l’armée soudanaise dans son affrontement contre les Forces de Soutien Rapide (RSF), un groupe paramilitaire tristement célèbre. En octobre, l’armée a perdu El Fasher, son dernier bastion dans la vaste région du Darfour, et récemment elle a aussi été contrainte de céder la plus grande raffinerie du pays dans la région centrale du Kordofan.

Selon les Nations unies et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, les RSF sont accusées de graves exactions dans la région d’El Fasher, notamment d’exécutions sommaires, de viols et d’autres crimes graves.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré mercredi que des crimes de guerre, ainsi que potentiellement des crimes contre l’humanité, ont été commis dans la ville occupée par les RSF fin octobre.

« Nous parlons de crimes atroces, très graves… clairement des crimes de guerre et possiblement aussi des crimes contre l’humanité », a-t-il affirmé aux journalistes à Genève, « la situation est extrêmement grave ».

Volker Türk a également averti du risque de nouvelles atrocités dans la région centrale du Kordofan où les RSF ont intensifié leurs attaques ces derniers mois.

Ce conflit interne soudanais a éclaté en avril 2023, suite à une lutte de pouvoir entre l’armée régulière et les Forces de Soutien Rapide. Le bilan officiel fait état de plus de 40 000 morts, un chiffre que les ONG de défense des droits humains estiment largement sous-évalué.

Les combats ont ravagé des zones urbaines et été marqués par des atrocités à caractère ethnique, qualifiées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment dans l’ouest du pays, dans la région du Darfour, selon les Nations unies et plusieurs observateurs internationaux.

Cette guerre a engendré la pire crise humanitaire mondiale actuelle, plongeant plusieurs régions du pays dans la famine.

Le Programme alimentaire mondial alerte sur le fait que 20 millions de personnes souffrent de graves pénuries alimentaires et que 6 millions sont au bord de la famine.

Samy Magdy