Le programme de développement du moteur Safran-GTRE de 120 kN, destiné à équiper la prochaine génération de chasseurs indiens AMCA MkII, connaît un important retard qui repousse la mise en service de cet appareil au-delà de 2040. La validation officielle du moteur ne devrait intervenir qu’en 2026, compromettant ainsi le calendrier initial du projet.
Selon des sources proches du programme, le premier démarrage au sol du moteur, basé sur une configuration dite Dry Core, n’est désormais attendu qu’en 2032. Cette étape sera suivie du lancement des essais en prototypes secs et humides fin 2032 ou début 2033, marquant le véritable début des validations des performances propulsives. Toutefois, ces tests initiaux ne représentent que le début d’une phase de développement longue et complexe.
Après les tests au sol, le moteur devra subir une batterie complète d’essais en vol, incluant l’extension de l’enveloppe de fonctionnement, la vérification des contraintes thermiques, les évaluations de fiabilité ainsi que les tests d’intégration avec les systèmes de l’AMCA MkII. Les sources estiment que cette campagne d’essais pourrait ne s’achever qu’entre 2037 et 2038, à condition qu’aucune restructuration majeure ou défaillance critique ne soit détectée durant la certification.
Ce calendrier repousse donc largement la mise en service initialement prévue de l’AMCA MkII, dont l’entrée en service ne devrait pas intervenir avant 2040. Le plan originel, qui prévoyait un déploiement du MkII dès 2035, est désormais, selon un haut responsable, « techniquement irréalisable dans ce calendrier compressé ».
Des solutions alternatives à l’étude
Face à ce rythme imposé par le développement moteur, plusieurs pistes sont à l’étude :
- Acquérir des exemplaires supplémentaires d’AMCA MkI propulsés par le moteur américain GE F414.
Cette option permettrait d’étendre la flotte en attendant la disponibilité du moteur national de 120 kN. - Produire précocement des cellules d’AMCA MkII équipées temporairement du moteur F414, avec une rétrofit ultérieur du moteur Safran–GTRE.
Le nouveau moteur est conçu pour s’adapter dans les emplacements moteurs prévus pour le F414, avec des modifications minimales. Cette compatibilité « plug-and-play » vise à minimiser les coûts de reconfiguration et à préserver l’intégrité structurelle de l’avion.
Ces solutions visent à éviter qu’un vide capacitaire n’apparaisse dans les années 2030, alors que les anciennes flottes commenceront à être retirées et que la livraison des AMCA MkII se trouvera retardée.
Signature prévue en 2026, mais les retards pourraient s’avérer coûteux
Le contrat de partenariat entre Safran et GTRE devrait être finalisé avant la mi-2026, suivie rapidement par la commande des composants longs à produire et le transfert des technologies de base. Cependant, tout retard supplémentaire risque de repousser davantage les jalons du développement moteur, rendant impossible la mise en service de l’AMCA MkII avant 2035.
Un expert proche du dossier affirme qu’il est « quasiment impossible » d’accélérer le calendrier moteur sans compromettre ses performances ni les exigences de certification. L’expérience passée de l’Inde avec le moteur Kaveri et les références internationales indiquent que le développement d’un turbofan haute poussée complet demande un minimum de 12 à 15 ans.
Ce retard souligne une réalité incontournable dans le développement des avions de chasse de cinquième génération : la propulsion constitue le facteur limitant principal. Si l’AMCA MkI progresse avec le GE F414, la motorisation indigène de forte poussée du MkII est indispensable pour atteindre des capacités telles que la super-croisière, la furtivité avancée et une gestion thermique optimisée.