Suite au développement réussi du drone lourd Varuna destiné à la marine indienne, la société Sagar Defence Engineering, basée à Pune, suscite un vif intérêt de la part de l’armée de terre indienne pour une version optimisée haute altitude. Ce drone polyvalent serait capable de livrer entre 150 et 200 kg de matériel aux postes avancés isolés le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) dans les régions du Ladakh, Arunachal Pradesh et Sikkim.
Des officiers supérieurs en charge de la logistique des commandements Nord et Est ont informellement exprimé à l’entreprise leur besoin d’un système aérien non habité à voilure tournante, capable de transporter régulièrement rations, munitions, fournitures médicales et même des obus pour mortier de 81 mm vers des postes situés au-dessus de 4 500 à 5 500 mètres d’altitude. Un tel drone réduirait drastiquement la dépendance aux coûteuses et limitées opérations d’hélicoptères habités, souvent interrompues en hiver lorsque de nombreux terrains d’atterrissage deviennent inaccessibles aux Mi-17V5 et aux hélicoptères légers Chetak/Cheetah.
Sagar Defence a déjà lancé des études de conception internes afin de répondre à ces exigences. La version terrestre du Varuna, initialement développée pour la marine et propulsée par un moteur rotatif consommant du carburant lourd à une masse maximale au décollage de 750 kg, bénéficiera de plusieurs améliorations. Celles-ci incluent notamment un rotor coaxial agrandi, un moteur modifié pour les opérations en haute altitude, un système de décantation pour les rotors et un train d’atterrissage renforcé pour évoluer sur des terrains enneigés.
Les représentants de la société rapportent que ces modifications entraîneront un gain de poids à vide d’environ 80 à 100 kg, tout en conservant une charge utile utile de 180 à 200 kg à 5 500 mètres d’altitude. L’autonomie avec une charge de 150 kg devrait se maintenir au-delà de 55 à 60 minutes même par des températures proches de -20 °C.
L’armée manifeste un intérêt particulier pour remplacer les centaines de missions d’approvisionnement dites “en largage libre”, aujourd’hui réalisées par les hélicoptères ALH Dhruv et Cheetah vers des postes isolés comme Daulat Beg Oldi, Nyoma ou Marsimik La. Ces zones sont réputées pour leurs conditions périlleuses, où même les pilotes expérimentés doivent affronter des turbulences extrêmes et des atterrissages en visibilité quasi nulle. Une seule unité Varuna (trois drones équipés d’une station sol mobile) pourrait théoriquement desservir 15 à 20 postes par jour en conditions de visibilité, réduisant sensiblement le temps de vol des hélicoptères et les risques encourus par les équipages.
Les sources indiquent que les principales exigences de l’armée portent sur :
- Une capacité d’opération soutenue entre 5 500 et 6 000 mètres d’altitude densité
- La livraison d’une charge utile de 150 à 200 kg sur des distances comprises entre 30 et 50 km depuis le dernier point accessible par la route
- La capacité à décoller et atterrir sur des pistes non préparées de 10×10 mètres, par des températures avoisinant les -30 °C et des vents de 60 à 80 km/h
- Une performance de vol stationnaire ‘hors effet de sol’ en conditions de haute température et haute altitude, avec une réserve de carburant d’au moins 30 minutes