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Le Premier Lord de la Mer, Sir Gwyn Jenkins, a dressé un tableau saisissant d’un monde maritime qui se durcit et a insisté sur la nécessité pour la Royal Navy d’évoluer plus rapidement que les menaces croissantes qui l’entourent.

Son discours, plus proche d’une exigence que d’une simple allocution, a été d’une clarté presque brutale. Si les constantes du domaine maritime perdurent, leur avantage concurrentiel, lui, s’amenuise dangereusement.

Il a commencé par rappeler les fondamentaux, insistant sur leur importance puisque la survie du Royaume-Uni dépend toujours de la liberté de circulation sur les mers : « pratiquement tout notre commerce, toutes nos données et quasiment toute notre énergie circulent au-dessus, à la surface ou sous la mer. » L’Atlantique demeure le bouclier national, et la géographie place la Royal Navy au cœur de cette défense. La côte norvégienne est un pivot stratégique dans le dispositif de l’OTAN, tandis que le Royaume-Uni est « la pierre angulaire de l’accès à l’Atlantique. »

Mais c’est en abordant la menace que son ton s’est durci. L’activité maritime russe s’est intensifiée, non seulement en surface mais aussi sous la mer. Il a mis en garde : « l’avantage dont nous avons bénéficié dans l’Atlantique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est désormais menacé », insistant sur « ce qui se passe sous les vagues » comme la véritable source de préoccupation. Le tableau qu’il a dressé est celui d’une Marine encore capable de tenir la ligne, mais de justesse : « il n’y a pas de place pour la complaisance. » Les adversaires investissent massivement et « nous devons renforcer nos efforts sinon nous perdrons cet avantage. »

Au cœur de cette incertitude croissante, la conférence s’est déroulée dans une atmosphère inhabituelle, empreinte d’un sens aigu de l’urgence et d’une reconnaissance partagée des menaces. Officiers, responsables et industriels ont échangé ouvertement, avec sobriété, conscients que le temps des petits ajustements est révolu. Le ton n’était pas pessimiste, mais résolument orienté vers l’action.

Le Premier Lord a également souligné l’importance d’une accélération technologique inédite, en particulier avec les avancées rapides de l’intelligence artificielle. Il a averti : « Le rythme du changement technologique ne sera plus jamais aussi lent qu’aujourd’hui. » La Royal Navy doit se concevoir dès maintenant pour la vitesse, l’adaptabilité et la pertinence tactique.

De cette analyse est né son concept central : la Marine hybride de combat. Trois piliers interdépendants en constituent le socle : Atlantic Bastion, un réseau de capteurs autonomes offrant une surveillance constante ; Atlantic Shield, une refonte de la défense aérienne nordique ; et Atlantic Strike, une capacité précise et renforcée pour frapper avec force.

Il a insisté sur l’urgence des échéances : des escorteurs autonomes seront déployés dans deux ans, un démonstrateur de drone de chasse opérera depuis un porte-avions dès l’année prochaine. Par ailleurs, la Norvège intègre déjà ses nouvelles frégates Type 26 à Bastion. Pas de place pour le doute : « Si cela ressemble à de la science-fiction, ce n’en est pas. C’est de la science factuelle. »

En 2025, la Royal Navy prévoit l’installation de capteurs dans l’Atlantique et le lancement de contrats pour Bastion en mode service. La force des commandos continuera son évolution vers des équipes dispersées, équipées des dernières technologies et adaptées au Grand Nord. Plusieurs transformations déjà engagées s’intensifieront sous l’égide du Warfighting Ready Plan 2029, plan détaillé sur scène par Jenkins. Ce plan, fruit d’exercices de simulation approfondis, identifie les forces de la Marine et les zones où les alliés devront combler les lacunes, tout en appelant à abandonner les structures héritées pour adopter de nouvelles méthodes.

La question du leadership et de la culture était également au cœur de son message. La guerre navale doit être « une discipline d’action », a-t-il souligné, et la Marine doit s’affranchir des procédures qui la freinent. Il a cité en exemple la suppression de 200 000 heures-personnes de bureaucratie en 100 jours, temps qui doit désormais être réinvesti dans la préparation opérationnelle.

Un autre fil conducteur de son discours fut la dépendance envers les partenaires. L’industrie investit déjà à grande échelle en coparticipation, Jenkins rappelant : « Pour chaque livre sterling engagé par l’État, l’industrie en investit quatre. » Les alliés sont essentiels. « Nous avons besoin d’autres alliés. » Ensemble, ils peuvent protéger les câbles sous-marins, les routes énergétiques et les lignes d’approvisionnement.

Il a conclu sur un avertissement doublé d’un appel à l’unité : « Nous engageons cette transformation parce que nous n’avons pas le choix. L’alternative est impensable. » Qu’elle soit prête ou non, la Royal Navy entre dans une ère marquée par la rapidité, la masse, l’autonomie et le risque.

Et le Premier Lord n’en exige rien de moins.