Un Rafale Marine F4.1 a testé avec succès une bombe AASM de 1000 kg à près de 2000 km du porte-avions Charles de Gaulle lors d’un exercice en Méditerranée, démontrant ainsi la portée stratégique et la flexibilité opérationnelle de la force navale française. Cette opération, conduite en coordination avec le ravitailleur Jacques Chevallier, illustre la montée en puissance des capacités de frappe longue portée embarquées à bord du groupe aérien embarqué.
Le 6 décembre 2025, un Rafale Marine équipé du standard F4.1 a réalisé un tir réel d’une bombe AASM Hammer de 1000 kg dans le cadre d’une mission complexe de projection de puissance depuis le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée.
Avec l’appui du bâtiment ravitailleur Jacques Chevallier, l’aéronavale a planifié et exécuté en moins de vingt-quatre heures une attaque contre un objectif naval situé sur le polygone de Karavia, en Grèce. Pour cela, le Rafale a utilisé une bombe AASM 1000 à portée étendue, larguée après une pénétration à basse altitude au terme d’une mission passant par l’Italie et le bassin oriental de la Méditerranée.
Durant cette phase de préparation, le Charles de Gaulle a conduit quinze exercices de sécurité SECUREX, onze scénarios de défense aérienne ADEX, plusieurs entraînements MACOPEX pour la capacité opérationnelle, ainsi qu’un exercice anti-navire axé sur l’emploi du missile Exocet.
Le groupe aérien embarqué comprenait dix-huit Rafale Marine, deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye et trois hélicoptères, offrant ainsi un panel complet de défense aérienne, de missions d’attaque et de surveillance maritime. Ces opérations se sont déroulées en étroite coordination avec le Jacques Chevallier, qui assurait les ravitaillements en vol, le transfert de munitions et le soutien logistique, permettant au porte-avions de déployer et de récupérer une patrouille de défense aérienne en alerte permanente.
Le système d’armement modulaire air-sol (AASM), développé par Safran Electronics & Defense, est une famille de bombes guidées combinant un kit de guidage inertiel/GPS, pouvant être couplé à un chercheur infrarouge ou laser, associé à un propulseur intégré dans une bombe classique. Cette modularité permet d’adapter différentes charges, de 125 à 1000 kg, tout en offrant des portées de plusieurs dizaines de kilomètres lorsqu’elles sont lancées à haute altitude. Elle permet aussi des largages à très basse altitude pour limiter la détection radar.
La version 1000 kg, homologuée par la Direction générale de l’armement (DGA) fin 2022, est équipée d’un moteur fusée, d’une navigation inertielle couplée au GPS et d’un système d’aide spécifique, conférant à cette munition une portée accrue et une précision renforcée.
Lors de cet exercice embarqué, la Marine nationale a employé cette variante lourde de la bombe AASM Hammer, dotée du kit d’allongement de portée, pour toucher un objectif naval situé à plus de 1 000 milles nautiques du porte-avions.
Selon la DGA, l’AASM 1000 est une des nouvelles capacités intégrées au standard F4 du Rafale, dans sa configuration F4.1. Cette mise à jour améliore les capteurs, la connectivité et la guerre électronique tout en renforçant la protection contre les cybermenaces.
Associant une ogive d’environ une tonne, une propulsion intégrée et un guidage multimode, cette munition constitue une option de frappe lourde particulièrement précise, adaptée aux cibles navales ou aux infrastructures terrestres renforcées.
Dans la composition du groupe de combat embarqué, le Rafale F4.1 peut emporter jusqu’à trois bombes AASM 1000 : une sur la soute centrale et deux sous les ailes, tout en conservant une configuration mixte intégrant réservoirs externes, missiles air-air MICA ou Meteor, et la nacelle de ciblage Talios.
Équipé du radar à balayage électronique actif RBE2, du système optronique frontal et de la suite de guerre électronique Spectra, le Rafale s’appuie également sur un réseau de communications tactiques, incluant le Link 16, qui permet un échange en temps réel des données avec le porte-avions, le Hawkeye et les alliés. Cette panoplie de capteurs et de liaisons offre au pilote une vision synthétique de la situation tactique tout en assurant une posture défensive digne de confiance, même lors d’une mission d’attaque lourde.
Le scénario de frappe sur Karavia témoigne concrètement de ces capacités. Le porte-avions a déployé une patrouille de deux Rafale Marine dont l’un en configuration « ami-ami » avec une nacelle de ravitaillement en vol Narang. Après un ravitaillement dans le ciel des Pouilles, au sud de l’Italie, l’appareil de frappe s’est dirigé seul vers le polygone grec en maintenant un profil bas pour réduire sa signature radar et retarder la détection par les systèmes de défense aérienne ennemis.
Au terme de cette pénétration, la bombe AASM 1000 a été larguée avec succès sur la cible navale désignée, attestant de la capacité du groupe aéronaval à mener des frappes de longue portée tout en contrôlant le rythme et en limitant les risques d’exposition.
Avec cette démonstration, la France réaffirme son statut de l’un des rares pays européens à exploiter un porte-avions équipé de catapultes capable de projeter des chasseurs de dernière génération en version F4 dotés de munitions guidées lourdes telles que l’AASM 1000 Hammer.
Dans un contexte régional marqué par des tensions autour des ressources énergétiques, des zones économiques exclusives disputées et la présence persistante de forces russes ou alliées, cette opération constitue un message stratégique clair adressé aux alliés de l’OTAN et aux marines voisines.
Elle s’inscrit aussi dans la tendance européenne à privilégier des armes à distance de sécurité accrue, qu’il s’agisse de missiles de croisière ou de bombes planantes longue portée, en réponse à l’omniprésence de systèmes de défense aérienne côtière. Par cette posture, Paris entend pérenniser son rôle dans la gestion des crises navales en Méditerranée et dans les théâtres maritimes adjacents.
Alain Servaes