La Grèce intégrera prochainement le système de missile balistique israélien LORA à son dispositif militaire, dans le cadre d’une acquisition validée par les autorités gouvernementales. Ce choix, coordonné directement avec les Industries Aérospatiales d’Israël, s’inscrit dans un effort de modernisation des capacités d’attaque à distance grecques, au regard de l’évolution des tensions régionales et des besoins de dissuasion en Méditerranée orientale.
Les forces terrestres grecques, aux côtés de l’aviation, seront équipées de ce système LORA, qui sera déployé principalement sur des îles stratégiques de la mer Égée et de la Méditerranée orientale. Ce déploiement est perçu par les analystes régionaux comme une montée en puissance calculée de la posture militaire grecque, dans un contexte marqué par des relations tendues avec la Turquie, adversaire régional majeur.
Présenté lors du salon DEFEA 2025 à Athènes, le LORA est un système mobile de missile balistique sol-sol possédant un rayon d’action maximal de 430 kilomètres et une précision remarquable, avec un Erreur Circulaire Probable (CEP) de seulement 10 mètres. Sa capacité à mener des frappes profondes depuis le territoire grec lui confère une portée stratégique portée. Le système peut être embarqué sur des lanceurs 4×4 routiers, ou adapté à un déploiement naval, offrant ainsi une grande flexibilité tactique et la possibilité d’opérations de type « shoot and scoot », rendant difficile la localisation et la neutralisation par l’ennemi.
Les autorités grecques considèrent ce choix technologique comme une réponse directe au développement croissant du potentiel balistique turc, notamment via les programmes nationaux avancés tels que les missiles Bora et Tayfun. En déployant LORA sur des îles et sur le continent, la Grèce vise à instaurer une capacité d’attaque à longue portée et à dissuasion symétrique, conformément à la feuille de route décrite dans le plan national de défense 2025-2036.
Sur le plan opérationnel, le système LORA offre plusieurs avantages notables. Il peut être préparé au tir en 10 minutes après la mise en position et se déplacer en seulement 3 minutes pour éviter toute riposte. Chaque batterie comprend 48 missiles prêts à être tirés en deux minutes depuis leurs lanceurs, ainsi que 48 missiles de rechargement sur des véhicules dédiés.
Techniquement, ce missile balistique monobloc à propergol solide est guidé par un système combinant GNSS et navigation inertielle. Pesant environ 1600 kg, il mesure 5,2 mètres de long pour un diamètre de 624 mm. Installé sur un véhicule militaire standard de 16 tonnes, le système est compact mais polyvalent, adapté à divers types de terrains insulaires ou continentaux.
Le déploiement du LORA intervient dans le sillage du renforcement des liens stratégiques en matière de défense entre Athènes et Tel-Aviv. Début décembre 2025, le Parlement grec a également validé l’acquisition du système de lance-roquettes multiple israélien PULS, pour un montant estimé à 650 millions d’euros. Ces acquisitions combinées marquent une évolution notable dans la composition des forces grecques, renforçant tant la dissuasion que la capacité d’attaque rapide.
Stratégiquement, placer les batteries LORA sur les îles grecques met désormais à portée d’une frappe précise et immédiate les infrastructures turques clés. Bases aériennes, installations navales et centres logistiques le long des côtes turques entrent dans le champ d’action des missiles. Ce déploiement souligne politiquement la détermination grecque à protéger ses revendications maritimes et territoriales par des moyens souverains, indépendants d’un appui aérien ou allié exclusif.
Les communications officielles grecques et israéliennes restent discrètes, mais selon des sources internes à la défense, les forces grecques ont commencé leur instruction sur le système LORA dès la mi-2025, dans le cadre d’un protocole bilatéral confidentiel. Les premières livraisons sont attendues début 2026, avec une certification opérationnelle prévue avant la fin de l’année.
De leur côté, les autorités militaires turques ont pris note de ce développement. Plusieurs rapports font état d’une réévaluation des capacités de défense antimissile turques, notamment à travers un nouveau déploiement des systèmes de défense aérienne Hisar-O et Siper sur la côte ouest du pays.
Alain Servaes