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Dans sa quête d’une capacité de frappe profonde polyvalente, l’armée de l’air indienne (IAF) pousse le géant européen des missiles MBDA à adapter son missile de croisière air-sol SCALP-EG pour une intégration sur des plateformes d’origine russe telles que le Su-30MKI et le MiG-29. Jusqu’à présent réservé au Rafale français, ce missile subsonique furtif a fait ses preuves lors d’opérations récentes, mais des sources proches du dossier indiquent un blocage : si MBDA a rapidement adapté le SCALP-EG pour les avions Su-24 ukrainiens, il reste réticent à équiper des appareils soviétiques. L’Inde, qui ne dispose pas d’équivalent national, cherche à diversifier son arsenal de missiles à longue portée, en visant notamment une future intégration sur le chasseur indien Tejas MkII.

Le SCALP-EG, connu sous le nom de Storm Shadow au Royaume-Uni, est un missile à basse observabilité doté d’une portée de 560 km, d’une navigation adaptative au relief et d’une ogive BROACH de 450 kg conçue pour détruire les bunkers. Sa réussite dans des frappes médiatisées a renforcé les ambitions de l’IAF, mais concilier l’armement de précision occidentale avec les cellules russes soulève des défis d’intégration et des enjeux géopolitiques sensibles.

Cette urgence découle notamment de l’Opération Sindoor en mai 2025, une campagne de représailles menée par l’IAF après une montée des tensions à la frontière. Les Rafale équipés de SCALP-EG ont lancé une salve contre des infrastructures de la Force aérienne pakistanaise (PAF), avec notamment une frappe létale sur un hangar à drones dans une base avancée. Dix missiles ont été tirés de manière coordonnée, profitant de la furtivité pour contourner les défenses pakistanaises et toucher précisément des cibles renforcées. Des preuves visuelles et des témoignages locaux ont confirmé ces impacts, validant le rôle du SCALP-EG pour neutraliser des infrastructures aériennes sans exposer d’avions à des pénétrations risquées.

Cette opération a affaibli les capacités de drones de la PAF et démontré l’interopérabilité du missile avec la suite électronique Spectra du Rafale. Cependant, avec seulement 36 Rafale en service, dont plusieurs dédiés à des missions nucléaires ou à très haut risque, l’IAF constate la nécessité d’élargir la capacité sur d’autres flottes. Étendre l’emploi au Su-30MKI, qui compose l’épine dorsale avec plus de 260 appareils, ou aux avions MiG-29 modernisés multiplierait les options de frappe profonde, offrant une flexibilité opérationnelle accrue.

Contrairement à ses missiles supersoniques tels que le BrahMos, l’Inde manque toujours de missiles de croisière subsoniques furtifs. Le Nirbhay, programme indigène, accumule les retards liés à des problèmes de guidage, laissant l’IAF dépendante de systèmes importés pour les frappes discrètes à longue portée. Le SCALP-EG comble parfaitement cette lacune grâce à son guidage GPS/INS couplé à la navigation de référence au terrain (BuBu), garantissant une haute précision même en cas de brouillage GPS, tandis que sa structure composite limite sa signature radar.

La vision de l’IAF inclut également le Tejas MkII, un chasseur léger de génération 4,5 dont l’entrée en service est prévue en 2028-2029. L’intégration du SCALP-EG permettrait à ce vecteur plus économique de réaliser des frappes de précision comparables à celles des Rafale ou Su-30MKI en posture éloignée. Des études préliminaires sur la compatibilité avec le Tejas seraient en cours, exploitant le moteur GE F414 et ses pylônes modulaires. En revanche, pour les plateformes russes, la demande est plus complexe : l’électronique embarquée des Su-30MKI et MiG-29 nécessite des interfaces sur-mesure, une adaptation logicielle et des certifications de vol, un chantier jugé peu rentable par MBDA.

Lors des négociations, l’IAF a rappelé un argument fort : MBDA a adapté très rapidement son SCALP-EG pour les bombardiers Su-24M ukrainiens d’origine soviétique. Peu après l’engagement de la France en 2023, les ingénieurs MBDA ont modifié les points d’emport, les protocoles de communication et les systèmes de largage pour permettre à Kiev de frapper les lignes logistiques russes à distance. Des images ukrainiennes de 2024 ont montré ces Su-24 transportant deux SCALP-EG chacun, réalisant des frappes sur des ponts en Crimée, démontrant l’efficacité du système malgré l’âge des appareils.

« Pourquoi les Su-24 ukrainiens et pas nos Su-30 ? », auraient interrogé les délégués indiens, soulignant la proximité technologique et les enjeux similaires d’emport. La réactivité de MBDA face à l’urgence de guerre en Ukraine prouve la faisabilité technique, mais la réticence serait liée à des contrôles export renforcés, aux sanctions contre la Russie et aux risques de transfert de technologies sensibles via les liens entre HAL (Hindustan Aeronautics Limited) et la Russie. Paris, prudent de ne pas froisser New Delhi dans le cadre du Quad et des partenariats régionaux, pourrait toutefois céder, d’autant que des retombées sont envisagées dans les accords pour le moteur du Tejas.

La prudence de MBDA se comprend : intégrer le SCALP-EG sur Su-30MKI demande d’harmoniser le système français de conduite de tir avec les cockpits russes, ce qui risquerait de retarder d’autres modernisations comme l’avionique « Super Sukhoi ». Le coût représente un frein majeur, chaque missile valant entre 2 et 3 millions d’euros, avec des modifications d’envergure estimées à plus de 500 millions de dollars pour l’ensemble de la flotte. Par ailleurs, les clauses d’interopérabilité liées au système S-400 russe compliquent davantage l’introduction d’armements occidentaux.

Cependant, les perspectives sont plus encourageantes pour le Tejas. Après Sindoor, les évaluations ont salué un taux de réussite supérieur à 90 %, ce qui a stimulé les discussions entre HAL et le DRDO pour développer une version indigène du missile. Une solution hybride pourrait émerger : MBDA fournirait des kits pour le Tejas tout en autorisant des essais limités sur Su-30, renforçant ainsi la structure de force de l’IAF prévue pour 2027, en pleine période de tension sur les effectifs de ses escadrons.