Lors de la Conférence internationale sur la puissance maritime à Londres, le First Sea Lord a livré l’une des évaluations les plus alarmantes de la position maritime britannique depuis la fin de la Guerre froide.
Selon lui, le principal enjeu est clair : l’avantage stratégique détenu de longue date par le Royaume-Uni et ses alliés dans l’Atlantique Nord est menacé. Sans une transformation rapide, la Royal Navy peinera à suivre le rythme des évolutions.
Il a d’abord rappelé les fondamentaux du pouvoir maritime, soulignant que la géographie, le commerce maritime et les alliances restent des facteurs constants influençant toute stratégie navale sérieuse. Comme il l’a exprimé, « presque tout notre commerce, presque toutes nos données et presque toute notre énergie transitent soit sur, soit sous la mer ». La position géographique du Royaume-Uni est essentielle, avec la côte norvégienne et les étroits passages menant à l’Atlantique formant une véritable ligne vitale non seulement pour la Grande-Bretagne, mais pour l’OTAN dans son ensemble.
L’allié, a-t-il poursuivi, tire sa force de la diversité et du débat, et non de l’uniformité : « nous sommes plus forts parce que nous sommes unis, pas parce que nous partageons tous la même vision du monde… notre force vient de nos différences ». Pourtant, cette base commune ne sera pertinente que si les alliés agissent rapidement et avec détermination dans un contexte mondial qui se détériore.
Le cœur de son discours a été sans ambiguïté face à un changement structurel du paysage sécuritaire. « Le monde devient de plus en plus instable », a-t-il déclaré, en mettant particulièrement en avant la montée en puissance maritime de la Russie. Moscou a accru ses incursions dans les eaux britanniques et de l’OTAN de 30 % en deux ans, tout en continuant à investir massivement dans sa Flotte du Nord. Le navire espion Yantar n’est que la partie émergée de l’iceberg. « Ce qui m’inquiète le plus, c’est ce qui se passe sous les vagues », a-t-il averti.
Son constat le plus sévère a suivi : « L’avantage que nous avons détenu dans l’Atlantique depuis la fin de la Guerre froide est en danger. Nous résistons, mais de justesse ». Ce jugement est appelé à rester central dans les débats stratégiques à venir.
Face à des progrès rapides notamment en autonomie et intelligence artificielle, il a insisté sur l’impossibilité de prédire l’avenir. « Le rythme du changement technologique ne sera plus jamais aussi lent qu’il l’est aujourd’hui ». La Royal Navy mise donc sur la vitesse et la capacité d’adaptation plutôt que sur des certitudes figées.
C’est dans cette logique qu’a été imaginée la marine de guerre hybride, en particulier à travers le programme Atlantic Bastion, qu’il a décrit comme « notre nouvelle approche audacieuse pour sécuriser le domaine sous-marin face à une Russie en modernisation ». Ce programme combine des capteurs autonomes, des plateformes habitées et des réseaux numériques pour détecter et suivre les menaces sur de vastes espaces océaniques. Le First Sea Lord a souligné l’investissement important de l’industrie au côté du ministère de la Défense, ajoutant que le leadership britannique dans l’autonomie maritime répond à la fois à des enjeux commerciaux et stratégiques.
Les premiers capteurs seront déployés dès l’an prochain, et le concept suscite déjà l’intérêt des alliés. La Norvège a ainsi exprimé son souhait d’intégrer ses futures frégates Type 26 au programme Atlantic Bastion, un geste accueilli positivement comme la preuve d’enjeux partagés en matière de sécurité dans l’Atlantique Nord. « Nous avons besoin des alliés. Ensemble, nous construirons un réseau… et nous garderons la main sur l’Atlantique », a-t-il assuré.
Ce volet s’inscrit dans une transformation plus large de la Royal Navy : escorteurs autonomes au sein d’Atlantic Shield ; expérimentations des lancements rapides d’avions depuis porte-avions dans Atlantic Strike ; et restructuration continue des forces commandos pour le Grand Nord. Ces initiatives, a-t-il insisté, ne relèvent pas de la science-fiction. « Si cela semble futuriste, ce n’est pas le cas. C’est une science éprouvée. Ce n’est pas une technologie de demain, c’est une réalité actuelle ».
Parallèlement, la Royal Navy a lancé son plan de préparation opérationnelle pour 2029, visant à renforcer le commandement, accélérer la prise de décision et éliminer les lourdeurs bureaucratiques internes. « Le combat naval fait la différence entre la dissuasion et la vulnérabilité », a-t-il insisté, soulignant la logique de ces transformations. Face à une menace en résurgence et une technologie en accélération, la Royal Navy dépasse les réformes progressives pour engager un changement structurel d’envergure.
En conclusion, son avertissement ne souffre d’aucune ambiguïté : « Nous avançons parce que nous n’avons pas le choix. L’alternative n’est pas envisageable ».