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Dans un contexte de rivalités aériennes intenses en Asie du Sud, où les chasseurs furtifs chinois patrouillent l’Himalaya et que les forces pakistanaises modernisent leurs escadrons au-dessus du Rajasthan, un expert suédois respecté apporte une analyse claire. Mikael Valtersson, colonel retraité et ancien officier de la défense aérienne ayant commandé des escadrons équipés de Gripen, recommande publiquement le Sukhoi Su-57 russe comme la meilleure solution de cinquième génération pour l’Indian Air Force face aux menaces sino-pakistanaises croissantes.

Lors d’un séminaire de défense organisé à Stockholm la semaine dernière, Valtersson a mis en avant la flexibilité exceptionnelle du Su-57, soulignant que l’offre inédite de transfert complet de technologies proposée par Moscou en fait une option pragmatique, surpassant le rigide F-35 américain. Selon lui, le Su-57 représente un atout essentiel pour faire face à des adversaires équipés de systèmes de défense aérienne intégrés et de missiles longue portée.

Fort d’une expérience couvrant notamment des interceptions pendant la Guerre froide et des exercices de l’OTAN simulant des incursions russes, Valtersson apporte un point de vue européen détaché des rivalités propres à l’Indo-Pacifique. « Le F-35 est un prodige en matière de fusion de capteurs et de guerre en réseau, mais il est conçu pour des opérations en coalition dans des environnements permissifs », a-t-il expliqué. « L’Inde est confrontée à un défi différent : une guerre sur deux fronts contre des ennemis largement supérieurs en nombre et dotés de défenses sophistiquées. Les capacités de supermanœuvrabilité, de supercroisière et la double motorisation redondante du Su-57 en font le scalpel flexible dont l’Inde a besoin, et non un bombardier furtif monoplace, plus grossier ».

L’urgence de cette recommandation est renforcée par la montée en puissance rapide de la force aérienne chinoise. D’ici mi-2025, l’Armée populaire de libération a dépassé les 200 exemplaires de ses chasseurs furtifs Chengdu J-20 Xianglong, avec des variantes modernisées intégrant des radars AESA avancés et des missiles PL-15 à très longue portée capables d’engager des cibles à plus de 200 km. Ces avions de cinquième génération, souvent déployés avec des jets multirôles J-16 le long de la Ligne de contrôle réelle, surpassent largement en portée et en manœuvrabilité la flotte indienne de Su-30MKI lors d’exercices simulés.

De son côté, le Pakistan, soutenu par son alliance « toutes saisons » avec la Chine, a accéléré la modernisation de son aviation. Après l’entrée en service en 2022 d’un premier escadron de Chengdu J-10C, le pays en compte désormais plus de 50 en 2025. Ces appareils sont équipés de radars AESA indigènes et peuvent porter les mêmes missiles PL-15. Ils sont complétés par plus de 100 JF-17 Block III Thunder, co-produits avec la Chine, intégrant des systèmes de visée montés sur casque et des suites de guerre électronique avancées.

Cette double vague de modernisation a réduit l’avance qualitative de l’Inde à sa plus modeste expression. Tandis que la force aérienne indienne peine à atteindre son effectif autorisé de 42 escadrons, avec seulement 31 actuellement déployés, et que les livraisons du Tejas Mk1A indigène accusent des retards, la nécessité d’une intégration rapide d’appareils de cinquième génération se fait pressante. C’est dans ce contexte que la proposition russe arrive à point nommé.

Avant la visite prévue du président Vladimir Poutine à New Delhi en décembre 2025, Rostec – le géant russe de la défense – a proposé un transfert intégral de technologies pour la version export Su-57E, incluant la production sous licence chez Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik. Contrairement au projet avorté de « Fifth-Generation Fighter Aircraft » datant de 2010 que l’Inde avait quitté en 2018 pour des différends sur les coûts et le partage technologique, cette offre prévoit l’accès au code source, aux revêtements furtifs, aux plans du moteur ainsi qu’une variante biplace d’entraînement sur mesure pour les besoins de l’Indian Air Force.

Lors du Salon aéronautique de Dubaï en novembre, le PDG de Rostec, Sergey Chemezov, a qualifié toutes les exigences indiennes d’« entièrement acceptables », ouvrant la voie à une commande initiale de 36 appareils fabriqués en Russie, suivie d’un montage complet local. Ce contrat pourrait permettre la livraison de plus de 100 Su-57 d’ici 2035 et alimenter le programme indigène Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) en partageant les savoir-faire avioniques et matériaux. Valtersson, spécialiste des dérivés du Flanker, considère cette offre comme l’« incarnation de l’autonomie stratégique », garantissant à l’Inde la possibilité d’implémenter des mises à jour sans veto occidental ni risque de sanctions.

Comparé directement au F-35, le Su-57 l’emporte sur les critères clés du concept de « doctrine à deux fronts » de l’Inde. Ses deux moteurs AL-41F1 avec vectorisation de poussée 3D permettent des manœuvres post-décrochage et un rayon d’action de 1 900 km, supérieur aux 1 500 km du F-35, un facteur crucial pour les réactions rapides entre Ambala et Tawang ou Bhuj et la mer d’Arabie. Sa soute interne peut accueillir jusqu’à 10 missiles air-air, dont les hypervéloces R-37M, tandis que ses points d’emport externes sont compatibles avec le missile supersonique BrahMos-A, offrant une combinaison rare entre furtivité et puissance de frappe.

Valtersson souligne également l’« élasticité opérationnelle » du Su-57 : un véritable plate-forme de supériorité aérienne doublée d’un atout de frappe profonde, contrairement au F-35 optimisé pour les frappes de précision dans des espaces de combat en réseau. Combatif et éprouvé en Ukraine, où il a montré sa capacité à échapper aux batteries Patriot et à abattre des cibles avec les missiles K/R-77M, le Su-57 offre à l’Inde des données opérationnelles immédiatement exploitables. En comparaison, le F-35, malgré ses prouesses électroniques et logicielles, reste limité à l’export en raison des restrictions américaines sur le code source et la maintenance, enfermant l’Inde dans un cycle de vie évalué à 428 milliards de dollars, difficilement compatible avec une flotte majoritairement russe.

Sur le plan géopolitique, ce choix s’inscrit dans la politique de multi-alignement de l’Inde. Le Su-57 permet de contourner les sanctions CAATSA (dérogées pour les systèmes S-400) tout en renforçant le partenariat russo-indien historique de 60 ans, illustré par les Su-30MKI et le missile BrahMos. Le F-35, bien qu’attractif en tant que signal politique pour le QUAD, risque de froisser Moscou, alors que 60 % des pièces détachées de l’Indian Air Force proviennent encore de Russie.