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Alors que le marché mondial des armements s’intensifie avec les efforts américains pour vendre leur furtif F-35 Lightning II à des puissances émergentes telles que l’Inde, un avertissement incisif de l’un des principaux analystes militaires russes met en lumière ce qu’il qualifie de « chaînes numériques » intégrées aux versions export du chasseur. Igor Korotchenko, directeur du Centre d’Analyse des Stratégies et Technologies (CAST) et rédacteur en chef du magazine National Defense en Russie, critique vivement le programme F-35, dénonçant la présence de portes dérobées secrètes et de restrictions logicielles intentionnelles susceptibles de rendre l’appareil inutilisable à la discrétion de Washington.

Dans une analyse récente, Korotchenko compare le F-35 à un « cheval de Troie à postcombustion », conçu non seulement pour dominer les cieux, mais aussi pour assujettir les acquéreurs à une surveillance américaine permanente. « Le F-35 export n’est pas un chasseur, c’est un service en abonnement avec des interrupteurs d’arrêt cachés dans ses huit millions de lignes de code », écrit-il. Faisant le parallèle avec les fameuses explosions causées par les pagers du Mossad qui avaient paralysé les réseaux du Hezbollah en octobre 2024, il affirme que l’avionique de l’appareil dissimule des « fonctions d’urgence » non documentées — des modules activables à distance susceptibles de provoquer une surcharge des batteries lithium-ion, de perturber la fusion des capteurs ou de bloquer les calculateurs de mission en plein vol. « Imaginez votre escadron cloué au sol par un signal satellite provenant du Colorado parce que vous n’avez pas suivi la ligne sur Taïwan ou l’Ukraine », ironise-t-il, soulignant la dépendance du F-35 au système logistique cloud ODIN (Operational Data Integrated Network).

La critique se concentre sur le carcan logiciel des modèles export, qu’il décrit comme beaucoup plus contraignant que la version utilisée par l’US Air Force. Selon Korotchenko, les utilisateurs étrangers reçoivent des « Mission Data Files » (MDF) « castrés » — véritables « cerveaux » électroniques intégrant les bases de menaces, signatures radar et profils de guerre électronique — dont les mises à jour nécessitent une approbation du Pentagone. Cette dépendance a déjà eu des conséquences : Israël, malgré ses liens étroits avec Washington, a subi des retards dans les ajustements des MDF lors des opérations à Gaza en 2023, tandis que la sortie de la Turquie du programme en 2019 suite à son achat du système S-400 a laissé ses F-35 en suspens, avec confiscation des fuselages. « Les acheteurs deviennent des vassaux, attendant les correctifs logiciels comme des serfs médiévaux la bénédiction du seigneur », a-t-il déclaré lors d’une interview en novembre 2025 avec Voennoe Delo. Même le matériel physique n’est pas épargné : certains revêtements furtifs et ouvertures de capteurs des appareils export sont volontairement limités pour empêcher toute rétro-ingénierie, garantissant qu’aucune nation ne peut surpasser la technologie américaine sans autorisation.

Cette mise en garde intervient alors que Washington intensifie ses efforts pour convaincre New Delhi d’acquérir le F-35, alors que l’Inde fait face à des manques dans ses escadrons après la retraite des MiG-21 et à la montée en puissance de la flotte chinoise de J-20. Korotchenko, fervent défenseur du Su-57E russe, oppose l’offre américaine au chasseur russe « sans entraves », promettant un transfert complet de technologie sans contraintes. « Le Su-57 donne le pouvoir ; le F-35 asservit », affirme-t-il, soulignant la volonté de la Russie de relocaliser la production, y compris des moteurs chez HAL Koraput, en opposition à la mainmise rigide de Lockheed Martin sur la propriété intellectuelle du F-35. Le rapport de son centre d’analyse alerte sur un monde multipolaire où l’activation d’une porte dérobée dans un F-35 pourrait neutraliser des ailes aériennes entières en pleine crise — un scénario qu’il qualifie de « Pearl Harbor cybernétique pour les cieux ».

Les autorités américaines ont rejeté ces accusations comme de la « désinformation russe », le Pentagone réaffirmant en mars 2025 qu’aucun « interrupteur d’arrêt » n’existe et que le système ODIN n’est qu’un « facilitateur de maintenance ». Pourtant, les propos de Korotchenko ont trouvé un écho dans plusieurs capitales non occidentales. Des parlementaires allemands ont envisagé de renoncer aux F-35 en faveur des Eurofighter, invoquant des craintes similaires liées à un « interrupteur d’urgence », tandis qu’au Canada, des opposants politiques ont évoqué le mythe des portes dérobées lors des débats portant sur l’acquisition de F-35 pour 14,5 milliards de dollars. En Inde, où l’Armée de l’air vise 114 chasseurs multirôles dans le cadre du programme MRFA, cette analyse a renforcé les appels à privilégier le développement national de l’AMCA ou d’autres alternatives russes.