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La construction d’une flotte pouvant compter jusqu’à 12 sous-marins dans le cadre du partenariat AUKUS requiert un engagement politique soutenu et un investissement massif dans le chantier naval de Barrow-in-Furness, ainsi qu’une gestion plus rigoureuse des grands projets nucléaires au sein du gouvernement britannique.

Lors de son audition devant la commission de la Défense, Sir Stephen Lovegrove a souligné que, bien que le Royaume-Uni dispose d’un savoir-faire reconnu dans la construction de capacités nucléaires avancées, il peine à maintenir les compétences indispensables sur le long terme pour assurer la pérennité de ces programmes.

Interrogé sur la nécessité d’instaurer une filière de compétences plus stable à Barrow afin d’éviter les interruptions récurrentes observées dans les secteurs nucléaire civil et militaire, il a reconnu que le défi est structurel. « Le nucléaire est un exemple très extrême… Nous avons développé des capacités extraordinaires au fil des ans, mais nous ne sommes pas parvenus à conserver les compétences, les effectifs et les capacités y afférant », a-t-il expliqué aux députés. Il a ajouté que les États-Unis rencontrent des difficultés similaires en raison d’un sous-investissement dans leur base industrielle navale depuis la fin de la guerre froide.

Sir Stephen Lovegrove a directement relié cette problématique à l’ambition gouvernementale d’acquérir jusqu’à douze sous-marins dans le cadre d’AUKUS. Il a rappelé que les premiers exemplaires d’une série sont toujours les plus coûteux, et que des gains d’efficacité ne peuvent se concrétiser que si la production est maintenue sur un volume conséquent. « L’ambition d’« jusqu’à 12 » sous-marins est en soi essentielle », a-t-il souligné, car elle contraint les ministres à garantir une deuxième chaîne de production pleinement fonctionnelle à Barrow. Sans cet investissement, a-t-il averti, cette ambition resterait « une déclaration creuse ».

Les membres de la commission ont également demandé si les décisions politiques sont prises assez rapidement pour respecter les délais serrés du programme. Lovegrove a estimé que le rythme s’était intensifié au cours de l’année passée. « L’intensité des investissements est clairement en hausse… mais il faudra la maintenir au minimum pendant les 20 prochaines années », a-t-il indiqué, précisant que le principal risque réside dans la bonne définition et la conception des infrastructures à Barrow afin de permettre la libération des fonds aux échéances prévues. « Il faut absolument éliminer toute excuse de retard. »

Concernant la revue plus large d’AUKUS qu’il a conduite pour le Premier ministre, Lovegrove a déclaré avoir eu carte blanche pour évaluer les avancées tant sur la construction des sous-marins que sur les capacités technologiques avancées. Il a constaté que le Royaume-Uni doit accélérer la mise en place de deux lignes de production efficaces à Barrow pour livrer le premier sous-marin britannique à la fin des années 2030. Il a aussi souligné la nécessité d’une intégration renforcée entre les systèmes industriels britanniques et australiens, compte tenu de la volonté de l’Australie d’exploiter parallèlement des sous-marins américains de classe Virginia.

Sur le second pilier d’AUKUS, qui englobe les technologies telles que l’hypersonique, l’intelligence artificielle, le quantique et la cyberdéfense, Lovegrove a estimé que le programme souffre d’une trop grande dispersion. Il a conseillé de réduire le nombre de projets trilatéraux afin de concentrer les ressources humaines et financières sur les initiatives les plus viables. Les décisions finales appartiennent toutefois aux États-Unis, a-t-il précisé, et des avancées sont attendues une fois que Washington aura achevé sa propre revue.

Sur la gouvernance du partenariat, il a insisté sur le fait qu’AUKUS ne peut être traité comme un simple programme d’armement classique, mais nécessite une attention soutenue au plus haut niveau gouvernemental. Les changements successifs d’administration dans les trois pays partenaires ont engendré des ruptures dans le leadership et la continuité. Il a préconisé un renforcement de la coordination centrale et une communication stratégique plus active afin de maintenir le soutien public et contrer les campagnes de désinformation menées par des États opposés à АUKUS.

Lovegrove a également rappelé que l’initiative ne se limite pas à la région Indo-Pacifique. « Elle améliore et étend radicalement notre capacité de dissuasion dans notre propre voisinage, l’Euro-Atlantique », a-t-il affirmé, soulignant l’effet de signal stratégique que cette coopération exerce sur les adversaires.

Enfin, face aux interrogations sur les besoins d’infrastructures civiles liés à l’extension des capacités à Barrow et à l’augmentation des effectifs, il a reconnu que les engagements actuels ne constituent qu’une base minimale. « L’infrastructure sociale… autour de Barrow doit être profondément améliorée pour pouvoir soutenir l’ampleur des effectifs nécessaires à l’entreprise sous-marine », a-t-il insisté devant la commission.