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Le général allemand Hans von Seeckt, notamment chef de la direction de l’armée de la Reichswehr il y a un peu plus d’un siècle, était une personnalité complexe. Il est notamment resté célèbre pour sa phrase « La Reichswehr ne tire pas sur la Reichswehr », justifiant ainsi son refus de réprimer le putsch de Kapp contre la République de Weimar en 1920. Cependant, c’est pour une autre raison que von Seeckt est entré dans les annales de l’histoire militaire : il y a tout juste 100 ans, il édictait le célèbre décret Hufnagel, par lequel il dénonçait la bureaucratie militaire et les lourdeurs liées à la logistique et aux achats.

Dans ce texte, souvent cité comme un exemple emblématique de la prolifération des procédures administratives, notamment dans le domaine de l’approvisionnement en matériel militaire, le général d’infanterie s’en prend à un équipement parmi les plus petits et apparemment insignifiants : le clou à chevaux. À cette époque, en 1925, alors que le rôle des chevaux dans le transport – et encore la cavalerie – diminuait, cet accessoire restait néanmoins un élément important.

« Le fonctionnement de la direction de l’armée commence à me paraître trop lent et chronophage. Je n’attribue pas ce retard à un manque de diligence, mais au contraire à une montée des pratiques bureaucratiques. J’ai surtout peur d’un cloisonnement des services qui empêche qu’une nouvelle forme de clou à chevaux me soit proposée avant que T1, 2, 3, 4, V.A., J.W.G., In 1-7, le service juridique et la commission de la paix n’aient chacun donné leur avis écrit et qu’éventuels désaccords n’aient été réglés en réunion des responsables. Je crains encore plus que chaque unité concernée, aussi bien des départements que des inspections, ait été consultée séparément. Quand alors on me présente ce clou à chevaux pour décision, accompagné du soutien unanime de la seule inspection vétérinaire compétente, soit cent chevaux sont devenus inutilement boiteux, soit l’on revient au clou traditionnel, et ministère comme troupe ont travaillé en pure perte. »
« Je demande à toutes les instances de la direction de l’armée de considérer ce clou comme un symbole et de m’aider à éviter cette lourdeur bureaucratique qui est incompatible avec la condition militaire. »
5 décembre 1925

Un siècle plus tard, les forces armées allemandes ont certes beaucoup évolué, bien plus que ces lourdeurs administratives. Ce type de procédures persiste sous des formes similaires – j’avais évoqué il y a plus de quatorze ans déjà le système complexe d’approbation autour du béret militaire.

(Photo : Soldats de la Reichswehr traversant la Oder lors d’un exercice avec des chevaux en août 1931 – Bundesarchiv Bild 102-12106, manœuvres de la Reichswehr, CC BY-SA 3.0 DE ; fac-similé Bundesarchiv BArch RH 1/85)