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La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine adoptée sous l’administration Trump prend un virage hostile à l’égard de l’Europe. Publiée sans avertissement préalable dans la nuit de jeudi à vendredi par la Maison Blanche, elle critique sévèrement les pays européens, en employant parfois des termes proches d’une rhétorique d’extrême droite, notamment une référence implicite à ce qui pourrait être traduit par « remplacement démographique ». À l’inverse, la Russie, mentionnée avec beaucoup de réserve, est perçue comme un acteur avec lequel les États-Unis pourraient jouer un rôle de médiateur neutre.

Cette « stratégie de sécurité » s’inscrit dans la continuité des accusations émises par le vice-président américain J.D. Vance avant la conférence de sécurité de Munich en février. Le document reproche aux gouvernements européens de restreindre la liberté d’expression, tout en promouvant l’acceptation de positions extrémistes alignées sur l’idéologie de la mouvance MAGA portée par Donald Trump.

Extraits clés du document officiel intitulé Promouvoir la grandeur européenne :

« Les responsables américains ont pris l’habitude de considérer les problèmes européens sous l’angle des insuffisances en matière de dépenses militaires et de la stagnation économique. Ces constats sont partiellement fondés, mais les véritables difficultés de l’Europe sont bien plus profondes.
La part du continent européen dans le PIB mondial est passée de 25 % en 1990 à seulement 14 % aujourd’hui, en partie à cause des réglementations nationales et supranationales qui inhibent la créativité et l’esprit d’entreprise.
Mais ce déclin économique est éclipsé par une perspective bien plus préoccupante : celle de la disparition civilisationnelle. Les enjeux majeurs pour l’Europe comprennent les activités de l’Union européenne et d’autres organismes supranationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, des politiques migratoires transformant le continent et provoquant des tensions, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, la baisse drastique des taux de natalité, ainsi que la perte d’identités nationales et de confiance en soi.
Si ces tendances persistent, le continent sera méconnaissable dans vingt ans ou moins. Il n’est pas certain que certains pays européens disposent encore d’économies et de capacités militaires suffisantes pour demeurer des alliés fiables. Beaucoup persistent toutefois dans cette voie. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance civilisationnelle et qu’elle abandonne sa politique étouffante de régulation.
Ce manque de confiance se manifeste clairement dans la relation avec la Russie. Sur presque tous les critères, sauf l’arme nucléaire, les alliés européens disposent d’un avantage militaire important. En raison de la guerre russe en Ukraine, leurs relations avec Moscou sont aujourd’hui profondément détériorées, et beaucoup en Europe considèrent la Russie comme une menace existentielle.
La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique américain conséquent, à la fois pour rétablir une stabilité stratégique à l’échelle eurasiatique et pour réduire les risques de conflit direct entre la Russie et les États européens.
Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine afin de stabiliser les économies européennes, éviter une escalade ou une extension involontaire du conflit, rétablir la stabilité stratégique avec la Russie, et permettre la reconstruction post-conflit de l’Ukraine, garantissant ainsi sa survie comme État viable. »

Le document ne laisse guère de doute : il associe l’Union européenne à une menace d’éradication civilisationnelle. Contrairement à de nombreux autres discours, le changement climatique n’est pas perçu ici comme un danger, mais au contraire comme un obstacle, voire une idéologie nuisible :

« Nous rejetons les idéologies désastreuses du ‘changement climatique’ et du ‘Net Zéro’ qui ont causé tant de tort à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. »

Cet angle alarmant se double d’une dimension géopolitique majeure. Si le ton est dur envers l’Europe, la position américaine à l’égard de la Russie reste relativement tempérée, suggérant une volonté de construire un axe Washington-Moscou. Dans ce contexte, Kirill Dmitriev, homme d’affaires russe proche de Vladimir Poutine et négociateur pour l’Ukraine, a critiqué le chancelier allemand en reprenant presque mot pour mot les accusations contenues dans le document américain :

« Suicide de la civilisation occidentale, migration » sont ainsi les reproches qui rejoignent la rhétorique du texte officiel.

En Europe, ce document a suscité d’abord des réactions étonnées, voire stupéfaites, et surtout une forme de scepticisme. L’expert autrichien en sécurité Gustav Gressel a ainsi réagi :

« C’est le document de politique étrangère le plus ridicule que j’aie jamais lu, et j’en ai lu beaucoup. »