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Alors que la Russie intensifie ses efforts pour vendre le chasseur furtif Su-57E à l’Inde, confrontée à une crise profonde de ses escadrons, un nouvel obstacle se dessine : Moscou reste réticente à accorder un accès complet aux pilotes indiens. Des hauts responsables proches des négociations ont indiqué que l’Armée de l’air indienne (IAF) a formellement informé le ministère de la Défense que toute acquisition, qu’elle soit clé en main ou en coproduction, dépend de tests techniques approfondis, incluant des vols d’évaluation par des pilotes d’essai indiens.

Cette exigence survient à un moment crucial, seulement quelques semaines après la présentation du Su-57E par la United Aircraft Corporation (UAC) lors du salon aéronautique de Dubaï. La Russie y a proposé une version biplace spécialement développée pour les marchés d’exportation comme l’Inde. Malgré un assouplissement de sa position traditionnelle, avec des démonstrations de vol et un accès partiel au cockpit proposés, Moscou n’a toujours pas autorisé un seul pilote de l’IAF à prendre place dans la cellule, même sur une version prototype, selon plusieurs sources.

« Sans un biplace dédié permettant des évaluations sûres et contrôlées, notre équipe ne peut pas correctement examiner la maniabilité, l’intégration des systèmes avioniques ou les systèmes de mission dans des conditions réalistes », confie un participant aux discussions. « La Russie accepte les démonstrations, mais ce n’est qu’en observateur. Pour une validation complète, il faudrait accéder à un prototype T-50 plus ancien ou accélérer le développement du dérivé biplace FGFA, un projet déjà évoqué auparavant. »

Cette impasse rappelle la sortie brutale de l’Inde du programme conjoint FGFA (chasseur de 5ème génération) en 2018, motivée par des technologies furtives jugées immatures et un transfert de technologie jugé insuffisant. Cinq ans plus tard, le Su-57E, variante export du Felon, a gagné en maturité avec notamment la mise en production du moteur AL-51F1 et des améliorations substantielles de sa signature radar. Moscou, qui vise une montée en cadence à 20-30 appareils par an, voit en l’Inde un partenaire stratégique potentiel, notamment via une production locale chez Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, avec accès au code source, remplacement de radars par l’AESA indien Uttam, et même des droits d’exportation vers des tiers.

Pourtant, l’absence de version biplace demeure un point sensible majeur. Contrairement au Rafale ou au Su-30MKI, équipés de versions deux places robustes, le Su-57E reste en configuration monoplace. La proposition récente de Dubaï pour un cockpit double, conçu pour la guerre électronique, le contrôle de drones comme le S-70 Okhotnik, et la formation spécifique à l’IAF, reste conditionnée à un financement conjoint et à plusieurs années de certification. Entre-temps, une solution pourrait être de recourir aux prototypes T-50, ancêtres du Su-57, permettant aux pilotes indiens de tester la poussée vectorielle, la fusion des capteurs et la résistance aux brouillages, sans les risques liés à un vol solitaire.

Selon des sources ministérielles, le mémo transmis par l’IAF au Conseil d’acquisition de la Défense insiste sur un « accès total et non restreint », incluant des essais de ravitaillement en vol avec des Il-78MKIs et l’intégration avec le système intégré de commandement et de contrôle aérien (IACCS). La Russie, affectée par les retombées du refus indien de 2018 et désireuse de contrer des rivaux occidentaux comme le F-35 — notamment en évitant un « kill switch » imposé —, a manifesté un accord de principe sur des échanges de pilotes, mais reste réservée quant à l’exposition des prototypes en raison de la protection de sa propriété intellectuelle.

Pour le moment, les négociations, relancées après Aero India 2025 et accélérées par la visite de Vladimir Poutine en juillet, restent en suspens. Un lot initial de 20 à 30 avions pourrait être livré d’ici 2027 si les obstacles techniques et diplomatiques sont levés, selon le plan de Rosoboronexport, apportant une nouvelle dynamique de 5ème génération à une flotte indienne encore très dépendante d’appareils de 4ème génération.