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Alors que le président Vladimir Poutine conclut sa visite stratégique en Inde, les négociations autour d’un méga-contrat portant sur de nouveaux systèmes de défense aérienne S-400 Triumf prennent de l’ampleur. Cette expansion pourrait propulser New Delhi devant Pékin en tant que premier opérateur mondial de cette technologie russe de pointe. L’Armée de l’air indienne dispose déjà de trois régiments opérationnels, avec deux supplémentaires attendus d’ici mi-2026. L’autorisation d’ajouter cinq escadrons supplémentaires porterait l’inventaire à dix unités, dépassant largement les six escadrons chinois estimés, tout en renforçant la défense aérienne indienne face aux menaces croissantes du Pakistan et de la Chine.

Le contrat initial de 5,43 milliards de dollars, signé en octobre 2018 malgré les menaces américaines de sanctions CAATSA, a fait ses preuves en conditions réelles. Lors de l’opération Sindoor en mai 2025, un affrontement frontalier intense de quatre jours avec le Pakistan, les S-400 déployés ont intercepté de nombreux missiles et avions ennemis, protégeant efficacement les infrastructures du nord et de l’ouest à travers 36 cibles. Cette validation opérationnelle a renforcé l’urgence d’une expansion, le Conseil d’acquisition de la défense (DAC) étant sur le point d’approuver l’achat, dont la valeur pourrait atteindre près de 6,25 milliards de dollars, dans le cadre des discussions bilatérales en cours.

Au taux de change actuel, chaque escadron S-400, qui comprend deux batteries équipées de postes de commandement, de radars multifonctions et jusqu’à 12 lanceurs-transporteurs (TEL), représente un coût d’environ 1,25 milliard de dollars, soit environ 11 175 crore roupies. L’ajout de cinq unités supplémentaires nécessiterait donc un budget d’environ 56 000 crore roupies, surpassant de nombreuses acquisitions antérieures et soulignant le rôle central de ce système dans la stratégie de défense aérienne multi-couches de l’Inde. Par ailleurs, le ministère de la Défense a récemment approuvé l’achat de 300 missiles additionnels, évalués à environ 10 000 crore roupies (1,2 milliard de dollars), pour reconstituer les arsenaux usés lors des exercices de haute intensité et des opérations Sindoor. Ces missiles, des variantes 40N6E et 48N6, capables d’engager des avions furtifs, des missiles balistiques et de croisière à basse altitude jusqu’à 400 km, contribueront à maintenir une posture opérationnelle élevée sur des zones sensibles comme le Pendjab, le Rajasthan, le corridor de Siliguri et les nouvelles zones maritimes stratégiques.

La Chine, qui disposerait actuellement de six escadrons acquis dans le cadre d’un contrat de 3 milliards de dollars lancé en 2014, les a déployés stratégiquement le long de la Ligne de contrôle réel (LAC), notamment à Hotan dans le Xinjiang et à Nyingchi au Tibet. Ces positions ont poussé les planificateurs indiens à revoir leurs contre-mesures. Les dispositifs chinois, optimisant la couverture sur le détroit de Taïwan et les îles contestées, accentuent l’asymétrie dans la guerre en haute altitude, où le plafond de 30 km et les intercepteurs Mach 14 du S-400 confèrent un avantage décisif. Le passage de l’Inde à dix escadrons rétablirait cet équilibre tout en étendant la protection à des zones côtières vulnérables et à ses commandements nordiques, là où les équipements actuels demeurent partiellement efficaces. Selon les analystes, cette montée en puissance pourrait neutraliser des menaces jusqu’à 300-400 km en mer, transformant ainsi l’océan Indien en une zone fortifiée contre toute incursion hostile.

Le calendrier n’est pas un hasard : le sommet de deux jours entre Vladimir Poutine et le Premier ministre Narendra Modi, le 23e depuis le début de leur dialogue annuel, a mis la défense au cœur de ce partenariat stratégique « spécial et privilégié ». Les premières discussions, menées par Rostec et leurs homologues indiens, soulignent l’importance de ne pas laisser les perturbations liées au conflit en Ukraine retarder les échéances, tout en intégrant des clauses de transfert de technologie pour une production partiellement localisée — ce qui permettrait de réduire les coûts à long terme via une fabrication sous licence, notamment dans les usines de Bharat Dynamics Limited. Cette approche s’aligne avec la philosophie Atmanirbhar Bharat de New Delhi, mêlant savoir-faire russe et innovation locale afin d’assurer la pérennité de la flotte jusqu’aux années 2040.

Cependant, cette décision suscite des répercussions géopolitiques. Washington, déjà mécontent des importations indiennes de pétrole russe et des mises à niveau des Su-30, pourrait raviver la menace de sanctions, malgré le renforcement des coopérations dans le cadre du Quad. Les partisans du projet estiment que l’interopérabilité du S-400 avec les systèmes indigènes comme l’Akash-NG et le projet Kusha justifie pleinement l’investissement, offrant un bouclier intégré contre les menaces variées, des missiles sol-air portables à courte portée aux missiles hypersoniques. Pour l’Armée de l’air indienne, confrontée à un déficit d’escadrons en dessous du seuil de 42 unités autorisées, ces renforts représentent un multiplicateur de force, permettant aux flottes de Rafale et Tejas de concentrer leurs efforts sur les missions offensives tandis que les S-400 assurent la défense contre les salves ennemies.