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Charles Norman Shay, vétéran du Débarquement originaire de la nation Penobscot dans le Maine, est décédé à l’âge de 101 ans dans une petite commune de Normandie, à quelques kilomètres des plages de la célèbre opération du 6 juin 1944. Médecin militaire décoré d’une Silver Star pour avoir secouru des soldats en détresse à Omaha Beach, il a passé ses dernières années à partager son témoignage avec les visiteurs et soldats américains sur ce lieu historique. Une statue en son honneur domine désormais le sable, intégrée au mémorial dédié aux soldats amérindiens ayant combattu lors des débarquements.

Charles Shay est décédé mercredi dans sa résidence de Thue et Mue, en périphérie de Caen, à environ 50 kilomètres d’Omaha Beach. Il était considéré comme le dernier survivant parmi environ 500 combattants amérindiens engagés lors du débarquement, dont environ 175 sur cette plage, selon des chercheurs spécialisés. Sa compagnie avait accosté loin de la zone prévue, directement exposée à deux nids de mitrailleuses allemands.

« Mon objectif était d’atteindre la plage. Je pensais uniquement à survivre. J’ai commencé à soigner les hommes qui avaient réussi à débarquer », déclara-t-il lors d’une interview en 2017 avec la Bibliothèque du Congrès.

Les tirs navals alliés et l’assaut des soldats américains ont neutralisé les mitrailleuses. Pendant qu’il s’occupait des blessés, la marée montante lui révéla la présence de soldats en difficulté dans l’eau.

« Je voyais de nombreux hommes qui se débattaient dans l’eau et je savais que s’ils n’étaient pas secourus, ils allaient mourir. Je suis retourné dans l’eau pour en sauver le plus possible en les retournant sur le dos et en les saisissant par les épaules. Je ne sais pas d’où venait ma force. Mais une fois que l’adrénaline commence à circuler, on est capable d’exploits incroyables. Je suppose que c’est ce qui m’est arrivé. »

Au fil de la journée, séparé de sa compagnie, il trouva un autre médecin militaire mourant d’une blessure à l’estomac. Il lui administra de la morphine tandis que les deux hommes se disaient adieu.

Pour son courage et ses actes lors du Jour J, Charles Shay reçut la Silver Star. Il fut ensuite décoré de trois Bronze Star supplémentaires avec dispositif « V » pour faits de guerre en Corée, avant de prendre sa retraite après plus de vingt années de service actif.

De la nation Penobscot au débarquement

Né en 1924 à Bristol, dans le Connecticut, Charles Shay était l’un des neuf enfants d’une famille qui rejoignit la réserve Penobscot dans le Maine lorsqu’il avait cinq ans. « Seul garçon indien dans une classe de 40 élèves, il traversait la rivière en ferry, canoë ou même à pied sur la glace en hiver », indique la biographie de sa tribu.

Après le lycée, il fut mobilisé et affecté à la 1ère division d’infanterie américaine, surnommée la Big Red One. Le 6 juin 1944, il débarqua dans la première vague d’assaut à Omaha Beach.

Il resta sur le front pendant près d’un an, participant notamment à la bataille des Ardennes, avant d’être capturé et emprisonné dans un camp allemand durant près d’un mois. Il fut libéré peu avant la fin du conflit.

De retour dans sa réserve, sa mère lui ouvrit la porte après des mois d’inquiétude, pendant lesquels l’armée ne lui avait annoncé qu’un « statut de disparu au combat ».

Par la suite, il fut affecté comme policier militaire à Vienne, en Autriche, où il rencontra sa future épouse, Lilli, qu’il épousa et accompagna jusqu’à son décès en 2003.

Promu sergent-chef, il combattit en Corée, puis rejoignit l’US Air Force en 1952, stationné à la base de Tinker dans l’Oklahoma. Il fut aussi engagé dans les îles Marshall lors des essais nucléaires vivants avant de quitter l’armée en 1964.

Après sa carrière militaire, il vécut avec sa famille à Vienne pendant près de quarante ans avant de revenir dans la réserve Penobscot.

Ce n’est qu’après le décès de son épouse qu’il revint à Omaha Beach pour la première fois.

En 2017, il confia à Portland Magazine : « Quand je suis revenu à Omaha Beach, il était difficile de croire que 63 ans plus tôt, j’avais débarqué dans la première vague d’assaut. Tant d’hommes sont morts ou ont été blessés, et moi, j’étais indemne. Je pensais que j’avais un ange gardien. En regardant la plage toutes ces années plus tard, j’entendais encore les cris et les gémissements des blessés suppliant qu’on les aide. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour apaiser leur douleur. »

La même année, un buste en sa mémoire fut inauguré au-dessus de la plage.