Plus de 100 marins dormaient à seulement quelques mètres du point d’impact où un navire marchand a heurté la coque en acier du porte-avions USS Harry S. Truman le 12 février dernier. Un autre groupe de huit marins était de service dans un compartiment situé à moins de trois mètres du choc, selon une enquête de la Marine américaine publiée jeudi.
Toutes ces personnes ont survécu indemnes, évitant de justesse une catastrophe.
« Un léger décalage dans le timing ou un changement d’angle du choc aurait pu avoir des conséquences catastrophiques », a écrit le contre-amiral Todd E. Whalen, commandant du Carrier Strike Group 3, dans son appréciation de l’enquête. « Si la collision avait eu lieu 30 mètres plus en avant, l’impact aurait probablement percé un compartiment où dormaient 120 marins ».
Le contre-amiral Whalen a ajouté qu’huit marins se trouvaient à moins de trois mètres du lieu précis de la collision.
« Un décalage d’un degré dans la trajectoire aurait pu détruire cet espace et causer huit morts », a-t-il précisé. « Mon équipe a interrogé ces huit marins, qui n’oublieront jamais leur proche confrontation avec la mort. Nous non plus ne devons jamais l’oublier ».
Peu après l’accident survenu près de Port-Saïd, en Égypte, le capitaine Dave Snowden a été relevé de son commandement à bord du Truman.
L’enquête établit un parallèle avec la collision en 2017 entre le destroyer USS Fitzgerald et un porte-conteneurs. Les deux incidents ont été « causés par de mauvaises décisions des équipes passerelle et de leurs soutiens, ainsi que des défaillances dans la gestion des ressources passerelle (Bridge Resource Management, BRM) ».
La nuit du 12 février, à 22h55, le capitaine avait quitté la passerelle pour regagner sa cabine, avec l’intention de dormir jusqu’à 3h du matin.
Après son départ, la vitesse du porte-avions était mesurée à 35 km/h (19 nœuds), nettement supérieure à la vitesse prévue de 18,5 km/h (10 nœuds). Plusieurs autres navires étaient présents dans la zone à ce moment.
Plus tard, le commandant avait demandé à l’officier de quart de le prévenir si un autre navire approchait à moins de 914 mètres (1 000 yards).
Cependant, alors que le Truman croisait près d’autres bâtiments, l’officier de pont ne consulta ni le capitaine ni les marins du centre d’information combat qui lui fournit habituellement les données de navigation.
À 23h29, alors que la vitesse aurait dû être réduite à 9 km/h (5 nœuds), le porte-avions filait toujours à 35 km/h.
À un moment donné, les marins en veille sur la passerelle ont mal évalué la direction prise par le navire marchand Besiktas-M. L’officier de quart tenta de joindre la passerelle de ce cargo, sans succès.
Le capitaine fut alors convoqué sur la passerelle où le porte-avions émit cinq brefs coups de corne pour signaler un danger.
Lorsque le commandant arriva, le Besiktas-M se trouvait à seulement 457 mètres (500 yards).
L’officier de quart ordonna un virage franc à gauche, mais quinze secondes plus tard, le capitaine donna l’ordre contraire : virage franc à droite.
La collision eut lieu à 23h45.
Le choc initial a créé une entaille dans la coque du Truman mesurant 6 mètres de long sur 2 mètres de large.
Mais le lieu exact de l’impact s’est révélé être une chance, évitant une catastrophe plus grave.
« Un contact supplémentaire avec la coque a provoqué une déchirure de 4,5 mètres englobant une partie de l’atelier d’équipement parachute aérien (occupé par huit marins), un magasin de pneus inoccupé, un local de manutention des amarres non occupé, un vide et l’arrière du navire », précise le rapport d’enquête.
Heureusement, la collision n’a causé ni incendie, ni inondation, ni dégâts électriques, ni blessure à l’équipage. Les opérations aériennes à bord du porte-avions n’ont pas été affectées.
Parmi les recommandations issues de l’enquête figure la modification des tests sur les règles de navigation pour éviter les collisions, en remplaçant les questions à choix multiple par des questions à réponses courtes ; la possibilité d’ouvrir les postes de navigateur non plus uniquement aux pilotes mais aussi aux officiers de la guerre de surface ; ainsi que la création potentielle d’un module de formation portant sur la gestion de la fatigue des commandants et officiers exécutifs. Ce module pourrait inclure « l’utilisation de technologies portables permettant de suivre la performance, le sommeil et la résilience des COs/XOs, à l’image des athlètes professionnels ».
Le même jour, la Marine a également rendu publiques les conclusions de trois autres enquêtes portant sur des incidents survenus lors du déploiement du Truman, incluant la perte de trois F/A-18F Super Hornet, dont un abattu par erreur par le croiseur USS Gettysburg.
« Les opérations de combat soutenues engagées dans la zone de responsabilité du Commandement central américain (US CENTCOM) au cours des deux dernières années ont démontré notre efficacité au combat et notre capacité à assurer la liberté de navigation », a déclaré le vice-chef des opérations navales, l’amiral Jim Kilby.