Selon la politique de gestion du cycle de vie des systèmes (SLCM) de l’OTAN, l’objectif principal est de délivrer, utiliser et maintenir efficacement et économiquement les capacités de l’Alliance tout en assurant un niveau élevé de disponibilité opérationnelle (AO), et en réduisant les coûts de maintenance en service. L’application du SLCM repose sur des principes clés : engagement envers la gestion du cycle de vie, coopération et interopérabilité, efficacité, collaboration avec l’industrie et qualité. Aujourd’hui, il est essentiel de considérer l’interopérabilité non seulement au niveau des capacités, mais également dans la maintenance et le support.
Environ 70 % du coût total de possession d’un système est lié à sa phase d’utilisation et d’exploitation. À l’inverse, près de 80 % des décisions impactant la maintenabilité, la facilité de support et la réduction des indisponibilités se prennent dès les phases de conception et de définition du système, que ce soit sur les plans contractuel, technique ou des processus. Agir intentionnellement ou non à ce stade fait une différence majeure. Il est crucial d’influencer les exigences dès le début, afin que la conception intègre non seulement les besoins techniques, mais aussi ceux de supportabilité et de prévisibilité. Dans ce cadre, une approche métier centrée sur la disponibilité opérationnelle, ainsi que des processus, méthodes et outils doivent être mis en place de manière coordonnée, robuste et suffisamment flexible pour permettre une optimisation continue face à un environnement opérationnel et technique en constante évolution. La standardisation joue un rôle primordial pour favoriser la réutilisation, l’acceptation et l’efficacité.
Le SLCM est une méthodologie scientifique et une approche organisationnelle axée sur le cycle de vie d’un système, lequel a pour finalité de mettre en œuvre des capacités au sein d’une organisation, seul ou en coopération avec d’autres entités.
L’application du SLCM est essentielle pour renforcer l’efficacité opérationnelle, en permettant des actions plus ciblées, en réduisant les délais d’adaptation à un environnement opérationnel évolutif, et en améliorant à la fois la qualité et la flexibilité des systèmes et de leurs modes d’emploi. La transformation des modèles économiques, passant d’une logique produit à une approche service, la modularisation en systèmes de systèmes et sous-systèmes, le partage des risques et des bénéfices, ainsi que l’instauration de processus durables et de modèles économiques appropriés, sont des mesures clés pour assurer et pérenniser cette efficacité.
Le concept de système défini par le cadre AAP-20 de l’OTAN (NATO System Life Cycle Management Framework) identifie un Système d’Intérêt (SOI – équivalent au produit avec toutes ses données, sa configuration et son cycle de vie) ainsi que l’ensemble des systèmes d’aide (infrastructures, matériels, personnel, formation, documentation, etc.) nécessaires à son fonctionnement dans son environnement opérationnel. L’objectif est d’atteindre et de maintenir la disponibilité opérationnelle du SOI de manière efficiente et économique grâce à ces systèmes complémentaires. Ces derniers sont donc intégrés tout au long des phases de conception, développement, production, utilisation, support et retrait du SOI. Le SOI et ses systèmes d’aide sont indissociables et doivent être organisés de façon flexible pour s’adapter aux évolutions techniques et opérationnelles.
Pour exploiter un SOI de manière économique, la réduction des temps d’indisponibilité est une priorité. Cela implique une attention particulière portée aux systèmes d’aide afin d’assurer la disponibilité opérationnelle à moindre coût. Pour cela, une organisation mature est nécessaire.
Cela se traduit par une démarche intégrée et optimisée englobant :
- la gestion des contrats ;
- la gestion de programme ;
- l’organisation et son alignement ;
- la gestion intégrée et interconnectée des processus et de l’information ;
- la conception de la supportabilité et de la prévisibilité dans le système, incluant une gestion rigoureuse de la configuration basée sur une stratégie de réutilisation ;
- des interfaces claires et un échange d’informations avec fournisseurs et clients ;
- la réutilisation d’informations fondée sur des normes internationales telles que ISO/IEC 15288, NATO AAP-20, AAP-48, ALP-10, AQAPs, etc.
Assurer la disponibilité opérationnelle tout au long du cycle de vie d’un système, et ce de manière rentable, représente un changement conceptuel profond. La disponibilité n’est plus une simple métrique technique : elle devient un produit à part entière, améliorant la polyvalence, la flexibilité et la performance des organisations actuelles. Un socle procédural, contractuel, méthodologique et interopérable solide permet une réactivité rapide et adaptée.
Pour saisir cette opportunité, les organisations doivent évoluer d’une approche projet souvent peu efficiente vers des modèles centrés sur le produit, puis s’orienter vers des modèles économiques basés sur les services. Ces derniers s’appuient sur des contrats « classiques » optimisés ainsi que sur des contrats à résultats ou à performance. Cette évolution facilite des offres plus compétitives, la mise en œuvre de stratégies de réutilisation, la réduction des coûts transactionnels, la protection de la propriété intellectuelle et la consolidation de relations durables.
Du point de vue de l’OTAN et des pays membres, il s’agit de se poser trois questions fondamentales :
- QUI : l’organisation qui souhaite combler un déficit capacitaire en intégrant un SOI dans sa structure et qui doit atteindre et maintenir cette maturité pour utiliser ce système ;
- POURQUOI : planifier et piloter un système et assurer sa construction et son maintien ;
- COMMENT : en appliquant les principes du SLCM (maturités, phases, processus, activités), et en gérant les décisions à partir de données de contrôle, par les personnes responsables.
La gestion du cycle de vie des systèmes reste un levier clé pour transformer les plans et les investissements en une puissance de combat effective au service des forces opératives. Elle vise à soutenir le combattant de manière optimale, flexible, rapide et efficiente. La disponibilité opérationnelle des systèmes et une conception solide de systèmes de systèmes tout au long de la chaîne de valeur constituent des éléments majeurs pour une allocation et un emploi durables des capacités.

La conférence annuelle OTAN sur la gestion du cycle de vie (LCM) présentera de nouvelles visions, approches innovantes, développements, retours d’expérience et réalisations provenant des représentants gouvernementaux, militaires, industriels et de l’OTAN. L’édition 2026 se tiendra de nouveau en coopération avec le Groupe de travail sur la gestion du cycle de vie (AC/327) et le Groupe consultatif industriel de l’OTAN, les 20 et 21 janvier au Holiday Inn Brussels Airport.
Andreas Kirchhofer
Global Head de la gestion du cycle de vie des systèmes (SLCM) chez Sopra Steria, Andreas Kirchhofer est également vice-président du Customer Support Services Training Operational Group de la commission des services de l’Industrie aérospatiale, sécurité et défense en Europe, ainsi que vice-président du Groupe d’interface industrielle NIAG (NIIG).