Article de 934 mots ⏱️ 5 min de lecture

La Marine indienne s’apprête à intégrer son troisième sous-marin nucléaire d’attaque dans le cadre d’un nouvel accord de location avec la Russie, renforçant ainsi considérablement ses capacités outre-mer face aux défis croissants dans l’Indo-Pacifique. Ce navire, le K-391 « Bratsk », un sous-marin de classe Akula (Projet 971), sera loué pour une période de dix ans entre 2026 et 2027, après une modernisation approfondie au standard avancé 971M (Akula-4). Rebaptisé INS Chakra III lors de sa mise en service, il viendra compléter ses prédécesseurs – INS Chakra (2004–2019) et l’actuel INS Chakra II (depuis 2012) – formant ainsi le pilier de la force de frappe sous-marine indienne avant la mise en service de plateformes indigènes comme les projets 75I et les futurs sous-marins nucléaires domestiques.

Cette acquisition fait suite à un accord intergouvernemental signé en 2021, d’une valeur d’environ 3 milliards de dollars, témoignant de la confiance stratégique entre New Delhi et Moscou. Contrairement aux baux antérieurs portant sur des unités rénovées, Chakra III bénéficie d’une « modernisation profonde », un programme de rénovation complet appliqué à six sous-marins Akula actuellement en service dans la marine russe. Les travaux, réalisés depuis 2023 au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk, couvrent quasiment tous les systèmes : amélioration des systèmes de navigation et de combat, hydroacoustique de pointe, optroniques et équipements de guerre électronique modernisés, renouvellement des tubes lance-torpilles, et remise à neuf de la centrale propulsive principale avec un réacteur nucléaire à eau pressurisée VM-4SG développant 190 MW thermiques.

Les essais après modernisation, prévus dans la mer de Barents et devant s’achever entre la fin 2026 et le milieu 2027, précéderont une phase d’adaptation spécifique aux besoins indiens dans une installation russe. Le sous-marin sera ensuite acheminé vers Visakhapatnam fin 2027 ou début 2028. Cette phase inclut l’intégration du missile de croisière supersonique BrahMos dans sa version étendue à 800 km, tiré depuis des tubes lance-torpilles de 533 mm dédiés, ainsi que la compatibilité avec des torpilles lourdes développées en Inde, comme la Advanced Experimental Torpedo (AET), et des systèmes de leurres. Ainsi, le Chakra III pourra effectuer des frappes précises contre des cibles terrestres depuis des positions immergées, élargissant la portée opérationnelle de la Marine indienne dans des zones hostiles sans avoir à se dévoiler en surface.

Considéré comme une plateforme de facto de quatrième génération, l’Akula-4 rivalise en furtivité et létalité avec les premiers sous-marins de classe Yasen (Projet 885) russes, à l’image du K-560 « Severodvinsk ». Parmi les améliorations majeures figurent une coque avant équipée d’un sonar cylindrique amélioré offrant une détection des cibles jusqu’à 50 km, une suite sonar d’interception Skat-3 pour la localisation passive, ainsi qu’un nouveau sonar remorqué filaire installé dans une poupe profilée pour les déplacements à grande vitesse. Le cœur du système de combat sera l’Omnibus-E modernisé, un logiciel intégrant les données de capteurs non acoustiques comme les détecteurs d’anomalies magnétiques et les traceurs de sillages pour réaliser une image complète du champ de bataille sous-marin.

L’armement sera redoutable, combinant munitions russes et indiennes à travers six tubes lance-torpilles avant de 533 mm et quatre tubes de 650 mm adaptés au BrahMos. Le panel comprend des torpilles thermiques filoguidées UGST-M d’une portée de 50 km avec ogives de 300 kg, des torpilles électriques UET-1 « Ichthyosaurus » pour approches discrètes, ainsi que des missiles de croisière subsoniques Kalibr (3M-14) polyvalents pour les rôles anti-navires et attaque terrestre. Les contre-mesures incluent des leurres anti-torpilles MG-74 Korund et des générateurs de bruit MG-104 Brosok. Les mesures de réduction acoustique – propulsion par pompe à jet avancée, supports amortis pour la machinerie, et revêtements anéchoïques – permettent une baisse de bruit rayonné de plus de 10 dB, positionnant le sous-marin dans la catégorie « Très silencieux », à l’instar du signature acoustique initiale du Severodvinsk.

Cette nette amélioration de la furtivité autorisera le Chakra III à rester indétectable dans des zones côtières contestées, à suivre discrètement des groupes aéronavals ou à couper les lignes maritimes adverses avec un risque minimal d’être repéré par les appareils modernes de guerre anti-sous-marine. D’un déplacement immergé de 8 140 tonnes et d’une longueur de 110 mètres, propulsé par deux turbines à vapeur développant une vitesse de 43 nœuds en plongée, il possède une autonomie de 100 jours et une portée de 10 000 milles nautiques en surface, lui permettant des patrouilles prolongées allant de la mer d’Arabie à la mer de Chine méridionale.

Si l’Akula-4 réduit largement l’écart technologique, il ne surclasse cependant pas la classe Yasen-M (Projet 885M) qui entre actuellement en service dans la Marine russe. Les Yasen-M bénéficient d’avantages dans les sonars de nouvelle génération, tels que le réseau sphérique Irtysh-Amfora, l’appoint de batteries lithium-ion pour réduire le bruit en mode furtif, des véhicules télécommandés non acoustiques avancés pour la pose de mines, ainsi que des vitesses soutenues supérieures à 35 nœuds avec une signature plus faible. Néanmoins, les capacités du Chakra III offriront à la Marine indienne un sous-marin nucléaire d’attaque compétitif en attendant la mise en service des premiers exemplaires indigènes du Projet 75I dans les années 2030.