L’Indian Air Force (IAF) a vraisemblablement retiré du service actif au moins deux de ses avions de transport stratégique Il-76MD, ces deux appareils restant immobilisés depuis 2022 à la base aérienne de Chandigarh, selon une analyse d’images satellite.
Le Il-76MD, désigné Gajraj dans la nomenclature de l’IAF, constitue l’épine dorsale des capacités de transport lourd en Inde. Dix-sept exemplaires ont été intégrés entre 1985 et 1989, pour un coût unitaire d’environ 46 crores de roupies. Ces quadriréacteurs, équipés de moteurs Aviadvigatel D-30KP, affichent une masse maximale au décollage de 190 tonnes et une capacité de charge utile comprise entre 40 et 44 tonnes, permettant de transporter des chars principaux de combat comme le T-72 ou des compagnies entières d’infanterie avec leur équipement. Exploitée principalement par le 44e escadron « Mighty Jets » basé à Chandigarh depuis août 2011, cette flotte a participé à des opérations majeures, notamment l’intervention aux Maldives en 1988, le déploiement de la Force indienne de maintien de la paix au Sri Lanka (IPKF) et les secours humanitaires lors du séisme du Népal en 2015.
Les images satellite montrent que le premier Il-76MD est arrivé sur l’aire de stationnement de Chandigarh début 2020, garé à l’extérieur, près des hangars de maintenance. Un deuxième appareil l’a rejoint peu après ; l’un des deux a été temporairement déplacé dans un hangar voisin pour inspection la même année, mais a été remis à son emplacement initial en plein air quelques mois plus tard. Aucune activité aérienne n’a été observée pour ces deux avions en 2021. Ils ont brièvement été déplacés dans des zones opérationnelles début 2022, probablement pour des inspections, avant de rester immobilisés au même emplacement jusqu’en décembre 2025.
Cette immobilisation prolongée correspond aux efforts de l’IAF pour prolonger la durée de vie de la flotte face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement en provenance de Russie, aggravées par le conflit en Ukraine débuté en 2022. En mars 2024, l’IAF a lancé une demande d’offre auprès de la société nationale russe d’aviation pour une étude approfondie des intervalles entre révisions majeures et de la durée de vie technique totale de 11 Il-76MD restants, avec des évaluations centralisées à Chandigarh. Cette expertise inclut l’analyse de la fatigue structurelle, l’évaluation des performances moteurs et les possibilités de mise à niveau des systèmes avioniques, les appareils affichant chacun plus de 20 000 heures de vol.
Des sources indiquent que cette mise à l’arrêt est liée à des besoins critiques de maintenance, réparation et révision (MRO), notamment le remplacement des moteurs D-30KP, dont l’approvisionnement subit des retards en raison des sanctions imposées aux entreprises aérospatiales russes comme Aviadvigatel. Le cannibalisme des pièces détachées sur les appareils cloués au sol a permis de maintenir en vol une partie de la flotte, réduisant la puissance opérationnelle du 44e escadron de 17 à environ 11-12 avions d’ici 2025. En juillet 2024, pour la première fois, l’IAF a confié à une entreprise indienne la réalisation de réparations sur place de deux Il-76MD endommagés lors d’incidents liés au train d’atterrissage à Chandigarh, traitant ainsi les contraintes sur les cellules sans démontage complet.
Ces deux Il-76MD stationnent à proximité de trois hélicoptères lourds Mil Mi-26 également immobilisés pour défauts de maintenance, les chaînes de soutien russes étant en attente. La flotte Mi-26, composée de cinq appareils entrés en service en 2015, nécessite des révisions spécifiques de leurs moteurs turbomax D-136 et des systèmes rotor, avec des certifications repoussées au-delà de 2026. Ce regroupement met en lumière une fragilité structurelle des plateformes héritées de l’ex-URSS, poussant l’IAF à accélérer l’intégration de 12 transports tactiques C-295MW d’ici 2026 ainsi que l’exploitation continue des onze Boeing C-17 Globemaster déjà en service.
La mise au sol de ces Il-76MD réduit la capacité stratégique d’aérotransport de l’IAF d’environ 12 %, affectant notamment les scénarios de déploiements rapides le long de la Ligne de contrôle effectif (LAC) et les contingences potentielles dans la région de l’océan Indien. Tant que la fourniture de pièces russes ne reprendra pas – ce qui est attendu après 2026 selon des accords bilatéraux révisés – ces appareils serviront essentiellement de réserve de pièces détachées, soulignant l’urgence du plan de modernisation pluriannuel de l’IAF visant à introduire des solutions nationales et occidentales.