La Russie affirme avoir pris le contrôle complet de la ville stratégique de Pokrowsk dans l’est de l’Ukraine, une information démentie par Kiev qui assure que les combats se poursuivent. Cette annonce intervient alors que les déclarations russes sur la situation militaire dans la région sont souvent difficilement vérifiables sur le terrain.
Selon des sources russes, dont un rapport du chef d’état-major Valeri Guérassimov adressé au président Vladimir Poutine, la ville de Pokrowsk, située dans l’oblast de Donetsk et disputée depuis plus d’un an, serait désormais entièrement occupée. La ville de Vovtchansk, proche de la frontière russo-ukrainienne, serait également sous contrôle russe. En réponse, les autorités ukrainiennes contestent ces affirmations, affirmant que les combats continuent dans cette zone.
Une situation compliquée à vérifier
La réalité du champ de bataille est difficile à appréhender, notamment en raison de la nature asymétrique des affrontements qui reposent principalement sur des opérations drone et un nombre limité de soldats. Même dans les zones occupées, les forces russes reconnaissent l’existence de mouvements ukrainiens persistants. La prétendue « prise de contrôle » d’un secteur repose souvent sur des images filmées par des drones des soldats russes montrant des drapeaux nationaux plantés. De plus, les deux camps s’opposent sur la question de savoir si des unités ukrainiennes ont été encerclées et neutralisées à l’est de la ville.
Des récits divergents en amont de pourparlers à Moscou
Ces versions contradictoires semblent dépasser les habituels désaccords entre belligérants et coïncident avec l’arrivée d’une délégation américaine à Moscou pour des négociations sur un accord de paix. La Russie cherche manifestement à projeter une image de force et de victoire militaire pour minimiser la nécessité de conclure un compromis, tandis que l’Ukraine s’efforce de contrer cette narrative. Les discussions se sont déroulées dans un esprit qualifié de « constructif », sans déboucher toutefois sur des résultats tangibles.
Un projet d’accord initial, rendu public il y a deux semaines, comportait 28 points favorables à Moscou, incluant le retrait complet des forces ukrainiennes de l’oblast de Donetsk, annexé officiellement par la Russie, la limitation des forces armées ukrainiennes à 600 000 hommes, l’interdiction de certaines catégories d’armes, ainsi que la renonciation à toute adhésion à l’OTAN ou à la présence de troupes occidentales sur le sol ukrainien. En contrepartie, la ligne de front dans les oblasts de Zaporijjia et Kherson devait être gelée et la Russie se retirer des territoires qu’elle ne revendiquait pas officiellement.
L’Ukraine reste sur la défensive
Selon différents rapports américains et russes, ce document pourrait en réalité être un catalogue de revendications russes révisé à la suite de la rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump en Alaska en août, puis diffusé par Moscou au moment où le président ukrainien Volodymyr Zelensky faisait face à des pressions internes liées à un scandale de corruption. Donald Trump a d’abord soutenu ce plan qu’il souhaitait voir adopté avant la fête américaine de Thanksgiving, avant de reculer devant l’opposition des alliés non consultés.
Après plusieurs échanges avec des représentants ukrainiens et européens, une version modifiée de l’accord, réduite à 19 points, a émergé et a constitué un sujet majeur des pourparlers actuels à Moscou.
Indépendamment de la situation à Pokrowsk, les troupes russes ont poursuivi leur avance au nord-est et au sud-ouest de la ville. Dans l’est de l’oblast de Zaporijjia, où les opérations russes avaient semblé stagner après une offensive majeure il y a deux semaines, les combats ont atteint le fleuve Haïchoul et la périphérie de la ville de Houlaïpole. Les affrontements se poursuivent également autour des villes de Kostyantynivka, Siversk et Lyman dans la région de Donetsk, ainsi qu’à Koupiansk dans l’oblast de Kharkiv.
Stefan Axel Boes