La Grèce a validé la modernisation de 38 avions F-16C/D Block 50 vers la dernière configuration F-16 Viper, suivant une recommandation de l’État-Major de l’Air et des ajustements budgétaires alignés sur les limites de la planification nationale.
Ce programme, cohérent avec la mise à niveau de 83 F-16 Block 52+ déjà en cours, doit être examiné par la commission parlementaire de défense début 2026 avant l’envoi de la lettre de demande officielle aux États-Unis.
La configuration Viper représente une étape majeure vers l’unification d’une flotte de 121 F-16 Viper et la finalisation de l’un des programmes les plus importants de l’Armée de l’Air hellénique de la décennie. Cette décision répond à la recommandation de l’État-Major de l’Air et s’inscrit dans le cadre de la modernisation continue des 83 F-16 Block 52+ que Lockheed Martin et l’Industrie Aérospatiale Hellénique (HAI) adaptent au même standard.
Le programme sera soumis à l’examen de la commission parlementaire compétente début 2026, précédant la finalisation des démarches formelles avec les États-Unis. L’objectif est d’intégrer directement ce travail dans la production actuelle des Viper. Le processus progresse désormais vers la préparation et l’envoi de la lettre de demande, qui consolide l’ensemble des exigences techniques, armements, pièces de rechange, support logistique et dispositions pour de futures améliorations des 38 F-16 Block 50. La lettre d’offre et d’acceptation confirmera ensuite les coûts, délais et lots matériels.
Les premières estimations américaines de coût dépassaient 1,8 milliard d’euros, un montant jugé trop élevé pour la planification à long terme grecque. Des propositions ultérieures autour de 1,5 milliard ne couvraient que 30 des 38 appareils. La partie grecque a refusé ce plan partiel, privilégiant la modernisation complète des 38 avions, ce qui a conduit à de nouvelles négociations. Ces dernières ont bénéficié d’un taux de change euro/dollar favorable et de la possibilité de revente de composants réutilisables issus des kits Block 52+.
Ces ajustements ont ramené le coût projeté à environ 1,2 milliard d’euros. Une optimisation supplémentaire l’a encore abaissé à environ 1 milliard, un niveau compatible avec les priorités d’équipement pluriannuelles de la Grèce. Cette stratégie budgétaire permet d’inclure l’ensemble de la flotte Block 50, tout en maintenant l’objectif d’un inventaire unifié de F-16 Viper. La modernisation sera intégrée dans le flux de travail déjà opérationnel pour les Block 52+ Viper, dans les installations de la HAI à Tanagra.
Le volet armement prévu pour la flotte modernisée comprend le missile AIM-120D pour les interceptions longue portée, les JDAM et JSOW pour des frappes de précision de jour comme de nuit, ainsi que le missile anti-navire Harpoon pour les combats maritimes. Pour les frappes stratégiques à longue distance, seront disponibles le JASSM ou sa variante JAASM.
Le missile IRIS-T et d’autres missiles air-air à courte portée apporteront des capacités pour le combat rapproché. L’Armée de l’Air a spécifiquement lié l’exigence de l’AIM-120D à la nécessité d’un rendement comparable sur la flotte Viper et la future flotte de F-35A, afin que les Viper gardent un rayon d’action compétitif face aux appareils plus avancés.
Ces capacités de mission sont essentielles pour les besoins opérationnels de la Grèce dans la mer Égée et la Méditerranée orientale, où la détection rapide, la coordination des interventions et le ciblage en réseau seront déterminants. Cette modernisation garantit que la flotte Block 50 restera pertinente durant la prochaine décennie, sans nécessiter de modifications majeures supplémentaires.
Le F-16 Block 50 provient d’une série entrée en service au début des années 1990 dans les blocks 50/52, distinguée notamment par le moteur F110-GE-129 pour le Block 50 et le F100-PW-229 pour le Block 52. Ces deux moteurs développent une poussée nominale d’environ 29 000 livres et sont conçus pour répondre à des missions évolutives, telles que la suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD).
Plus de 800 F-16 des blocks 50/52 ont été produits pour les États-Unis, la Turquie, la Grèce, le Chili, la Pologne, Singapour, la Corée du Sud et Israël, constituant une flotte globale de plus de 4 700 avions commandés par une trentaine de pays.
La décision grecque de moderniser intégralement les 38 avions du Block 50 contribue directement à l’équilibre des forces aériennes régionales, alors que la Turquie, malgré une flotte de F-16 plus nombreuse, fait face à des restrictions sur les armements occidentaux avancés, à son exclusion du programme F-35 et à des incertitudes concernant l’intégration de radars AESA dans sa flotte.
La Grèce, de son côté, structure une force composée de 121 Viper, 24 Rafale F3R et plus de 20 F-35A, tandis que les Mirage 2000-5 et F-16 Block 30 assurent des fonctions de transition. Dans une configuration opérationnelle probable, les F-35A sont dédiés à la détection précoce et la classification des cibles grâce à leur furtivité et leurs capteurs en réseau ; les Rafale réalisent les frappes initiales et profondes avec des armements comme les SCALP ou Meteor ; les Viper modernisés sont affectés aux missions d’interception, de suppression des défenses aériennes et d’attaque de précision.
Cette modernisation des F-16 Block 50 apparaît donc comme un vecteur indispensable au maintien de la supériorité aérienne et de la capacité de dissuasion grecques. Elle assure que les deux escadrons du 111e Escadron de Combat, opérant ces avions, conservent des capacités alignées avec le reste de l’armée de l’air, et que leurs performances suivent le rythme des menaces évolutives dans l’Égée et ses environs.
Jérôme Brahy