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Le nombre de victimes civiles de mines terrestres atteint un record, alerte le rapport Landmine Monitor 2025

Les décès et blessures civiles causés par les mines terrestres et les restes explosifs de guerre ont atteint leur plus haut niveau en quatre ans, selon le rapport Landmine Monitor 2025 publié à Genève le 1er décembre 2025. En 2024, 6 279 victimes ont été documentées, les enfants restant particulièrement vulnérables, notamment dans les zones de conflit où les familles déplacées retournent dans des territoires encore lourdement contaminés.

Une majorité de victimes civiles

« Les civils représentaient 90 % des victimes en 2024 », déclare Loren Persi, responsable de l’équipe d’impact du rapport. « Les enfants constituent une part importante des victimes, presque la moitié… En Afghanistan, 77 % des victimes étaient des enfants, soit plus de trois-quarts, ce qui est effroyable. »

Ce rapport a été publié sous l’égide de la Campagne internationale pour l’abolition des mines antipersonnel (ICBL) et présenté par l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR).

Des États se retirent du traité

Le rapport met en garde contre la remise en cause du Traité d’interdiction des mines de 1997, qui fait face à ses défis les plus graves depuis des décennies. Plusieurs États parties ont entrepris des démarches qui « menacent concrètement la santé du traité », selon Yeshua Moser-Puangsuwan, rédacteur en chef de la politique anti-mines.

Cinq États européens – Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie et Pologne – envisagent un retrait légal du traité, invoquant des conditions sécuritaires profondément modifiées depuis l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Concernant l’Ukraine, le gouvernement affirme pouvoir « suspendre » certaines obligations du traité pendant un conflit armé international, position contestée par le Landmine Monitor au regard des dispositions juridiques du traité.

Le rapport mentionne également des signes d’usage récent de mines par l’Ukraine en 2024–2025, notamment des dispositifs apparemment déployés par drones, sans que l’étendue de leur emploi soit encore établie.

Par ailleurs, le Monitor confirme un usage important de mines par le Myanmar et la Fédération de Russie, et signale des allégations d’utilisation par des forces cambodgiennes le long de la frontière thaïlandaise. La Thaïlande a présenté des preuves de mines fraîchement posées ayant causé des blessures à ses soldats.

Une contamination qui s’étend

Au total, la contamination par mines antipersonnel concerne au moins 57 pays et régions, dont 32 États parties au traité. Sept d’entre eux restent « massivement » contaminés : Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, Cambodge, Éthiopie, Irak, Türkiye et Ukraine.

Des progrès ont toutefois été accomplis. Oman a achevé le déminage en 2025, devenant ainsi le premier État partie à atteindre cet objectif depuis 2020. Plus de la moitié des États concernés ont réduit leur contamination grâce à des efforts de prospection et de déminage l’année passée.

Un constat alarmant

« Malgré des avancées positives dans l’ensemble, l’objectif ambitieux de compléter le déminage d’ici 2025 est encore loin d’être atteint », alerte Katrin Atkins, chercheuse principale. « La vision d’un monde sans mines n’a pas été soutenue par des ressources et des efforts suffisants sur le terrain. L’horizon 2030 semble désormais remplacer 2025. »

Une crise de financement met en péril les programmes

La pénurie croissante de financements fragilise déjà les programmes de déminage. Ruth Bottomley, responsable de la recherche sur le financement des actions contre les mines, souligne la dépendance excessive à quelques grands bailleurs, notamment les États-Unis.

« En 2025, les États-Unis ont imposé un gel général des financements », explique-t-elle. « Cela a freiné certains programmes et en a interrompu d’autres… Ce qui révèle la vulnérabilité du secteur, tributaire d’un nombre limité de donateurs majeurs. »

Des programmes ont donc déjà été arrêtés en Afghanistan, Irak, Yémen, Colombie, Tadjikistan et Zimbabwe. L’aide aux victimes a particulièrement souffert, avec une baisse de 23 % du soutien international. Les systèmes de santé fragilisés par les conflits, notamment en Ukraine et en Palestine, peinent à faire face à une forte augmentation des amputations.

Un appel à un engagement renouvelé

Les intervenants ont averti que sans un renforcement des financements, de la volonté politique et du respect des engagements, la contamination par les mines s’étendra plus rapidement que la capacité des organisations humanitaires à intervenir. Des millions de personnes resteront exposées à ce danger pour les décennies à venir.