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Le Comité du Cabinet de Sécurité (CCS) est sur le point d’approuver un financement crucial qui permettra de lancer officiellement le programme ambitieux « Super Sukhoi » de l’Armée de l’Air indienne. Cette modernisation en milieu de vie, estimée à environ 65 000 crores de roupies, concerne le cœur de la flotte de chasseurs multirôles de l’IAF : le Sukhoi Su-30MKI.

Avec plus de 260 exemplaires en service, ces chasseurs bi-réacteurs ont assuré la suprématie aérienne de l’Inde depuis plus de vingt ans. Cependant, l’évolution des menaces régionales, notamment les plateformes furtives comme le J-20 chinois, impose une mise à niveau importante. Cette approbation, attendue très prochainement selon les dernières informations du ministère de la Défense, permettra de débuter la première phase du programme, ciblant 84 appareils et les portant au standard 4.5+ capable d’opérations jusqu’en 2055 voire au-delà.

Au cœur de cette rénovation figure une refonte complète de l’avionique, visant à intégrer des capteurs de pointe, des interfaces numériques et des systèmes de guerre électronique dans un écosystème pleinement indigène. Les premières améliorations remplaceront des systèmes vieillissants par des composants avancés, incluant une architecture avionique améliorée avec des calculateurs de mission intégrant l’intelligence artificielle pour le traitement des données en temps réel et la prise de décision rapide.

Les pilotes bénéficieront d’une meilleure conscience situationnelle grâce à l’intégration de leurres électroniques embarqués (Airborne Self-Protection Jammers, ASPJ), qui offrent une protection efficace contre les menaces radar en diffusant des signaux de brouillage ciblés. Ces équipements seront complétés par des écrans multifonctions (Multi-Function Displays, MFD) agrandis, passant d’une configuration classique à des affichages panoramiques offrant une vue à 360 degrés du cockpit. Ce dispositif réduit la charge cognitive des pilotes lors de missions intenses et facilite la coordination avec des plateformes connectées comme des drones ou des stations au sol.

Le véritable élément révolutionnaire de ce programme est le radar actif à balayage électronique (AESA) Virupaksha. Développé par l’établissement de développement électronique et radar (LRDE) de l’Organisme indien de recherche et développement pour la Défense (DRDO), ce radar indigène repose sur des modules d’émission/réception (Transmit/Receive Modules, TRM) en nitrure de gallium (GaN), au nombre d’environ 2 400 dans une configuration dense.

Fonctionnant dans la bande S, le Virupaksha offre une portée de détection supérieure à 300 km pour les cibles de taille chasseur, et jusqu’à 400 km dans des conditions optimales. Sa sensibilité élevée lui permet de détecter des aéronefs furtifs avec une section radar aussi faible que 0,01 mètre carré à 150-200 km, distances dans lesquelles ces cibles entrent dans la zone d’engagement des missiles à longue portée comme l’Astra Mk-3 ou le Rudram-II. Cette capacité transforme le Su-30MKI modernisé en une sorte de « mini-AWACS », capable de suivre simultanément entre 64 et 100 cibles en modes air-air, air-sol et air-mer, tout en résistant efficacement aux contre-mesures électroniques grâce à des ondes à faible probabilité d’interception.

Sur le plan technique, l’utilisation du GaN assure une meilleure efficience thermique et une densité de puissance supérieure comparée aux anciens systèmes au gallium arsenide (GaAs). De plus, ce radar fonctionne sans nécessiter de modifications sur les moteurs AL-31FP de l’appareil, ce qui permet de conserver le rapport poussée/poids favorable pour les charges lourdes.

Léger, pesant environ deux fois moins que le radar passif à balayage électronique russe N011M Bars qu’il remplace, le système intègre un innovant repositionneur d’antenne mécanique permettant un balayage de ±90 degrés en azimut et ±20 degrés en élévation. Cette fonctionnalité élargit considérablement le champ de vision sans réduire la rapidité du balayage électronique. Les essais d’intégration, incluant quelque 200 vols prévus sous la supervision du Centre de certification militaire aéronautique (CEMILAC), devraient valider ces avancées sur des prototypes dès 2026. Le déploiement complet des rétrofit commencera vers 2030 dans les installations de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik.