- Le mythe de la « carte de stress »
- La fin du « Shark Attack »
- Standards physiques : ACFT contre APFT
- Les téléphones portables en formation
- Les nouvelles règles pour les instructeurs
- Le facteur génération Z
- Le bataillon d’accueil reste éprouvant
- La réduction des blessures : une priorité
- La guerre a changé
- La discipline est-elle en danger ?
- Le ressenti des recrues
- Arrêtons les comparaisons
- Conclusion
Les discussions entre vétérans sont nombreuses : la nouvelle génération aurait un parcours trop facile, selon eux. On entend parler de « cartes de stress » ou de téléphones portables pendant la formation initiale, ce qui laisse à penser que l’armée perdrait de sa rigueur. Pourtant, entre légendes et réalité, il est essentiel d’examiner objectivement ce qui se passe aujourd’hui dans les centres comme Fort Jackson ou Fort Leonard Wood.
Nombre de vétérans estiment que les standards ont baissé. Cette idée provoque souvent des débats enflammés, notamment à propos des « pauses » en entraînement. Mais la vérité est plus nuancée : la formation de base a évolué parallèlement à la nature du combat moderne. Il convient d’analyser les standards physiques et les méthodes des instructeurs avant de se prononcer.
Comprendre ces évolutions permet de démêler les mythes des réalités, dans un contexte où la guerre elle-même se transforme.
Le mythe de la « carte de stress »
Impossible d’évoquer le relâchement perçu sans parler de la fameuse « carte de stress ». Selon la légende, un soldat en difficulté pourrait la sortir pour stopper les cris des instructeurs. En réalité, cette « carte » n’existe pas dans l’Armée, et n’a jamais existé.
Ce mythe vient probablement d’une expérience temporaire menée par la Marine américaine dans les années 1990, dans un cadre de prévention du suicide. Cette mesure n’a jamais été adoptée par l’Armée de Terre. Malgré les nombreux démentis, cette rumeur persiste, souvent avancée pour prouver une prétendue « mollesse » de l’armée moderne.
Les soldats récents riront en entendant cette histoire. En réalité, demander une pause se traduit souvent par des pompes supplémentaires. Le concept de « time-out » est inexistant durant la formation au combat.
La fin du « Shark Attack »
Autrefois, dès la descente du bus, les recrues étaient immédiatement soumises au « Shark Attack » : un assaut verbal et physique conçu pour les briser. Les instructeurs criaient à quelques centimètres du visage, jetaient les sacs dans un chaos organisé. Ce rituel était terrible mais dépourvu de réelle valeur pédagogique.
L’Armée a remplacé cette séquence par un programme appelé « The First 100 Yards », plus contrôlé mais toujours intense. Ce changement visait à instaurer un climat de confiance et de communication dès le début, afin que les soldats sachent écouter et agir sous pression, plutôt que de paniquer inutilement.
Le but est de préparer des combattants capables de réfléchir clairement sous le feu. La brutalité théâtrale a laissé place à un stress tactique réfléchi, renforcé par des études en psychologie militaire. Certains vétérans regrettent l’ancienne méthode, mais elle ne correspond plus aux exigences du combat moderne.
Standards physiques : ACFT contre APFT
Le test physique utilisé durant quarante ans, l’Army Physical Fitness Test (APFT), reposait sur trois épreuves : pompes, abdominaux et course de 3,2 km. Simple, il favorisait les coureurs maigres au détriment de soldats plus forts physiquement, avec une pertinence limitée pour le combat réel.
L’Army Combat Fitness Test (ACFT) a remplacé cet ancien standard. Il comporte six épreuves, plus exigeantes, évaluant la force explosive, l’endurance et la puissance musculaire :
| Épreuve | Compétence évaluée | Difficulté |
|---|---|---|
| Soulevé de terre 3 répétitions max | Force des jambes | Élevée |
| Lancer de médecine ball en position debout | Puissance explosive | Moyenne |
| Pompes avec relâchement des mains | Endurance du haut du corps | Élevée |
| Sprint-Tirage-Transport | Agilité et force | Très élevée |
| Gainage (plank) | Force du tronc | Moyenne |
| Course de 3,2 km | Endurance cardiovasculaire | Élevée |
L’épreuve Sprint-Tirage-Transport, particulièrement éprouvante, comprend le tirage d’un traîneau de 40 kg et le port de deux kettlebells de 18 kg. Elle simule concrètement les efforts de sauvetage sur le terrain.
Le gainage remplace les sit-ups, source fréquente de blessures au dos, tandis que les pompes à relâchement des mains limitent les tricheries. Globalement, le test ACFT est largement plus exigeant physiquement et requiert un entraînement mieux encadré.
Si certaines adaptations de notation selon l’âge et le genre ont suscité des débats, le niveau d’effort demandé reste très élevé.
Les téléphones portables en formation
Un point de friction récurrent chez les vétérans : la présence des téléphones portables pendant la formation. Autrefois, les recrues n’avaient droit qu’à un seul appel payant de quelques minutes. Aujourd’hui, ils conservent leur portable, qui est cependant confisqué pendant la majorité du temps et rendu une fois par semaine, généralement le dimanche, pour une courte période.
Cette évolution facilite la communication avec les proches, limite les inquiétudes familiales et accélère la résolution des questions administratives. Ce maintien d’un lien social est aussi un levier pour la motivation et la fidélisation des soldats.
Cependant, l’usage du téléphone est strictement contrôlé. Le partage de vidéos ou la diffusion sur les réseaux sociaux est interdit. En cas d’infraction, le portable est confisqué. La discipline demeure donc un élément central.
Les nouvelles règles pour les instructeurs
Le rôle des drill sergeants a changé : d’autorité tyrannique, ils deviennent de véritables coachs. Le langage ordurier est déconseillé, et tout contact physique non justifié, autre qu’une correction technique, est interdit. Ces mesures visent à prévenir les abus et le bizutage.
Autrefois considéré comme un mal nécessaire pour « endurcir » les recrues, le bizutage a souvent généré blessures et traumatismes, décourageant de bons éléments. Désormais, les instructeurs sont sélectionnés et formés rigoureusement, y compris sur le plan psychologique.
Une discipline fondée sur le respect et la pédagogie est privilégiée. Certains y voient un affaiblissement, mais la mémoire associée à la peur est contrebalancée par la cohésion et la confiance, jugées plus efficaces sur le long terme.
Le facteur génération Z
Les caractéristiques propres à la génération Z influencent aussi la formation. Ces jeunes recrues questionnent davantage, cherchent à comprendre le sens des ordres. Si cela irrite parfois les encadrants plus anciens, cette démarche favorise l’adhésion et la motivation.
Il ne s’agit plus de soumettre brutalement, mais de mener. La communication et la pédagogie sont désormais des clés indispensables pour tirer le meilleur parti de cette génération.
Dans un contexte de recrutement difficile pour toutes les armées, accepter et accompagner ces différences est devenu une nécessité stratégique, afin de renforcer et fidéliser les effectifs.
Le bataillon d’accueil reste éprouvant
La phase d’accueil, avant le début officiel de la formation, conserve son caractère éprouvant. Entretien administratif, remises d’uniformes, injections médicales se succèdent dans un cadre austère et souvent inconfortable. Les longues attentes, le sommeil limité et la nourriture peu appétissante font partie intégrante du parcours.
Cette étape fondamentale contribue à briser l’identité civile et à préparer psychologiquement les recrues. Le classique « shot au beurre de cacahuète » dans la hanche reste un rite de passage redouté.
La réduction des blessures : une priorité
Les changements dans l’entraînement s’expliquent notamment par la volonté de limiter les blessures. Jadis, de nombreux soldats subissaient fractures de fatigue et problèmes articulaires avant même d’intégrer leur unité. Cela engendrait des coûts élevés et une perte sèche de vitalité pour l’Armée.
La méthode Holistic Health and Fitness (H2F) intègre désormais entraîneurs et physiothérapeutes dans les unités pour optimiser la préparation physique. On assiste à l’apparition d’étirements dynamiques et d’exercices ciblés avant les efforts, réduisant considérablement les accidents.
L’objectif est clair : préserver la longévité du soldat dans les rangs en privilégiant la qualité et la prévention plutôt que l’usure physique abusive.
La guerre a changé
Après vingt années d’engagements contre des insurgés au Moyen-Orient, l’Armée se prépare désormais à affronter des adversaires technologiquement avancés. La guerre de demain fera appel à la guerre électronique, aux drones et aux opérations d’information.
Le soldat doit savoir manipuler des technologies complexes et analyser des flux d’informations. Il ne suffit plus d’être physiquement résistant ; il faut aussi être intelligent et adaptable.
Les armées, à l’instar de la Marine, de la Space Force ou du Corps des Marines, rivalisent pour recruter des profils variés – programmeurs, ingénieurs, opérateurs de drones – exigeant des adaptations spécifiques dans la formation.
La notion de « dureté » s’étend désormais aux capacités cognitives et à la résilience mentale, au-delà de l’endurance physique.
La discipline est-elle en danger ?
Des vidéos de soldats en tenue se comportant de manière désinvolte sur les réseaux sociaux alimentent l’idée que la discipline s’effrite. Pourtant, ce phénomène, accentué par la visibilité offerte par internet, reflète davantage une évolution sociétale qu’un affaiblissement strictement militaire.
Si la gestion de cette nouvelle réalité pose question aux encadrants, il s’agit avant tout d’un défi contemporain auquel l’armée doit s’adapter.
Le ressenti des recrues
Interrogés, les récents diplômés de la formation initiale ne la perçoivent pas comme une promenade. Ils ont souffert du froid, de la fatigue, de la faim, et de l’éloignement familial.
Ils portent toujours des charges lourdes, dorment parfois dans la boue et affrontent l’épreuve de la chambre à gaz. Leur endurance physique et mentale est sollicitée à son maximum.
Ceux qui évoquent une meilleure ambiance n’en minimisent pas l’effort ; au contraire, leur transformation physique et psychique est réelle, visible et durable.
Arrêtons les comparaisons
Toutes les générations ont cru que les précédentes étaient plus dures. Les vétérans du Vietnam critiquaient l’armée des années 80, et ceux de la Seconde Guerre mondiale jugeaient les draftees du Vietnam moins organisés. Ce cycle éternel est connu.
Il est facile d’idéaliser le passé tout en oubliant ses souffrances inutiles. Cette posture ne sert personne, sauf à diviser la communauté des anciens combattants et à décrédibiliser les jeunes engagés.
Ces derniers s’engagent dans un monde instable et méritent notre respect et notre soutien.
Conclusion
La formation initiale de l’Armée a clairement évolué. Les méthodes changent, la culture aussi. On cherche désormais à construire des soldats solides plutôt qu’à simplement les briser.
Si cette approche est perçue comme « douce » parce qu’elle mise sur l’accompagnement et la science, elle demeure exigeante en termes de préparation physique et mentale. Les standards de préparation au combat sont même plus élevés aujourd’hui.
La « dureté » ne se mesure plus au volume des cris ou à la brutalité des traitements, mais à l’efficacité opérationnelle. Avec ce changement, l’armée s’adapte aux exigences du 21e siècle pour continuer à défendre la nation avec succès.
Les recrues restent celles qui accomplissent le travail essentiel, parfois invisible, mais indispensable.