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Sir Stephen Lovegrove a profité d’une session publique pour livrer son évaluation la plus tranchée à ce jour du programme AUKUS, déclarant aux parlementaires que le Royaume-Uni doit « accélérer sérieusement » les travaux à Barrow afin de respecter l’objectif fixé pour la fin des années 2030, date prévue pour la livraison du premier sous-marin nucléaires d’attaque SSN-AUKUS.

Lovegrove, désormais représentant spécial du Premier ministre pour AUKUS, a indiqué avoir bénéficié d’un accès complet lors de sa revue, décrivant un programme toujours stratégique mais soumis à de fortes contraintes calendaires. Il a rappelé aux députés qu’AUKUS représente un projet « colossal », la plus grande collaboration de défense britannique depuis des décennies.

Concernant la branche sous-marine, il a souligné une amélioration de la productivité et du financement au cours de l’année écoulée, mais le défi principal reste inchangé : le Royaume-Uni doit disposer de la capacité opérationnelle pour mener à bien deux lignes de production de sous-marins à Barrow, tout en poursuivant la construction des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). « Des progrès ont été réalisés, mais pas aussi rapidement que nécessaire », a-t-il précisé. Ses estimations restent donc la fin des années 2030 pour le premier sous-marin britannique et le début des années 2040 pour la première coque australienne.

Il a également souligné l’ampleur de la tâche pour l’Australie, qui doit construire un écosystème souverain complet de maintenance et de construction, tout en se préparant à exploiter les trois sous-marins de classe Virginia qu’elle achètera aux États-Unis. Il a plaidé pour une meilleure harmonisation entre les systèmes britanniques et australiens afin d’assurer la résilience à long terme de l’ensemble du programme nucléaire sous-marin.

Sur la branche des capacités avancées, Lovegrove a constaté « trop d’idées » et un manque de concentration. Il a recommandé de focaliser les ressources sur un nombre réduit de projets trilatéraux. Les propositions validées avec Canberra ont été transmises à Washington, mais les domaines spécifiques restent confidentiels.

Son intervention la plus incisive a porté sur la gouvernance. Il a expliqué que les trois pays d’AUKUS ont perdu un certain contrôle central suite à des changements de leadership et au départ de cadres clés. Il a averti que si AUKUS se réduisait à un simple cadre d’achats au sein des ministères de la défense, « nous serons tous en difficulté », insistant sur la nécessité d’un pilotage soutenu au niveau des Premiers ministres. Sa nomination constitue l’une des mesures destinées à restaurer cette coordination centrale.

Il a également appelé à un renforcement de la communication, soulignant que la compréhension publique reste limitée au Royaume-Uni comparée à l’Australie. Face aux campagnes de désinformation lancées par des adversaires, il a rappelé que le Royaume-Uni doit clarifier l’objectif du programme, tant auprès des alliés que du public national. Il a insisté sur le fait que ce projet ne concerne pas uniquement la région indo-pacifique, mais qu’il « améliore radicalement et étend notre capacité de dissuasion dans notre propre zone géographique », c’est-à-dire dans l’espace euro-atlantique.

Lovegrove a présenté AUKUS comme un projet pluri-décennal qui ne réussira que si la volonté politique reste constante. Interrogé sur les limites de son mandat, il a répondu disposer d’une « carte blanche absolue » durant la revue et a confirmé que les ministres avaient validé ses principales conclusions plus tôt cette année.