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Un haut responsable de l’Armée de l’air indienne (IAF) a récemment exposé une vision ambitieuse pour la future flotte de combat aérien nationale : le Tejas MkII, un avion de conception indigène, doté d’armements avancés et de suites de guerre électronique (GE), offrira « des capacités comparables à celles d’un avion de 5e génération ». Cette déclaration audacieuse positionne la plateforme de génération 4,5 non comme une simple solution temporaire, mais comme un partenaire synergique des versions Rafale F4 (Block 4) destinées aux prochaines escadrilles. Ensemble, ces appareils renforceront la profondeur opérationnelle de l’IAF, préparant efficacement l’arrivée annoncée de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), un appareil furtif de 5e génération attendu vers le milieu des années 2030.

Les propos du responsable, dévoilés alors que les travaux de prototypage des deux plateformes s’accélèrent, traduisent un tournant pragmatique dans la stratégie aérospatiale indienne. Avec une force d’escadrille actuellement autour de 30 avions pour un effectif autorisé de 42, l’IAF combine innovation locale et importations éprouvées pour répondre à la montée en puissance des menaces, notamment les chasseurs furtifs chinois J-20 et la flotte pakistanaise croissante de J-10C. « Ces améliorations ne sont pas incrémentales, ce sont des sauts générationnels qui assurent la supériorité aérienne sans attendre la maturité totale de la furtivité », a insisté l’officiel, mettant en lumière les performances du Tejas MkII en guerre électronique et en intégration d’armements, à même de rivaliser avec des adversaires à faible visibilité dans des espaces aériens contestés.

Au cœur de cette évolution se trouve le Tejas MkII, souvent surnommé le « mini-Rafale indien » en raison de son agilité multi-rôle et de son rapport coût-efficacité. Héritier du Mk1A éprouvé, le MkII remplace le moteur plus léger F404 par le plus puissant General Electric F414-INS6, qui offre un surcroît de poussée de 15 %, permettant un poids maximal au décollage (MTOW) supérieur à 17 tonnes, contre 13,5 tonnes pour le Mk1A. Cette augmentation de charge utile, confirmée par l’usage de composites avancés « dépassant les attentes de conception », autorise l’emport de 6 500 kg d’armements, dont des missiles au-delà de la portée visuelle (BVR) tels que l’Astra Mk2, ainsi que des armes hypersoniques indigènes dans des phases futures.

Cependant, c’est la sophistication des équipements avioniques et des systèmes de guerre électronique qui hisse le MkII au rang de « 5-moins » — un terme employé par les planificateurs de l’IAF pour qualifier une configuration « AMCA moins la furtivité ». S’inspirant directement des technologies transférées depuis l’AMCA, cet avion est doté du radar AESA Uttam à réseau phasé actif basé sur la technologie GaN, comportant plus de 900 modules émetteurs/récepteurs, offrant une détection sur 300 km et un suivi multi-cibles jusqu’à 64 menaces simultanées. Associé à des réseaux de guerre électronique couvrant 360 degrés, des capteurs infrarouges de recherche et poursuite (IRST), et à une fusion de capteurs pilotée par intelligence artificielle, il promet un brouillage adaptatif « surpassant la suite Spectra du Rafale en résilience ECCM et agilité des faisceaux ». Des liens de données hors bord assurent une guerre centrée sur le réseau, où le MkII opère en quasi-chef d’escorte aérienne pour les plateformes furtives, relayant des renseignements fusionnés tout en menant des frappes saturantes BVR.

L’officiel a souligné que ces fonctionnalités, combinées à une commande de vol électrique (fly-by-wire) offrant une supermanœuvrabilité, une architecture modulaire ouverte conçue pour accueillir des armes à énergie dirigée, ainsi qu’un affichage tête haute holographique (HUD), rendent le Tejas MkII « plus proche d’un avion de 5e génération » dans les environnements électromagnétiques contestés. L’intégration initiale priorisera des charges air-air comme le missile équivalent du Meteor, tandis qu’une phase II, coordonnée par l’IAF, ajoutera des munitions guidées de précision pour la suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD). Affiché entre 50 et 60 millions de dollars l’unité, le programme vise un premier lot de 120 appareils, avec un objectif à 210 unités d’ici 2040, permettant la relève de 11 escadrilles actuellement équipées de MiG-29UPG, Jaguar et Mirage 2000, pour un investissement estimé entre 70 000 et 80 000 crores de roupies.

Ce projet indigène est complété par le Dassault Rafale F4, dernière évolution portée avec vigueur dans le cadre du futur appel d’offres Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA). Après la réception de 36 Rafale F3-R depuis 2020, la montée en version F4 — envisagée dans un contrat gouvernement à gouvernement (G2G) pour 90 appareils — apportera avioniques améliorées, capacités réseau renforcées, et une intégration accrue avec des armements indiens comme les missiles Astra et Rudram anti-radars. Selon les sources, la signature du contrat pourrait intervenir dès 2026, avec un montage local destiné à atténuer les obstacles liés au transfert de technologie, positionnant le F4 comme un « pont opérationnel » avant le lancement du F5 prévu en 2030.

Le Rafale F4 exprime pleinement sa polyvalence notamment grâce à sa suite de guerre électronique Spectra, désormais optimisée pour une meilleure protection contre les menaces hypersoniques, et à un radar AESA RBE2 modernisé offrant des enveloppes BVR étendues. Capable d’emporter 9,5 tonnes de charges mixtes, intégrant les missiles de croisière SCALP et les bombes guidées Hammer, il excelle dans les missions de frappe profonde où le Tejas MkII intervient comme escorte agile. À 90 millions de dollars l’unité, cet avion représente un choix premium mais indispensable pour l’IAF, qui privilégie une stratégie combinée : Rafales en tête des frappes réseau, soutenus par les saturations d’espace aérien des MkII grâce aux missiles BVRAAM.

La véritable force réside dans la triade constituée par le Tejas MkII et le Rafale F4, véritables multiplicateurs de force en soutien à l’AMCA, le fer de lance furtif de 5e génération de l’Inde. Prévu pour un premier vol en 2028 et une induction vers 2035, l’AMCA sera chargé des missions de pénétration sous couvert de la guerre électronique offerte par le MkII et des munitions standoff du Rafale. Ce « mix haute-basse » répond au déficit quantitatif de l’IAF, en préservant une flotte modernisée de génération 4,5 jusque dans les années 2070 tout en renforçant l’autonomie stratégique. Comme l’a résumé le responsable, « les deux plateformes renforceront toute future induction de 5e génération », permettant des tactiques innovantes telles que des attaques en essaim menées par l’AMCA soutenues par des saturations coordonnées via MkII et Rafale, garantissant ainsi la supériorité aérienne dans le théâtre indo-pacifique.